Sept Logo

www.sept.info/it/occupation-lefebure-episode-1

Indietro

Les contrôles techniques ou la censure à l'oeuvre (1/5)

Des opératrices au travail dans un central téléphonique interurbain. France, 1939.  © DR

Surveiller pour mieux régner, un mot d'ordre qui prend tout son sens sous le régime de Vichy. Ouverture sélective du courrier, écoute des conversations téléphoniques, on surveille tout ce qui est susceptible d'inquiéter la Défense nationale. Tiré des Conversations secrètes sous l'occupation.

 62 minutes de lecture

Si, tout au long de l’histoire de l’Occident, le pouvoir royal a estimé nécessaire de contrôler les correspondances, c’est qu’il y a vu un moyen idéal de s’informer de l’«esprit public» et de déjouer d’éventuels complots susceptibles de mettre en cause son autorité, qu’il s’agisse de sujets frondeurs ou d’agents de gouvernements hostiles. C’est pourquoi la poste royale dès Louis XIII dispose d’une officine secrète chargée de sélectionner les missives à décacheter avant de les remettre discrètement en circulation, non sans avoir recopié les documents pouvant intéresser le pouvoir. Cette activité est masquée sous des dénominations sibyllines telles que: «Cabinet noir», «Bureau du secret» ou encore «Bureau du dedans». Comme tout ce qui touche aux «arcanes du pouvoir», ce bureau est financé sur les fonds secrets. Ce qui lui permet d’employer un personnel fidèle, motivé et bien équipé pour procéder à ce qu’on appelle d’un charmant euphémisme l’«art du ramollissement des cachets».

Dès le début de la poste publique, Richelieu, puis Mazarin et Fouquet puisent des informations dans les correspondances dites «suspectes». Dès lors, huguenots, frondeurs et autres rebelles voient leurs messages régulièrement interceptés. Louvois confère au Cabinet noir un rôle exceptionnel et en fait ainsi un rouage indispensable du pouvoir, à tel point qu’on va jusqu’à ouvrir, sur ordre de Louis XIV, la correspondance de la famille royale. Saint-Simon dans ses Mémoires tout comme Mme de Sévigné dans sa Correspondance déplorent ce type de pratiques. Tous ceux qui tiennent à l’intégrité de leur correspondance, notamment les ambassadeurs, utilisent la cryptographie, science des écritures secrètes. Louvois doit alors faire appel à d’habiles déchiffreurs. Le plus célèbre d’entre eux, Rossignol, donnera son nom à la clé passe-partout.

L’interception du courrier est dès lors considérée comme un des moyens permettant au souverain de pratiquer avec succès l’«art de gouverner». Mazarin, dans son Dictionnaire des politiciens, recommande: «Il est bon, de temps en temps, d’intercepter les lettres de tes sujets, de les lire attentivement et de les renvoyer.»

On comprend aisément que les responsables du service royal de la poste soient toujours sélectionnés avec soin. Le roi mettra même plusieurs années à choisir celui de ses sujets à qui il attribuera cette activité stratégique. Les beaux-frères Pajot et Rouillé sont désignés pour tenir la concession de la Ferme des Postes. Ils y font d’ailleurs fortune et maintiennent leur activité pendant trois générations malgré les nombreuses offres de concurrents. Le secret de leur longévité: une extrême discrétion et une totale fidélité au monarque.

Un certain fatalisme règne à la Cour quant à la pratique d’ouverture du courrier. Voltaire ironise en affirmant que le ministre «qui a le département des Postes n’a ouvert les lettres d’aucun particulier, sauf quand il a eu besoin de savoir ce qu’elles contenaient». Certains s’indignent, tel le Dr Quesnay qui déclare «préférer dîner avec le bourreau qu’avec l’intendant des Postes». On retrouve, en 1789, dans de nombreux cahiers de doléances des Etats Généraux des plaintes contre les violations de correspondances, symbole du despotisme royal. Mirabeau, devant l’Assemblée Nationale, réclame des assurances quant à l’inviolabilité du courrier. Le budget du «travail secret», soit trois cent mille livres par an, est supprimé, mais de nombreuses municipalités continuent la pratique de surveillance pour démasquer les complots contre la nation.

L’Assemblée législative confirme, en janvier 1792, le principe du secret des correspondances. La crainte de menées contre-révolutionnaires et de complots royalistes fomentés avec le soutien des pays voisins amène cependant le nouveau pouvoir à transgresser cette loi en intensifiant le décachetage des missives, principalement celles en provenance de ou en partance pour l’étranger. En province, des comités de surveillance sont installés dans les bureaux postaux, contre la volonté des employés. Le Directoire établit un bureau central de contrôle des correspondances et le seul fait de recevoir une lettre d’un émigré peut mener en prison.

Napoléon se montre un utilisateur fidèle du Cabinet noir. Chaque matin, on lui remet un petit portefeuille de maroquin rouge au titre anodin de Gazettes étrangères mais qui contient le résultat des interceptions postales de la veille. L’Empereur est ainsi informé des pensées de ses ministres, de ses proches comme de ses adversaires. Son directeur des Postes, le fidèle Lavalette, est personnellement chargé de cette mission délicate. Après une brève interruption, due à l’indignation d’Arago et des républicains de 1848, le Cabinet noir est reconstitué par Napoléon III. Par la suite, chaque gouvernement prendra comme habitude d’annoncer solennellement «la suppression du Cabinet noir» sans bien sûr que l’opinion publique soit dupe. A juste titre d’ailleurs car on ne connaît pas d’exemple de gouvernement français qui n’ait peu ou prou pratiqué l’ouverture des correspondances. La France n’a cependant pas l’exclusivité de ce type d’activité, dans son roman Le Revizor, Gogol met en scène un gouverneur bien ennuyé de devoir subir le contrôle d’un inspecteur. Pour savoir d’où vient la plainte qui motive cette visite, il lui faut la complicité du directeur des Postes:

Antoine Lefébure

da Antoine Lefébure

Antoine Lefébure, né en 1950, est un essayiste français, expert des technologies de la communication, créateur en 1974 de la mythique revue Interférences, militant de la libéralisation de la bande FM dans les années 70 et à l'origine de la chaîne payante Canal+. Il est auteur de livres et de documentaires.

Il seguito di questa storia è a pagamento.

Iscriviti

E goditi un accesso illimitato al sito per soli USD 5,90 /mese.

Hai già un abbonamento? Accedi!
Vedi i nostri abbonamenti

Acquista questo articolo

A partire da 3 dollars, scegli tu il prezzo da pagare per accedere a questo racconto e sostenerci senza alcun impegno.

Pagamento veloce e sicuro con Stripe

accedere prima di continuare

Già abbonato?

Accedi per accedere a questo contenuto.

Tutti gli hashtag

Iscriviti alle nostre newsletter

Iscriviti alle nostre newsletter e leggi un estratto gratuito delle nostre storie quando vengono pubblicate online. Rimani inoltre informato sull’uscita di ciascuno dei nostri mook e dei nostri libri.

I nostri partner

Union des éditeurs de voyage indépendants

Union des éditeurs de voyage indépendants

I migliori editori di viaggio del mondo

Association Films Plans-Fixes

Association Films Plans-Fixes

Realizzazione di ritratti filmati di personalità conosciute o meno della Svizzera romanda

Le Livre sur la Place

Le Livre sur la Place

Principale festival letterario di inizio stagione che si tiene a Nancy

Fondation Aventinus

Fondation Aventinus

Sostiene la diversità mediatica nella Svizzera romanda

Baiutti

Baiutti

Il costruttore contemporaneo

BCF

BCF

La banca cantonale di Friburgo

Canton de Fribourg

Canton de Fribourg

La cultura al servizio dei Friburghesi

Canton de Vaud

Canton de Vaud

La cultura al servizio dei Vodesi

DIMAB

DIMAB

Il tuo partner BMW, MINI e ALPINA per Vaud, Vallese e Friburgo

Events Sugiez

Events Sugiez

Creatore di spazi per feste

Fondation Fabrizio Calvi

Fondation Fabrizio Calvi

Promuovere il giornalismo investigativo

Fondation Jan Michalski

Fondation Jan Michalski

Per la scrittura e la letteratura

Fotostiftung Schweiz

Fotostiftung Schweiz

Preservare il patrimonio fotografico svizzero

Histoire et cité

Histoire et cité

Festival romando che interroga le questioni storiche contemporanee

InForm

InForm

Associazione dedicata all'intelligenza informativa

Journal La Motta

Journal La Motta

Scoprire ogni estate Fribourg, in modo diverso

Keystone-ATS

Keystone-ATS

L'agenzia di stampa svizzera

Kompreno

Kompreno

Il meglio del giornalismo europeo

La nuit de la photo

La nuit de la photo

La Chaux-de-Fonds difende la fotografia

La Semeuse

La Semeuse

Caffè tostato a 1000 metri di altitudine

Les Journées photographiques de Bienne

Les Journées photographiques de Bienne

Festival che esplora le nuove prospettive dell'immagine

Morand Constructions Métalliques

Morand Constructions Métalliques

Gli esperti del metallo dal 1899

Musée gruérien

Musée gruérien

Museo dedicato alla cultura e alla storia della Gruyère

OLF

OLF

Ufficio del libro di Friburgo

OIKOS & CO SA

OIKOS & CO SA

Studio di consulenza in finanziamenti speciali

Photo Basel

Photo Basel

Fiera d'arte dedicata alla fotografia

Photo Elysée

Photo Elysée

Museo cantonale vodese per la fotografia

Raboud Group

Raboud Group

Progettazione d'interni con sede a Bulle

CO 2

CO 2

Stagione culturale CO2 de la Gruyère

Rollin

Rollin

Agenzia di sviluppo web

TBB

TBB

Scena culturale principale di Yverdon-les-Bains

Vigousse

Vigousse

Settimanale satirico svizzero romando

Ville de Lausanne

Ville de Lausanne

Servizio biblioteca e archivi

Payot libraire

Payot libraire

Grande libreria svizzera, indipendente e impegnata, al cuore della vita culturale romanda