Sept Logo

www.sept.info/es/sef-aventuriers

Regresar
Pourquoi le monde a toujours besoin d’aventuriers
L'astronaute Thomas Pesquet lisant le roman de science-fiction de Frank Herbert, Dune, dans la coupole d'observation panoramique de la Station spatiale internationale (ISS).© NASA / M. McArthur

Pourquoi le monde a toujours besoin d’aventuriers

Ils ont traversé les océans, franchi des montagnes, conquis l’espace. Depuis près d’un siècle, les membres de la Société des explorateurs français (SEF) repoussent les frontières du monde connu. A quoi servent ces aventuriers modernes qui observent, alertent et transmettent? La réponse d’Olivier Archambeau, géographe et président de la SEF.

 15 minutes de lecture
Mook Icone

Encuentra esta historia en Sept mook #50, Nouvelles terres d'aventure

La Société des explorateurs français (SEF) est née à Paris, en 1937. En cette période que l'on nommera plus tard l'entre-deux-guerres, la notion d’exploration est alors principalement liée à la géographie et à l’idée de territoire. Souvent associée aux grandes expéditions maritimes du XVe au XVIIIe siècles, à la cartographie des terres émergées, puis aux périodes de colonisation sur différents continents, l’exploration change de nature au sortir de la Seconde Guerre mondiale. D’étatique, elle devient plus personnelle, plus engagée et de nombreux personnages extraordinaires apparaissent, devenant célèbres pour leurs exploits, leurs récits, leurs films ou leurs découvertes. Jacques-Yves Cousteau, Alexandra David-Néel, Ella Maillart, Théodore Monod, Haroun Tazieff ou encore Paul-Emile Victor sont de ceux-là. La Société accueille alors des personnalités de tous horizons et de toutes professions. Ces hommes et ces femmes ont pour objectif de faire se rencontrer l’exploration au sens le plus large et leur discipline scientifique, leur littérature ou leurs images. Ils ramènent de tous les coins du monde de nouvelles découvertes, de magnifiques récits ou documentaires et font souvent de leur existence une belle aventure.

Cette société savante, que certains nomment alors Club des explorateurs, s’est étoffée au fil des années. Chaque génération a su attirer en son sein les explorateurs les plus impliqués de leur temps. En 2025, si elle regroupe les noms d’écrivains voyageurs comme Patrice Franceschi, Cédric Gras ou Sylvain Tesson, d’inventeurs comme Raphaël Domjan, de botanistes comme Francis Hallé, d’éthologues, d’hydrogéologues, d’océanographes, de géographes, de glaciologues, de carnettistes, d’aviateurs, de navigateurs, d’archéologues, d’ethnologues, de photographes, de réalisateurs, de grands reporters ou encore de spationautes comme Claudie et Jean-Pierre Haigneré, Jean-François Clervoy ou Thomas Pesquet, c’est avec l’ambition de faire perdurer et de développer la volonté d’explorer dans le but de rapporter de nouvelles découvertes ou travaux originaux à la communauté.

Rassembler les acteurs de l’exploration actuelle, comprendre le monde qui nous entoure, transmettre les savoirs, l’amour de la liberté de penser et d’agir – conditions indispensables à la création de travaux scientifiques originaux et d’œuvres intellectuellement indépendantes – voilà certainement ce qui définit le mieux les objectifs de la Société des explorateurs français.

Paradoxe de notre monde, lorsque vous prononcez le mot «explorateur», la plupart de nos contemporains ne peuvent s’empêcher d’esquisser un petit sourire en coin qui en dit long sur les stéréotypes que véhicule ce simple mot. Il y a fort à parier que votre interlocuteur du moment voit alors surgir, dans ses pensées, une gravure ou une vieille photographie en noir et blanc représentant un paysage africain, au milieu duquel pose fièrement un homme affublé d’un chapeau de brousse et d’une veste couleur sable. Il a vraisemblablement un fusil à la main et le pied sur un crocodile. Il faut quelques minutes d’explications pour chasser cette image caricaturale et revenir au rôle que peuvent tenir, dans notre société, l’explorateur et l’exploration.

Si arriver à une définition consensuelle de l’exploration peut paraître assez simple (l’action de parcourir un territoire, un milieu, voire un champ scientifique en l’étudiant et en mobilisant ses connaissances), il est moins aisé de proposer une définition de l’explorateur et davantage encore de l’explorateur du XXIe siècle.

Dès l’origine de l’humanité, les hommes et les femmes qui se sont lancés dans l’aventure de l’exploration des territoires qui les entouraient, répondaient avant tout à un désir universel de curiosité, sans nul doute le premier moteur du progrès. Tout aussi efficace à travers les âges, la deuxième force qui tire irrésistiblement certains êtres vers l’ailleurs est peut-être moins noble, ou moins avouable. Il s’agit de l’insupportable ennui d’une vie quotidienne dénuée de sens. Les freins sociétaux sont puissants et le système occidental, dans lequel nous vivons, doué de grandes forces pour retenir les âmes libres. Mais, par nature, chaque être humain décide de son destin, à la condition première d’avoir eu dès l’enfance, la chance d’apprendre le monde et les savoirs de son époque. Les explorateurs ne sont pas des êtres exceptionnels, ce qui pourrait insinuer l’idée de prétention, mais plutôt des personnages «extra-ordinaires» au sens premier du terme. L’observation à la loupe, des parcours de vie des membres de la Société des explorateurs français, qu’ils soient connus ou non du grand public, est à cet égard fort instructive. Il en ressort que les plus grandes des qualités requises pour faire partie de cette catégorie d’hommes et de femmes – et peut-être bien avant l’intelligence – sont la détermination, le courage et la persévérance. Pour faire bonne mesure, quel que soit l’âge de la personne, on ajoutera à ce cocktail la passion, ce petit grain de folie sans lequel une recette trop fade ne donnerait pas le succès espéré. Il s’agit avant tout d’aventures humaines, d’existences choisies et de vies palpitantes qui ressemblent davantage à des épopées qu’à une succession de jours sans saveur.

Mais, partir au loin, sortir de sa zone de confort ne saurait suffire à définir l’explorateur. Le voyageur ou l’aventurier qui souhaite côtoyer l’ailleurs pour lui-même, ce qui n’est en rien péjoratif, ne peut prétendre à la qualité d’explorateur, car l’exploration est intimement liée à la quête – individuelle ou collective, selon les envies, les projets et les professions – et au partage. Peu importe le sujet, le voyage ou l’aventure considérée, les membres d’une société savante se doivent de livrer, à l’issue de leur périple, leurs impressions au travers de récits ou de films, les résultats de leur recherche et parfois, car cela est souvent très utile, les leçons de leurs échecs. Il y a une obligation tacite du retour. Etre explorateur peut finalement se définir assez simplement: un personnage qui part sur les chemins du monde à la recherche de populations qui vivent différemment, de nouvelles espèces animales ou végétales, de savoirs disparus ou de moments extraordinaires. Chaque expédition, chaque projet est une quête nourrie par la passion de la découverte, un temps de l’existence hors du monde «normal», une tranche de vie qui implique souvent abnégation et prise de risques, tant physiques que financiers. Parfois, lorsque la chance survient, qu’il s’agisse d’un récit de voyage devenu best-seller, d’une découverte scientifique suffisamment extraordinaire pour remettre en cause toutes les certitudes du moment, d’un exploit physique jamais tenté jusque-là, et que la réussite est au bout de l’aventure, la quête peut se révéler, au regard de l’histoire, plus grande que le personnage lui-même. C’est en grande partie à cause de cela que l’explorateur, au sens large du terme et quel que soit son domaine de prédilection, obtient l’autorisation du départ dans l’espoir d’un bienfait sociétal commun.

Enfin, et c’est une constante dans l’histoire de l’exploration, chaque génération tente de mobiliser les meilleures technologies du moment. Sans les caravelles, pas d’espoir de Nouveaux Mondes et d’Amériques, sans moteur, pas d’aventures aériennes, sans le scaphandre autonome, pas de plongée sous-marine, sans fusées, pas d’exploration spatiale. Les membres de la Société des explorateurs français convoquent, tout comme leurs aînés auparavant, le progrès technique pour faire avancer leur projet. Dany Cleyet-Marrel invente le radeau des cimes, sorte de dirigeable capable de naviguer lentement au-dessus des plus grandes forêts primaires du monde. Cet engin permet de déposer sur la canopée un grand filet, où biologistes et botanistes travaillent à la découverte d’un milieu encore jamais atteint. Simon Bernard et son navire-laboratoire Plastic Odyssey sillonnent les océans, étudiant et mettant en œuvre les meilleures techniques possibles pour réutiliser, recycler ou empêcher des millions de tonnes de plastique d’empoisonner les mers. Bertrand Piccard travaille à la réalisation du premier tour du monde en aéronef exclusivement propulsé par hydrogène. Jean-Louis Etienne avec son projet Polar Pod veut percer les mystères des courants marins antarctiques en construisant un étonnant navire océanique vertical dérivant. Eric Gilli, hydrogéologue, utilise des drones sous-marins pour s’immiscer dans les cavités ennoyées des entrailles de la Terre. Laurent Ballesta, plongeur et biologiste marin, a utilisé ce qu’il appelle une «station bathyale» pour observer le milieu marin en Méditerranée pendant 28 jours à plus de 100 mètres de profondeur. Christian Clot, explorateur et chercheur, fonde l’Human Adaptation Institute et mobilise les protocoles les plus performants de la recherche médicale pour confronter l’humain aux milieux les plus extrêmes. Des déserts les plus chauds aux milieux les plus glacés, des territoires les plus secs aux forêts les plus humides, il mesure les capacités d’adaptation du corps et du cerveau humain. Ces quelques exemples montrent combien l’alliance de nouvelles technologies à la passion de l’exploration peut contribuer à défricher de nouvelles pistes pour notre avenir.

L’explorateur contemporain est un drôle de personnage qui navigue constamment entre la société dans laquelle il évolue et le vaste monde, cet ailleurs qu’il veut sans cesse parcourir et découvrir par lui-même. Il faut souvent pour cela trouver le courage de bousculer les certitudes scientifiques et les modes de pensées dominants du moment, pour aller contre vents et marées au bout de ses idées.

Comme toute société savante regroupant par nature d’irréductibles passionnés aux caractères bien trempés, la Société des explorateurs français ne peut faire abstraction de son environnement. Que ce soit à l’échelle nationale, européenne ou à celle de la planète entière, l’explorateur d’aujourd’hui, comme celui d’hier, ne peut se soustraire à la marche du monde.

Olivier Archambeau

por Olivier Archambeau

Olivier Archambeau (nacido en 1969) es geógrafo y profesor en la Universidad Paris 8 dentro de la unidad de formación e investigación Territorios, Entornos, Sociedades y miembro de la Unidad mixta de investigación LADYSS (Laboratorio Dinámicas sociales y recomposición de espacios) del CNRS. Preside desde 2006 la Sociedad de los exploradores franceses (SEF).

La continuación de esta historia es de pago.

Suscríbete

Y disfruta de acceso ilimitado al sitio por solo USD 5,90 /mes.

¿Ya tienes una suscripción? ¡Inicia sesión!
Ver nuestras suscripciones

Compra este artículo

Desde 2 dollars, fija tú mismo el precio para acceder a este relato y apóyanos sin ningún compromiso.

Pago rápido y seguro con Stripe

iniciar sesión antes de continuar

¿Ya estás suscrito?

Inicia sesión para acceder a este contenido.

Todos los hashtags

Suscríbete a nuestros boletines

Suscríbete a nuestros boletines y lee un extracto gratuito de nuestras historias cuando se publiquen en línea. También mantente informado sobre la publicación de cada uno de nuestros mooks y libros.

Nuestros socios

Union des éditeurs de voyage indépendants

Union des éditeurs de voyage indépendants

Los mejores editores de viajes del mundo

Association Films Plans-Fixes

Association Films Plans-Fixes

Realización de retratos filmados de personalidades conocidas o no de Suiza romanda

Le Livre sur la Place

Le Livre sur la Place

Principal festival literario de la rentrée que se celebra en Nancy

Fondation Aventinus

Fondation Aventinus

Apoya la diversidad mediática en Suiza romanda

Baiutti

Baiutti

El constructor contemporáneo

BCF

BCF

El banco cantonal de Friburgo

Canton de Fribourg

Canton de Fribourg

La cultura al servicio de los Fribourgeois

Canton de Vaud

Canton de Vaud

La cultura al servicio de los Vaudois

DIMAB

DIMAB

Su socio BMW, MINI y ALPINA para Vaud, Valais y Fribourg

Events Sugiez

Events Sugiez

Creador de espacios de fiestas

Fondation Fabrizio Calvi

Fondation Fabrizio Calvi

Promover el periodismo de investigación

Fondation Jan Michalski

Fondation Jan Michalski

Para la escritura y la literatura

Fotostiftung Schweiz

Fotostiftung Schweiz

Preservar el patrimonio fotográfico suizo

Histoire et cité

Histoire et cité

Festival romando que cuestiona los desafíos históricos contemporáneos

InForm

InForm

Asociación dedicada a la inteligencia informacional

Journal La Motta

Journal La Motta

Descubrir cada verano Friburgo, de otra manera

Keystone-ATS

Keystone-ATS

La agencia de prensa suiza

Kompreno

Kompreno

Lo mejor del periodismo europeo

La nuit de la photo

La nuit de la photo

La Chaux-de-Fonds defiende la fotografía

La Semeuse

La Semeuse

Café tostado a 1000 metros de altitud

Les Journées photographiques de Bienne

Les Journées photographiques de Bienne

Festival que explora nuevas perspectivas de la imagen

Morand Constructions Métalliques

Morand Constructions Métalliques

Los expertos en metal desde 1899

Musée gruérien

Musée gruérien

Museo dedicado a la cultura y la historia de Gruyère

OLF

OLF

Oficina del Libro de Friburgo

OIKOS & CO SA

OIKOS & CO SA

Consultoría en financiamientos especiales

Photo Basel

Photo Basel

Feria de arte dedicada a la fotografía

Photo Elysée

Photo Elysée

Museo cantonal Vaudois para la fotografía

Raboud Group

Raboud Group

Diseño de interiores con sede en Bulle

CO 2

CO 2

Temporada cultural CO2 de la Gruyère

Rollin

Rollin

Agencia de desarrollo web

TBB

TBB

Escena cultural principal de Yverdon-les-Bains

Vigousse

Vigousse

Semanario satírico suizo de habla francesa

Ville de Lausanne

Ville de Lausanne

Servicio de biblioteca y archivos

Payot libraire

Payot libraire

Gran librería suiza, independiente y comprometida, en el corazón de la vida cultural romanda