Sept Logo

www.sept.info/it/albert-londres-inedit

Indietro

Albert Londres inédit

Né en 1884 à Vichy, Albert Londres, qui se destinait à une carrière de poète, s’est très tôt rendu célèbre par ses articles et ses récits de voyages, publiés dans des quotidiens de l'époque. Certains n'ont jamais été repris depuis. Comme ces deux récits consacrés aux revendications indépendantistes en Syrie et au Liban, alors sous mandat français, et à l'incendie de l'Asia dans le port de Djeddah, deux ans, presque jour pour jour, avant que le grand reporter ne périsse à son tour dans l'incendie du Georges Philippar. De véritables fresques historico-romanesques que nous a généreusement transmis Bernard Cahier, président de l'Atelier Albert Londres.

 14 minutes de lecture
Albert Londres inédit
Albert Londres, mai 1930, Djeddah. © Archives nationales (France) / 76AS / Albert Londres

En pleine guerre, en mai 1916, la France et la Grande-Bretagne signent secrètement un accord de partage du Proche-Orient: les accords Sykes-Picot. En 1919, la toute jeune Société des Nations (SDN) valide cet accord en attribuant aux deux puissances des mandats de gestion sur la région. A la fin de l’année, la Grande-Bretagne, qui a occupé le terrain militairement jusque-là, se recentre sur les territoires qui lui sont dévolus et qui, comme par hasard, assurent la protection de la route des Indes: Palestine, Egypte (et Irak, pour le pétrole)… Avant de laisser à la France la part qui lui revient, elle prend soin de placer à Damas un jeune roi venu d’Arabie: Fayçal. Lawrence d’Arabie est de l’aventure. Fayçal est l’un des fils de Hussein, chérif de La Mecque, auquel les Britanniques viennent d’offrir le trône d’un nouveau royaume: le Hedjaz. Là encore, le but est de s’assurer des appuis dans la maîtrise de la circulation en mer Rouge… En novembre, ses intérêts confortés, le Royaume-Uni peut remettre à la France, l’esprit tranquille, les clés de la Syrie et du Liban, en application du mandat de la SDN. Albert Londres, qui depuis la fin de 1917 attend en vain une ouverture du côté de Moscou pour aller voir ce qui se passe dans la toute jeune Russie bolchevique (comme on disait à l’époque), se résout à accompagner le général Gouraud dans sa prise de fonction en tant que haut-commissaire de la République française au Levant. Le journaliste, enthousiaste au début, va se faire plus critique au fil des jours. Mais il est contraint à une certaine retenue par son employeur, le journal Excelsior. Il va alors doubler sa série d’articles par une autre, sous le pseudonyme d’«Aigues Mortes», pour le compte du Petit Marseillais. Le style y est un peu plus relâché, moins typiquement repérable, mais souvent plus direct. C’est le premier de cette série de six articles, écrit fin décembre 1919 et publié le 3 janvier 1920, qui est présenté ici. - Bernard Cahier

Le Petit Marseillais, samedi 3 janvier 1920

Damas, décembre. Il n’y a pas que Petrograd et Moscou qui connaissent la terreur froide, il y a Damas. Seulement là, le soviet s’appelle Club arabe. Damas est la capitale de l’émir Fayçal. Nous venons d’y passer cinq jours. Damas rappelle Fez avant les massacres. C’est la ville de l’angoisse. C’est la ville intellectuelle des musulmans, du moins l’élèvent-ils à cet honneur. C’est d’elle que doit partir le mot d’ordre d’indépendance. En attendant, il n’y partout que des coups de feu au coin des rues et appels lamentables de chrétiens. C’est la bastonnade, l’esclavage, l’arbitraire, la peur.

Qu’est ce Club arabe qui tient la ville dans sa main, prêt à l’étrangler? C’est quarante hommes, quarante universitaires illuminés. Que veulent-ils? La domination arabe. Mais avant tout, ils veulent régner, eux, les quarante. Ce sont les «jeunes Arabes», comme naguère à Constantinople il y eut des Jeunes Turcs. Ils ont d’ailleurs les yeux fixés sur le fameux club défunt «Union et progrès», d’où sortirent les grands assassins de la Turquie: Enver et Talaat, en finissant par Djemal. C’est leur modèle. C’est par lui qu’ils jurent. Ils l’invoquent et le copient.

Damas a trois cent mille habitants, les quarante font trembler la masse. Ils disposent de la police. Et la police, dans ces circonstances et dans ces pays, n’est pas là pour faire respecter l’ordre, mais pour en donner. Et la police donne l’ordre de terroriser. Damas est divisée en quarante-huit quartiers. Chaque quartier a son chef, son mouktar. Il comparaît tous les matins devant le délégué du Club. On lui distribue la besogne de la journée. Tel jour, à telle heure, il devra lancer la panique. Il fera circuler dans ses ruelles des gens armés de trique, poignard à la ceinture et qui siffleront. Le lendemain ce sera la fermeture des boutiques. La même bande, déguisée, battra du tambour, et le mouktar lui-même lira l’avis. Les volets devront tomber aussitôt, autrement ce seront des coups de crosse sur les reins des traînards. Le soir, ce sera une levée de tous les hommes. On les sortira de leur domicile. On les rassemblera sur la place. On les y laissera piétiner des heures. On les comptera. Puis, simplement, on les renverra. D’autres jours, ce seront les manifestations. Le Club décidera que c’est le moment d’en monter une. Il fera sonner la trompette courte de cuivre. Le «troupeau» en connaît le son. Il sait ce qu’il veut dire. Il veut dire: «Rassemblez-vous devant vos maisons.» Là, un chef de file prendra leur tête, leur distribuera des drapeaux chérifiens et leur commandera: «Suivez et criez: Vive le monde arabe! A bas la France» – «Vive le monde arabe! A bas la France», crient, après trois heures de marche, harassés, les malheureux. La nuit tombante est choisie par ces messieurs comme préférable aux essais de panique. On attend qu’à la sortie des souks, ou sur la place du Soleil, la population qui rentre soit dense, et subitement partent des coups de feu. La foule court, s’entrave, tombe, et pour ajouter, des cavaliers bédouins, passant par hasard, ne pouvant retarder leur course, fendent la foule courbée. Les chrétiens sont atterrés. Afin de les tenir en haleine, le Club remet leur massacre de semaine en semaine. Les journaux, froidement, l’annoncent. «L’Islam, disent-ils, peut encore attendre. Nous repoussons à huit jours notre règlement de compte avec nos ennemis. Dieu, qui nous voit agir, nous approuve.» On ne leur annonce pas seulement la mort, mais le pillage: «Nous les ruinerons d’abord, nous les tuerons après.» C’est qu’ils s’y connaissent. Ils savent que les marchands d’ici sont attachés à leurs biens autant qu’à leur vie. Ils leur promettent un supplice double. Il y a des condamnations particulières. Le Club, réuni, les prononce. Pas de jugement, évidemment. Le lendemain, un notable apprend qu’il a été condamné, qu’il sera exécuté par un tel, à la première occasion. L’exécution, l’assassinat, n’a pas toujours lieu. Il en a suffi de quelques-uns pour que le moyen de terreur agisse.

Voilà la capitale du royaume arabe. C’est d’elle que partent les chefs de bandes qui tiennent la plaine à 70 kilomètres à la ronde. Le directeur de la sûreté de Damas est le chef des bandits mutualis. Le chef des bandits druzes est le capitaine de la gendarmerie de Damas. L’émir Zeïd, dernier frère de Fayçal, qui le représente, nage là-dedans comme chez lui. L’émir Ali, frère aîné de Fayçal, parcourt la campagne, criant: «Allah! Allah!» Rizat pacha, chef du gouvernement de Fayçal, complètement noyé, est démissionnaire. C’est la ville et le pays livrés à l’anarchie. Attaques du train, rançon des voyageurs, coups de fusils sur les autos, les assassins habillés en policiers, les policiers dansant avec les assassins; c’est le bolchevisme. Fayçal, qui a déchaîné le mouvement, accourt. Son séjour à Paris lui a montré que les temps avaient changé, que son rêve devait comporter certaines modifications, que lorsqu’au XXe siècle on prétend être roi, il est bon de ne plus aimer se complaire dans un régime de l’âge du feu. Il a semé la tempête. La justice veut qu’elle l’emporte.

Albert  Londres

da Albert Londres

Albert Londres (1884-1932), pioniere del giornalismo investigativo francese, rimane un punto di riferimento per le sue inchieste incisive e coraggiose. Reporter instancabile, percorre il mondo denunciando gli abusi delle colonie penali, il traffico di esseri umani o gli scandali coloniali. Il suo stile incisivo e impegnato incarna ancora l'ideale di un giornalismo senza compromessi.
Bernard Cahier

da Bernard Cahier

Bernard Cahier è uno storico francese, specializzato nell'opera di Albert Londres.

Il seguito di questa storia è a pagamento.

Iscriviti

E goditi un accesso illimitato al sito per soli USD 5,90 /mese.

Hai già un abbonamento? Accedi!
Vedi i nostri abbonamenti

Acquista questo articolo

A partire da 3 dollars, scegli tu il prezzo da pagare per accedere a questo racconto e sostenerci senza alcun impegno.

Pagamento veloce e sicuro con Stripe

accedere prima di continuare

Già abbonato?

Accedi per accedere a questo contenuto.

Tutti gli hashtag

Iscriviti alle nostre newsletter

Iscriviti alle nostre newsletter e leggi un estratto gratuito delle nostre storie quando vengono pubblicate online. Rimani inoltre informato sull’uscita di ciascuno dei nostri mook e dei nostri libri.

I nostri partner

Union des éditeurs de voyage indépendants

Union des éditeurs de voyage indépendants

I migliori editori di viaggio del mondo

Association Films Plans-Fixes

Association Films Plans-Fixes

Realizzazione di ritratti filmati di personalità conosciute o meno della Svizzera romanda

Le Livre sur la Place

Le Livre sur la Place

Principale festival letterario di inizio stagione che si tiene a Nancy

Fondation Aventinus

Fondation Aventinus

Sostiene la diversità mediatica nella Svizzera romanda

Baiutti

Baiutti

Il costruttore contemporaneo

BCF

BCF

La banca cantonale di Friburgo

Canton de Fribourg

Canton de Fribourg

La cultura al servizio dei Friburghesi

Canton de Vaud

Canton de Vaud

La cultura al servizio dei Vodesi

DIMAB

DIMAB

Il tuo partner BMW, MINI e ALPINA per Vaud, Vallese e Friburgo

Events Sugiez

Events Sugiez

Creatore di spazi per feste

Fondation Fabrizio Calvi

Fondation Fabrizio Calvi

Promuovere il giornalismo investigativo

Fondation Jan Michalski

Fondation Jan Michalski

Per la scrittura e la letteratura

Fotostiftung Schweiz

Fotostiftung Schweiz

Preservare il patrimonio fotografico svizzero

Histoire et cité

Histoire et cité

Festival romando che interroga le questioni storiche contemporanee

InForm

InForm

Associazione dedicata all'intelligenza informativa

Journal La Motta

Journal La Motta

Scoprire ogni estate Fribourg, in modo diverso

Keystone-ATS

Keystone-ATS

L'agenzia di stampa svizzera

Kompreno

Kompreno

Il meglio del giornalismo europeo

La nuit de la photo

La nuit de la photo

La Chaux-de-Fonds difende la fotografia

La Semeuse

La Semeuse

Caffè tostato a 1000 metri di altitudine

Les Journées photographiques de Bienne

Les Journées photographiques de Bienne

Festival che esplora le nuove prospettive dell'immagine

Morand Constructions Métalliques

Morand Constructions Métalliques

Gli esperti del metallo dal 1899

Musée gruérien

Musée gruérien

Museo dedicato alla cultura e alla storia della Gruyère

OLF

OLF

Ufficio del libro di Friburgo

OIKOS & CO SA

OIKOS & CO SA

Studio di consulenza in finanziamenti speciali

Photo Basel

Photo Basel

Fiera d'arte dedicata alla fotografia

Photo Elysée

Photo Elysée

Museo cantonale vodese per la fotografia

Raboud Group

Raboud Group

Progettazione d'interni con sede a Bulle

CO 2

CO 2

Stagione culturale CO2 de la Gruyère

Rollin

Rollin

Agenzia di sviluppo web

TBB

TBB

Scena culturale principale di Yverdon-les-Bains

Vigousse

Vigousse

Settimanale satirico svizzero romando

Ville de Lausanne

Ville de Lausanne

Servizio biblioteca e archivi

Payot libraire

Payot libraire

Grande libreria svizzera, indipendente e impegnata, al cuore della vita culturale romanda