Sept Logo

www.sept.info/de/presse-diesbach-episode-6

Zurück
La «trahison» de Jeanmaire (6/21)
L'un des derniers portraits du brigadier Jean-Louis Jeanmaire dans son appartement à Berne, 2 février 1990. © Keystone

La «trahison» de Jeanmaire (6/21)

Début août 1976, les autorités fédérales annoncent l'arrestation du colonel brigadier Jean-Louis Jeanmaire, accusé d'avoir livré des documents secrets à un attaché militaire soviétique.

 36 minutes de lecture

Le 9 août 1976, la Police fédérale arrête le brigadier Jean-Louis Jeanmaire, un officier de haut rang, chef des troupes de la Protection aérienne. Il est inculpé de trahison au profit de l’Union soviétique. C’est, nous dit-on, la plus importante affaire d’espionnage que la Suisse a connue depuis la Seconde Guerre mondiale. De quoi déchaîner les passions dans l’atmosphère de guerre froide qui régnait alors. «C’est une infraction infâme qui mérite au moins douze ans de prison», dira, avant le procès de Jeanmaire, le Conseiller fédéral Rudolf Gnaegi, chef du département Militaire fédéral. Bonjour la séparation des pouvoirs! 

Pour l’ATS déjà, j’ai suivi plusieurs débats sur cette affaire aux Chambres fédérales. J’ai vu un conseiller national de la droite radicale proposer d’aller lui-même couper la tête au traître suisse. J’ai entendu, avant même la fin de l’instruction, le très catholique conseiller fédéral Kurt Furgler, chef du département fédéral de Justice et Police, l’air inspiré de celui qui a toujours l’Etat de droit à la bouche, parler sous les ovations du Parlement de la «trahison du siècle». Bref, dès les débuts de mon activité de correspondant parlementaire à la TLM, je me suis immergé dans cette affaire Jeanmaire, exemplaire de «l’espionite» qui souffle sur cette Suisse neutre qui a enterré des divisions, miné ses cols alpins et ses ouvrages d’art. Et dépensé des fortunes pour que chaque habitant puisse profiter, en cas d’attaque atomique, biologique ou chimique, d’un abri souterrain de la Protection civile. Je laisse les politiques à leurs enquêtes et choisis de traiter les faits seulement, d’éviter de juger Jeanmaire ou de prendre part à la chasse aux sorcières lancée contre lui. Pourtant, très vite, je ressens une impression qui ne me lâchera plus: Jeanmaire est sûrement le roi des traîneurs de sabres, rustre, naïf et vaniteux, mais pas le roi des traîtres.

Le 23 février 1977, dans un article retransmis par les bons soins des agences de presse soviétiques, le journaliste Boris Krymov, chef adjoint du service étranger de la Literatournaïa Gazetta («La Gazette littéraire», organe de la très communiste Association des écrivains soviétiques), affirme que la trahison supposée du colonel brigadier suisse Jean-Louis Jeanmaire est une nouvelle affaire Dreyfus, un coup monté par le contre-espionnage ouest-allemand. Dans une lettre publiée le 16 mars suivant par les mêmes agences, le colonel de l’Armée rouge Vassili Denissenko, celui que Berne considère comme «l’instigateur de la trahison», «le génie néfaste» de Jeanmaire, nie très énergiquement avoir reçu des documents secrets de l’officier général suisse. Bref, «ce n’est pas nous, jurent les Soviétiques. Nous sommes innocents des accusations que la Suisse fait pleuvoir sur nous». A la lecture de ces dénégations, je prends mon papier à lettres et m’adresse à l’ambassadeur d’URSS à Berne. En substance: «Excellence, personne ne croit à vos communiqués. Pourtant, nombre de Suisses aimeraient comprendre. Je souhaite interviewer le colonel Vassili Denissenko, officier des services de renseignements militaires GRU, attaché militaire soviétique à Berne de 1959 à 1964, l’agent russe qui aurait détourné le brigadier. Je souhaite réaliser cette interview avant le procès Jeanmaire qui s’ouvrira à la mi-juin à Lausanne.» J’envoie cette lettre dans l’idée que, dans ce métier, il faut toujours essayer. Avec un peu de chance, plus c’est gros, mieux ça passe. A ma grande surprise, je suis convoqué peu après par l’Ambassade d’URSS où l’on désire faire ma connaissance. Je m’y rends en costume-cravate. L’habit ne fait certes pas le moine, mais un journaliste doit savoir que l’habit peut rassurer ou effrayer ses interlocuteurs. Le journaliste est un témoin; il doit donc éviter de se faire remarquer par un habillement original. Il doit pratiquer le mimétisme et savoir s’adapter à ses différents interlocuteurs. J’ai fait de mon mieux sans parvenir à toujours camoufler mes souliers jaunes de baroudeur, qui ont tant fait rigoler les plus distingués de mes camarades journalistes! A l’ambassade, notre entretien est banal. Mais, comme on me reçoit avec des canapés au caviar arrosés de vodka, je ne perds pas l’espoir. Quinze jours plus tard, je reçois le feu vert soviétique: «Venez à Moscou. Nous y ferons venir le colonel Denissenko qui réside d’ordinaire dans la ville de Piatigorsk, dans le Caucase, à plus de 2’000 km de Moscou. Il est d’accord de vous parler.» Je téléphone à mon rédacteur en chef Jacques Poget et à Marcel A. Pasche, directeur des publications. Ils acceptent immédiatement l’idée du voyage et débloquent le budget nécessaire. Quel bonheur de travailler dans un journal qui encourage les initiatives, avec des responsables qui ne sont pas continuellement sur les freins! Dans ce cas-là, il fallait du courage car la voix de Moscou n’était pas populaire du tout… A Moscou, je suis reçu à ma descente d’avion par de charmantes consœurs de la «Gazette littéraire» qui me conduisent à l’hôtel Russia, un temple du tourisme stalinien. Très vite, j’étouffe. Je ne peux rien faire sans être accompagné, surveillé. J’explose. Les soirs, je prends de gros risques pour sortir seul, du moins je le pense. Je fais restaurants et cafés avec mes notes, argent, papiers. J’abuse de la vodka. Totalement imprudent, inconscient!

Roger de Diesbach

durch Roger de Diesbach

Roger de Diesbach (1944–2009) war ein einflussreicher Schweizer Journalist, bekannt für sein Engagement für einen rigorosen investigativen Journalismus. Als Chefredakteur von La Liberté von 1995 bis 2004 verwandelte er diese Freiburger Tageszeitung in ein unabhängiges Westschweizer Medium, das die Wahrheit verteidigte, selbst wenn sie unbequem war. Preisträger des Prix Jean-Dumur im Jahr 1987, ist er Autor mehrerer Werke, darunter Presse futile, presse inutile.

Die Fortsetzung dieser Geschichte ist kostenpflichtig.

Abonnieren Sie

Und genießen Sie unbegrenzten Zugang zur Website für nur USD 5,90 /Monat.

Haben Sie bereits ein Abonnement? Melden Sie sich an!
Unsere Abonnements ansehen

Kaufen Sie diesen Artikel

Ab 3 dollars bestimmen Sie selbst den Preis, um auf diese Geschichte zuzugreifen und uns unverbindlich zu unterstützen.

Schnelle und sichere Zahlung mit Stripe

vor dem Fortfahren anmelden

Bereits abonniert?

Melden Sie sich an um auf diesen Inhalt zuzugreifen.

Alle Hashtags

Abonnieren Sie unseren Newsletter

Abonnieren Sie unseren Newsletter und lesen Sie einen kostenlosen Auszug unserer Geschichten, sobald sie online veröffentlicht werden. Bleiben Sie außerdem über die Veröffentlichung unserer Mooks und Bücher informiert.

Unsere Partner

Union des éditeurs de voyage indépendants

Union des éditeurs de voyage indépendants

Die besten Reiseverlage der Welt

Association Films Plans-Fixes

Association Films Plans-Fixes

Erstellung von gefilmten Porträts bekannter oder unbekannter Persönlichkeiten aus der Romandie

Le Livre sur la Place

Le Livre sur la Place

Hauptliteraturfestival zum Schuljahresbeginn in Nancy

Fondation Aventinus

Fondation Aventinus

Unterstützt die Medienvielfalt in der Westschweiz

Baiutti

Baiutti

Der zeitgenössische Baumeister

BCF

BCF

Die Kantonalbank von Freiburg

Canton de Fribourg

Canton de Fribourg

Kultur im Dienste der Freiburger

Canton de Vaud

Canton de Vaud

Kultur im Dienste der Waadtländer

DIMAB

DIMAB

Ihr Partner für BMW, MINI und ALPINA in Waadt, Wallis und Freiburg

Events Sugiez

Events Sugiez

Schöpfer von Festbereichen

Fondation Fabrizio Calvi

Fondation Fabrizio Calvi

Förderung des investigativen Journalismus

Fondation Jan Michalski

Fondation Jan Michalski

Für das Schreiben und die Literatur

Fotostiftung Schweiz

Fotostiftung Schweiz

Das fotografische Erbe der Schweiz bewahren

Histoire et cité

Histoire et cité

Romanisches Festival, das die zeitgenössischen historischen Herausforderungen hinterfragt

InForm

InForm

Verein für Informationsintelligenz

Journal La Motta

Journal La Motta

Entdecken Sie jeden Sommer Freiburg, anders

Keystone-ATS

Keystone-ATS

Die Schweizer Nachrichtenagentur

Kompreno

Kompreno

Das Beste des europäischen Journalismus

La nuit de la photo

La nuit de la photo

La Chaux-de-Fonds verteidigt die Fotografie

La Semeuse

La Semeuse

Kaffee geröstet auf 1000 Metern Höhe

Les Journées photographiques de Bienne

Les Journées photographiques de Bienne

Festival zur Erkundung neuer Perspektiven des Bildes

Morand Constructions Métalliques

Morand Constructions Métalliques

Die Metallspezialisten seit 1899

Musée gruérien

Musée gruérien

Museum, das der Kultur und Geschichte von Gruyère gewidmet ist

OLF

OLF

Office du livre de Fribourg

OIKOS & CO SA

OIKOS & CO SA

Beratungsunternehmen für spezielle Finanzierungen

Photo Basel

Photo Basel

Kunstmesse, die der Fotografie gewidmet ist

Photo Elysée

Photo Elysée

Kantonales Waadtländer Museum für Fotografie

Raboud Group

Raboud Group

Innenarchitektur mit Sitz in Bulle

CO 2

CO 2

Kultursaison CO2 de la Gruyère

Rollin

Rollin

Webentwicklungsagentur

TBB

TBB

Wichtige Kulturszene von Yverdon-les-Bains

Vigousse

Vigousse

Wöchentliches satirisches Magazin der Romandie

Ville de Lausanne

Ville de Lausanne

Bibliotheks- und Archivdienst

Payot libraire

Payot libraire

Große unabhängige und engagierte Schweizer Buchhandlung im Herzen des kulturellen Lebens der Romandie