Sept Logo

www.sept.info/es/11-septembre-fbi-episode-2

Regresar

Frère John et le jeune Ali (2/2)

Photographie aérienne des ruines fumantes de la façade extérieure de la tour sud du World Trade Center (à droite) et de la tour nord (au centre, à gauche), et des dommages sur les bâtiments environnants. New York, 17 septembre 2001.   © Mate Eric J. Tilford, US Navy

Flamboyant, baroque, improbable responsable du FBI, John O’Neill tirait sur la vie comme sur ses cigares. Bagarres à mains nues, fusillades, deux femmes, deux foyers, des restaurants à la mode de New York aux bouis-bouis yéménites il promenait sa soif de vivre balayant tout sur son passage. Seule une avalanche de dizaines de milliers de mètres cubes de béton, de métal et de verre pouvait le faire taire, l’empêcher d’avancer pour toujours. Ce sera le cas un 11 septembre de sinistre mémoire.

 59 minutes de lecture

Travailler avec John O’Neill n’est pas une sinécure. Le fréquenter peut parfois aussi se révéler folklorique. Certains de ses collègues ont l’impression de côtoyer un «parrain» en raison de ses vêtements, de ses manières et de ses origines: c’est un gamin d’Atlantic City, capitale du jeu et de la mafia sur la côte Est. Il pouvait être horripilant, surtout à cause de sa manie d’arriver avec au moins une heure de retard aux réunions quotidiennes instaurées après les attaques contre les ambassades. On raconte que, profitant d’un de ces retards, Dan Coleman prit un jour la parole pour transmettre à ses collègues un peu de son savoir sur ben Laden. Après tout, il était sans doute celui qui, au sein du FBI, connaissait le mieux la question. O’Neill arrive sur ces entrefaites et l’interrompt:
- Vous ne savez pas de quoi vous parlez!


- Comme vous voulez.
- Je blaguais!
- Vous avez raison, je ne suis qu’une merde. De toute façon, vous êtes le boss: à partir de là, je n’ai pas à l’ouvrir.

Le lendemain, O’Neill présente ses excuses à Coleman. En partant, il lui dit:
- On dirait que vous vous êtes coiffé avec une grenade dégoupillée…
- Je suppose que je pourrais me servir d’un peu de l’huile que vous vous versez sur les cheveux? lui répond Coleman, faisant éclater de rire O’Neill.

Depuis, il peut compter sur l’appui inconditionnel de Coleman. Et il en a furieusement besoin pour mener à bien ce qui apparaît aujourd’hui comme le combat le plus important de sa carrière, peut-être même de toute l’histoire de la lutte antiterroriste au sein du FBI. Celui dont l’issue pouvait changer la face de la planète: l’enquête sur l’attaque de l’USS Cole, l’un des bâtiments les plus sophistiqués de la flotte américaineLe 12 octobre 2000 à 12 h 35, ce destroyer lance-missiles est frappé de plein fouet par un bateau à moteur bourré d’explosifs et manque de peu de couler; 17 marins sont tués, 39 autres blessés. L’attaque de l’USS Cole va conduire John O’Neill vers les vraies racines du mal, au Yémen, terre du pouvoir bédouin. «Quand O’Neill est entré dans mon bureau, je venais d’apprendre la nouvelle à la télévision, me raconte Barry Mawn. Il m’a dit: "Barry, c’est Al-Qaïda. Je sais que c’est eux, et il faut que ce soit nous qui allions au Yémen"» 

Cette fois-ci, O’Neill ne laisse pas passer l’occasion, c’est son affaire, pas question que Washington s’en empare! Barry Mawn l’appuie et vient à bout des réticences du Quartier général. O’Neill va confier le dossier à l’un des hommes les plus brillants du FBI, un homme qu’il tient en très haute estime, son homme de confiance, l’agent des missions les plus délicates: Ali Soufan, 30 ans, pressé de réussir dans son travail et passionné par tout ce qu’il fait, qui parle vite avec dans la voix un léger accent libanais. Visage ouvert, yeux rieurs, ce touche-à-tout aurait pu être trader, avocat dans un grand cabinet d’affaires ou encore médecin humanitaire. De confession musulmane, son islam lorgne vers le poète américano-libanais Khalil Gibran. Il a grandi dans un Liban déchiré par la guerre civile, en proie au chaos qu’y faisaient régner les milices et les groupes armés financés par de puissants et ambitieux voisins. A Beyrouth, son père publiait un journal économique. Parfois, il l’aidait en allant porter les articles à l’imprimerie. Depuis lors, il sait se débrouiller dans n’importe quelle situation. En 1987, la famille Soufan fuit la guerre civile et se réfugie aux Etats-Unis, Ali a tout juste dix-sept ans. Pour la première fois de sa vie, il se sent à l’abri et découvre un pays où il est possible de rêver à son avenir. Ali Soufan termine son adolescence en Pennsylvanie et, après avoir passé avec succès un master en relations internationales à l’Université de Villanova, non loin de Philadelphie, il envisage un doctorat. Par jeu, il pose sa candidature au FBI avec la certitude de ne pas être admis. A sa grande surprise, en juillet 1997, il reçoit une lettre du Bureau le convoquant à Quantico deux semaines plus tard. Après avoir passé toutes les épreuves, le voici Special Agent, badgé et armé. Sa feuille de route lui donne l’ordre de se présenter au bureau de New York. Seul agent à parler arabe, Ali Soufan est affecté à la division du contre-terrorisme. Désormais, il dépend de John O’Neill. Ses collègues sont presque tous des agents chevronnés ayant fait leurs premières armes contre la Cosa Nostra dans les années 1980. Le Bureau leur doit ses plus beaux succès. Ali Soufan se rode au sein de l’équipe I-40, chargée de démanteler les réseaux américains du Hamas, principal mouvement islamiste palestinien. Après l’avoir ainsi testé, O’Neill le mute le 7 août 1998, quelques heures après les attaques contre les ambassades américaines en Afrique, dans l’équipe I-49 qui se concentre sur Al-Qaïda. En dépit de son jeune âge, John O’Neill et Pasquale J. (Pat) D'Amuro lui confient des missions délicates. Quand Oussama ben Laden émet sa première fatwa contre les Etats-Unis à la fin août 1998, Soufan rédige une longue note sur le fondamentalisme islamique que O’Neill, impressionné, fait circuler. C’est lui aussi qui rassemble les pièces à conviction contre Al-Qaïda après les attentats contre les représentations américaines. Pour O’Neill, Soufan est «un trésor national»; il dit de lui qu’il est son «arme secrète». Au moment de l’attaque contre l’USS Cole, Soufan se trouve dans un taxi sur le pont de Brooklyn. Son pager sonne, il a ordre de se rendre toutes affaires cessantes au siège du bureau de New York. L’Amérique est en guerre, mais ne le sait pas encore. Soufan débarque peu après à l’aéroport d’Aden à la tête d’un commando de plusieurs dizaines d’hommes. Leur avion est immédiatement entouré par un détachement de soldats de l’armée yéménite qui les met en joue avec leur Kalachnikov. Chargés de la protection de l’équipe américaine, les hommes du Hostage Rescue Team (HRT, équipe de libération d'otages) leur répondent en armant leur M4 et en dégainant leurs armes de poing. «Personne ne menaçait les hommes du HRT, explique fièrement Ali Soufan. En même temps, il nous fallait réfléchir très vite.» L’agent spécial a conscience que, s’il ne fait pas immédiatement quelque chose, la situation risque de dégénérer en bain de sang. Au Yémen, pas plus qu’au FBI, on ne plaisante avec les armes, surtout quand elles sont prêtes à ouvrir le feu. Que Soufan réagisse mal, et ils sont tous morts. Il se dirige alors vers un militaire équipé d’un talkie-walkie, apparemment le plus gradé.
- Que se passe-t-il, pourquoi ces armes? lui demande-t-il en arabe.
- C’est pour votre protection, lui répond l’officier.
- On ne protège pas les gens en les braquant. Vous feriez mieux de pointer vos armes vers l’extérieur de l’aéroport…

Ali Soufan a très chaud, il n’a pas eu le temps de se changer et transpire sous le pull-over de laine qu’il porte depuis New York. Sur le tarmac, il fait près de 40 degrés. Les soldats yéménites sont eux aussi en nage.
- Vous devez avoir soif, leur dit-il. Vous voulez de l’eau?

Se tournant vers ses hommes, il leur ordonne de distribuer les bouteilles d’eau qu’ils ont apportées. Les Yéménites baissent leurs armes et prennent avec empressement les bouteilles, mais ne les boivent pas.
- C’est de l’eau américaine, s’exclament-ils, émerveillés, comme si ces bouteilles étaient des objets de culte…
- La glace était brisée, commente malicieusement Soufan. Si l’on peut parler de glace par 40 degrés...

Fabrizio Calvi

por Fabrizio Calvi

Fabrizio Calvi (1954-2021), periodista y cineasta franco-suizo, se destacó por sus investigaciones profundas sobre los entresijos del poder. Autor de numerosos libros traducidos a varios idiomas, sus revelaciones sobre el crimen organizado, las finanzas ocultas, el terrorismo internacional y los servicios secretos le aseguraron una fama internacional.

La continuación de esta historia es de pago.

Suscríbete

Y disfruta de acceso ilimitado al sitio por solo USD 5,90 /mes.

¿Ya tienes una suscripción? ¡Inicia sesión!
Ver nuestras suscripciones

Compra este artículo

Desde 2 dollars, fija tú mismo el precio para acceder a este relato y apóyanos sin ningún compromiso.

Pago rápido y seguro con Stripe

iniciar sesión antes de continuar

¿Ya estás suscrito?

Inicia sesión para acceder a este contenido.

Todos los hashtags

Suscríbete a nuestros boletines

Suscríbete a nuestros boletines y lee un extracto gratuito de nuestras historias cuando se publiquen en línea. También mantente informado sobre la publicación de cada uno de nuestros mooks y libros.

Nuestros socios

Union des éditeurs de voyage indépendants

Union des éditeurs de voyage indépendants

Los mejores editores de viajes del mundo

Association Films Plans-Fixes

Association Films Plans-Fixes

Realización de retratos filmados de personalidades conocidas o no de Suiza romanda

Le Livre sur la Place

Le Livre sur la Place

Principal festival literario de la rentrée que se celebra en Nancy

Fondation Aventinus

Fondation Aventinus

Apoya la diversidad mediática en Suiza romanda

Baiutti

Baiutti

El constructor contemporáneo

BCF

BCF

El banco cantonal de Friburgo

Canton de Fribourg

Canton de Fribourg

La cultura al servicio de los Fribourgeois

Canton de Vaud

Canton de Vaud

La cultura al servicio de los Vaudois

DIMAB

DIMAB

Su socio BMW, MINI y ALPINA para Vaud, Valais y Fribourg

Events Sugiez

Events Sugiez

Creador de espacios de fiestas

Fondation Fabrizio Calvi

Fondation Fabrizio Calvi

Promover el periodismo de investigación

Fondation Jan Michalski

Fondation Jan Michalski

Para la escritura y la literatura

Fotostiftung Schweiz

Fotostiftung Schweiz

Preservar el patrimonio fotográfico suizo

Histoire et cité

Histoire et cité

Festival romando que cuestiona los desafíos históricos contemporáneos

InForm

InForm

Asociación dedicada a la inteligencia informacional

Journal La Motta

Journal La Motta

Descubrir cada verano Friburgo, de otra manera

Keystone-ATS

Keystone-ATS

La agencia de prensa suiza

Kompreno

Kompreno

Lo mejor del periodismo europeo

La nuit de la photo

La nuit de la photo

La Chaux-de-Fonds defiende la fotografía

La Semeuse

La Semeuse

Café tostado a 1000 metros de altitud

Les Journées photographiques de Bienne

Les Journées photographiques de Bienne

Festival que explora nuevas perspectivas de la imagen

Morand Constructions Métalliques

Morand Constructions Métalliques

Los expertos en metal desde 1899

Musée gruérien

Musée gruérien

Museo dedicado a la cultura y la historia de Gruyère

OLF

OLF

Oficina del Libro de Friburgo

OIKOS & CO SA

OIKOS & CO SA

Consultoría en financiamientos especiales

Photo Basel

Photo Basel

Feria de arte dedicada a la fotografía

Photo Elysée

Photo Elysée

Museo cantonal Vaudois para la fotografía

Raboud Group

Raboud Group

Diseño de interiores con sede en Bulle

CO 2

CO 2

Temporada cultural CO2 de la Gruyère

Rollin

Rollin

Agencia de desarrollo web

TBB

TBB

Escena cultural principal de Yverdon-les-Bains

Vigousse

Vigousse

Semanario satírico suizo de habla francesa

Ville de Lausanne

Ville de Lausanne

Servicio de biblioteca y archivos

Payot libraire

Payot libraire

Gran librería suiza, independiente y comprometida, en el corazón de la vida cultural romanda