Sept Logo

www.sept.info/es/ukraine-sommier-episode-1

Regresar
La première nuit (1/2)
Un officier ukrainien de la police spéciale marche près d'un bâtiment détruit alors qu'il patrouille pendant le couvre-feu nocturne à Kharkiv, Ukraine, dimanche 27 mars 2022. © Keystone / AP / Felipe Dana

La première nuit (1/2)

Ils s’appellent Max, Sabri et Greg. Trois volontaires français partis combattre en Ukraine, des idéalistes fascinés par le danger autant que par le sens de la justice. J’ai pris contact avec Max sur les réseaux sociaux, intrigué par ce militant venu de la gauche radicale et passé par le Rojava. Il m’a proposé de venir le rejoindre à Odessa. J’ai accepté.

 10 minutes de lecture

Il y a Max l’idéaliste, Sabri l’ancien militaire et Greg qui travaille «dans la sécu». Ils ont tout quitté pour partir aider le peuple ukrainien. J’échange depuis un petit moment avec Max sur les réseaux sociaux. C’est une amie qui nous a mis en contact. Ce militant issu de la gauche radicale, n’est pas toujours disponible. Il change souvent d’adresse en Ukraine. Il loge un coup à Lviv, un autre à Kiev, Nikolaïev ou Odessa. Souvent, il n’est pas joignable plusieurs jours de suite. Puis il réapparaît. Il envoie des photos, très mauvaises. C’est peut-être à dessein, pour se protéger en ne montrant pas l’endroit précis où il se trouve. A travers ces échanges, je devine une vie rythmée par les bombardements et les aléas du casernement.

Max m’a offert de le rejoindre à Odessa avec Sabri et Greg. Il propose de venir me chercher en voiture. De là, nous pourrions gagner leur base à Mikolaïev et passer du temps avec lui pour comprendre le quotidien d’un soldat sur une ligne de front. Le reportage se dessine. S’esquisse, plutôt. Derrière l’idée, les détails sont imprécis comme souvent. Dans le métier de reporter, il y a toujours une phase où l’on se projette, où l’on imagine ce que ce sera. Alors, j’imagine. J’imagine Max au milieu des militaires ukrainiens. J’ai vu son visage. Il a quelque chose d’un adolescent qui aurait grandi trop vite. En contrepoint, Greg et Sabri m’intéressent parce qu’ils se connaissent. Ils ont combattu ensemble au Rojava, au Kurdistan irakien. Max a conservé le pseudo de Max-Azadi. Il l’a gagné au Rojava, et c’est derrière cette étiquette qu’il communique sur les réseaux sociaux. Comme des centaines de volontaires étrangers depuis 2014, ces jeunes se sont engagés contre Daech auprès des Kurdes. Leurs retrouvailles sur le champ de bataille ukrainien traduisent une forme d’idéalisme et d’insolence. Je les trouve touchants, quoiqu’un peu suicidaires, ces combattants prêts à donner leur vie. Dans leurs discours, ils se réfèrent sans cesse à la cause et au besoin de justice mais, par-delà tout ça, c’est la grande Faucheuse qui les fascine. Ils veulent la côtoyer. Ils veulent la renifler. C’est le point commun qu’ils ont avec nous, les reporters. On a beau se donner tout un tas de raisons, il faut être honnête, c’est ce frisson-là qui nous motive.

Comme en Espagne en 1936, à l’époque des Brigades internationales, l’anarchisme dans les rangs des volontaires internationaux en Ukraine n’est pas qu’une idéologie. En effet, le dispositif qui, à l’invitation du président Zelensky, les autorise à rejoindre l’armée, n’est pas au point. Une semaine avant notre départ pour l’Ukraine, le centre de recrutement de la Légion ukrainienne situé à Yavoriv, près de la frontière polonaise, a fait l’objet d’une frappe massive de la part des Russes. Plus d’une centaine de combattants ont été tués. Par chance pour lui, Max, qui est passé par ce centre, en était parti. La localisation de la base de la légion aurait été donnée aux Russes par un infiltré. Une paranoïa s’est développée chez les combattants mais, plus généralement, et j’aurai l’occasion de m’en rendre compte, chez les Ukrainiens. La peur du traître est vive. Certains volontaires ont jeté l’éponge. La frappe russe en a refroidi plus d’un. Parmi ces déçus, il y a Michael. Avant mon départ pour l’Ukraine, je l’ai rencontré à Paris. Il rentrait dépité. Il venait de passer un mois dans le pays où il avait fini par atterrir dans un centre de la Légion géorgienne, au sud de Kiev. L’instruction était prodiguée par d’anciens militaires incompétents qui n’hésitaient pas à pointer l’arme vers quelqu’un lors d’un exercice. On lui demandait de monter la garde sans fusil. Comprenant que ses chances d’aller mourir au front étaient maigres et que l’argent qu’il avait mis de côté aurait bientôt disparu, il est revenu de Kiev en stop. Pour Max, Sabri et Greg, les choses se présentaient mieux; et, néanmoins, j’allais bientôt m’en rendre compte, l’épopée des volontaires français en Ukraine relevait alors davantage de l’errance que d’une filière clairement structurée.

Pour rejoindre Odessa, nous passons par Bucarest. Je fais équipe avec Noël Quidu, mon vieux compagnon de reportage. A l’arrivée à l’aéroport, notre conductrice ukrainienne est facile à repérer au milieu de la foule. Avec son tailleur moulant noir, ses bas résilles et ses chaussures carrées à talons hauts, elle semble sortir de boîte de nuit. Elle nous explique que nous ne sommes pas autorisés à traverser la Moldavie. Au Sud, près de la mer Noire, la route est bombardée. La voie de chemin de fer aurait été coupée. Nous allons devoir remonter toute la Roumanie pour entrer en Ukraine par le Nord du pays et ensuite redescendre vers Odessa. Trajet total: 1’200 km environ. En théorie, dix heures. En pratique, presque deux jours. Evidemment, le tarif n’est plus le même que celui que j’avais négocié avant de partir. Pas d’autre choix que d’accepter, ce qui revient à puiser plus tôt que prévu dans la réserve de billets que nous planquons dans nos vestes. Nous tâcherons d’utiliser nos cartes dès que ça sera possible. Le problème c’est que la guerre et les cartes bleues, ça fait rarement bon ménage. Le risque de se retrouver à sec, sans argent pour rentrer, est un aléa du reportage. Dans ce cas, on développe un sixième sens: celui de la débrouille.

Régis Le Sommier

por Régis Le Sommier

Régis Le Sommier, nacido el 28 de octubre de 1968 en Toulon (Var), es un periodista francés. Antiguo subdirector de Paris Match, dirige desde finales de 2022 Omerta.

La continuación de esta historia es de pago.

Suscríbete

Y disfruta de acceso ilimitado al sitio por solo USD 5,90 /mes.

¿Ya tienes una suscripción? ¡Inicia sesión!
Ver nuestras suscripciones

Compra este artículo

Desde 2 dollars, fija tú mismo el precio para acceder a este relato y apóyanos sin ningún compromiso.

Pago rápido y seguro con Stripe

iniciar sesión antes de continuar

¿Ya estás suscrito?

Inicia sesión para acceder a este contenido.

Todos los hashtags

Suscríbete a nuestros boletines

Suscríbete a nuestros boletines y lee un extracto gratuito de nuestras historias cuando se publiquen en línea. También mantente informado sobre la publicación de cada uno de nuestros mooks y libros.

Nuestros socios

Union des éditeurs de voyage indépendants

Union des éditeurs de voyage indépendants

Los mejores editores de viajes del mundo

Association Films Plans-Fixes

Association Films Plans-Fixes

Realización de retratos filmados de personalidades conocidas o no de Suiza romanda

Le Livre sur la Place

Le Livre sur la Place

Principal festival literario de la rentrée que se celebra en Nancy

Fondation Aventinus

Fondation Aventinus

Apoya la diversidad mediática en Suiza romanda

Baiutti

Baiutti

El constructor contemporáneo

BCF

BCF

El banco cantonal de Friburgo

Canton de Fribourg

Canton de Fribourg

La cultura al servicio de los Fribourgeois

Canton de Vaud

Canton de Vaud

La cultura al servicio de los Vaudois

DIMAB

DIMAB

Su socio BMW, MINI y ALPINA para Vaud, Valais y Fribourg

Events Sugiez

Events Sugiez

Creador de espacios de fiestas

Fondation Fabrizio Calvi

Fondation Fabrizio Calvi

Promover el periodismo de investigación

Fondation Jan Michalski

Fondation Jan Michalski

Para la escritura y la literatura

Fotostiftung Schweiz

Fotostiftung Schweiz

Preservar el patrimonio fotográfico suizo

Histoire et cité

Histoire et cité

Festival romando que cuestiona los desafíos históricos contemporáneos

InForm

InForm

Asociación dedicada a la inteligencia informacional

Journal La Motta

Journal La Motta

Descubrir cada verano Friburgo, de otra manera

Keystone-ATS

Keystone-ATS

La agencia de prensa suiza

Kompreno

Kompreno

Lo mejor del periodismo europeo

La nuit de la photo

La nuit de la photo

La Chaux-de-Fonds defiende la fotografía

La Semeuse

La Semeuse

Café tostado a 1000 metros de altitud

Les Journées photographiques de Bienne

Les Journées photographiques de Bienne

Festival que explora nuevas perspectivas de la imagen

Morand Constructions Métalliques

Morand Constructions Métalliques

Los expertos en metal desde 1899

Musée gruérien

Musée gruérien

Museo dedicado a la cultura y la historia de Gruyère

OLF

OLF

Oficina del Libro de Friburgo

OIKOS & CO SA

OIKOS & CO SA

Consultoría en financiamientos especiales

Photo Basel

Photo Basel

Feria de arte dedicada a la fotografía

Photo Elysée

Photo Elysée

Museo cantonal Vaudois para la fotografía

Raboud Group

Raboud Group

Diseño de interiores con sede en Bulle

CO 2

CO 2

Temporada cultural CO2 de la Gruyère

Rollin

Rollin

Agencia de desarrollo web

TBB

TBB

Escena cultural principal de Yverdon-les-Bains

Vigousse

Vigousse

Semanario satírico suizo de habla francesa

Ville de Lausanne

Ville de Lausanne

Servicio de biblioteca y archivos

Payot libraire

Payot libraire

Gran librería suiza, independiente y comprometida, en el corazón de la vida cultural romanda