Pêcher avec Pete

© Jean Christophe Magnenet
Pete Knutson sort de ses filets un beau kéta: yeux clairs, écailles bleu-vert et chair ferme. 

Des eaux froides de l’Alaska aux salles de cours du Central College de Seattle, Pete Knutson, pêcheur de saumons sauvages et professeur d’anthropologie, suit toujours la même ligne: «entretenir un esprit pessimiste tout en gardant foi en l’action». Ce sexagénaire philosophe et anarchiste dans l'âme a choisi un mode production raisonné, envers et contre tous.

Traversé par l'arc volcanique toujours actif des Cascades, l’Etat de Washington, baptisé «The Evergreen State» (L’Etat qui reste toujours vert), au nord-ouest du continent américain, est une terre de contrastes. D’un côté, des plateaux jaunes, ocre et arides s'enfoncent à perte de vue vers l'intérieur des terres. De l’autre, le massif qui culmine à plus de 4’000 mètres protège de grandes forêts humides plongeant dans l’océan Pacifique. Un territoire des Etats-Unis où les Amérindiens pêchaient le saumon, avant même l’arrivée des premiers colons au XVIIIe siècle. Dans le Fishermen’s Terminal du port de Seattle, principale métropole de l’Etat, tanguent aujourd’hui encore des centaines de chalutiers. Comme le Njord, que pilote Pete Knutson. Boucles grises tombant sur les épaules, petites lunettes posées sur un regard sage et sourire en coin facile, il est l’un des derniers pêcheurs indépendants. «L’un des meilleurs [aussi] de la cité émeraude», selon ses pairs. Chaque été, cet irréductible sexagénaire, qui figure sur la liste des fondateurs de la Commission saumon du Puget Sound, un groupe qui milite pour la protection et la gestion du salmonidé, fait route vers les eaux froides du détroit de Clarence, dans le sud-est de l’Alaska, le long de plages bordées de sommets verdoyants pour pêcher le poisson sauvage. 

«Son business est incroyable», assure Jeb Wyman, qui arpente lui aussi depuis des décennies le Pacifique. Par «business», entendez dans la bouche d’un Américain «sa manière de faire, de A à Z». La preuve: de grandes tables de la métropole entre mer et montagnes ont été séduites autant par sa démarche que par la qualité de la chair de ses poissons. Son premier thuriféraire, à la fin des années 2000, a été Maria Hines aux fourneaux de l’un des premiers restaurants «organic» de Seattle (l’équivalent américain du label européen «agriculture biologique»). Cette chef a notamment reçu en 2009 le prix de la Fondation James Beard considéré outre-Atlantique comme les «Oscars» de l’alimentation. Les restaurants Café Campagne et Canlis, estampillé Relais & Château, dans le quartier huppé de Queen Ann, lui ont emboîté le pas mettant à leur carte les saumons de Pete labellisés par le Marine Stewardship Council (MSC), qui garantit au consommateur des méthodes de pêche «écoresponsables» et le respect des écosystèmes marins.

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