Anna Chapman, l'espionne qui venait du froid (3/3)

© Keystone / AP
L'ex-espionne russe sur un podium flanqué de deux hommes se faisant passer pour des agents des services secrets lors d'un défilé de mode à Antalya, en Turquie, 8 juin 2012.

Bannie des Etats-Unis en 2010, l’espionne Anna Chapman est devenue une véritable star en Russie. Mais sa célébrité n’est peut-être qu’une couverture.

«Est-ce que je vous ai déçu?» m’a demandé Anna Chapman en débarquant dans un restaurant grill près de son bureau. Nous avons pris une table et elle a tout de suite consulté son iPad. «La presse parle encore de moi», a-t-elle dit, feignant de s’indigner d’apparaître à nouveau dans les médias – en l’occurrence dans les pages du New York Post après le lancement de son application de poker. Elle parlait vite, passant d’un sujet à l’autre. Elle me racontait ce qu’elle avait fait dernièrement, comment elle avait inauguré une boutique de montres dans le centre-ville. Elle mentionnait l’homme riche qu’elle avait rencontré. Elle me disait aussi à quel point elle trouvait sa vie excitante. «J’ai développé une méthode de développement personnel pour le succès, en trois étapes, a-t-elle repris. Vous voulez que je vous en parle?» Je lui ai répondu que j’aimerais beaucoup. «Il faut être actif. Il faut être positif. Et il faut apporter de la valeur ajoutée. Cela m’est venu comme cela. Parfois, j’ai des révélations. Je me suis réveillée un matin et je savais. Ces trois éléments me correspondent tellement. Je suis active, positive, et j’apporte de la valeur ajoutée.» A partir de ce moment-là, notre relation a retrouvé sa dynamique, plus amicale et joyeuse que jamais.

Une semaine après le rendez-vous au restaurant, j’ai accompagné Anna Chapman à une avant-première. Elizaveta Boyarskaya, une actrice russe, l’avait invitée à venir voir son nouveau film, Ne Skazhu. Le titre, que l’on peut traduire par «Je ne vous le dirai pas», allait bien à l’espionne qui était arrivée au cinéma en retard car son chauffeur s’était perdu, évitant ainsi les paparazzi sur l’avenue Nastasinsky. Mais aussitôt après que la nouvelle de son arrivée s’est répandue, les photographes se sont rués dans la salle, alors que le film était en train de commencer. Les flashs des appareils photos ont crépité, illuminant l’auditorium d’une lumière aveuglante. «Oh mon dieu», s’est exclamée Anna Chapman, n’ayant nulle part où se cacher. Plusieurs hommes ont proféré des menaces à travers la salle et les photographes ont battu en retraite. Chapman ne pouvait pas être aussi surprise qu’elle le prétendait. Elle venait de faire la couverture de l’édition russe de Maxim. Elle y apparaissait en sous-vêtements, tenant un pistolet Beretta dans une main gantée de dentelle. D’après l’un des anciens associés de Chapman, Maxim l’avait payée 25’000 dollars pour poser sur les sept pages de photographies suggestives du numéro. Anna Chapman m’a confié avoir rédigé elle-même les textes de l’encart de questions qui accompagnait la série. En voici une: «Quelle actrice jouera son rôle dans le film sur sa vie qui sortira immanquablement?» «Vous me flattez… Mais si c’est ce qui doit arriver, eh bien allons-y! Ce n’est que le début», est la réponse qu’elle avait donnée à la question qu’elle avait inventée.

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