Comment Damas assassine les journalistes étrangers

Depuis le début de la guerre civile, le régime syrien traque les journalistes étrangers pour les faire taire. Voici comment il a assassiné Marie Colvin, Rémi Ochlik et Gilles Jacquier.

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Le journaliste de France 2 Christophe Kenck, caméra sur l'épaule, filme des scènes de rue dans le souk de Damas. Des agents syriens le surveillent. Discrètement. Dans quelques jours, le 11 janvier 2012, Gilles Jacquier, son compagnon de reportage, est tué à Homs sur ordre de Maher el-Assad, frère de Bachar et surtout l'homme fort du régime. Il dirige l'appareil militaire de cette dictature sanguinaire.© Patrick Vallélian

C’est une émanation horrible de notre ère numérique: une vidéo chaotique de 18 minutes et 49 secondes d’un appel Skype. On y entrevoit un clavier en langue arabe puis le son nous parvient de minuscules haut-parleurs. Des cris paniqués en arabe, le claquement d’explosions de plus en plus proches, la voix d’une femme qui crie. Un homme hurle en anglais: «Je suis touché! J’ai besoin d’un tourniquet à la jambe. Je ne peux pas bouger.» La vidéo saisit la panique des derniers instants vécus par les journalistes Marie Colvin et Rémi Ochlik, tués tous deux par une roquette au matin du 22 février 2012 dans le quartier de Baba Amr à Homs, en Syrie. Le pays entrait dans une guerre civile dont la violence dévastatrice dure désormais depuis sept ans... 

Lundi 9 avril 2018, devant la Cour fédérale de Washington, D.C., la vidéo est devenue une pièce à conviction clé dans une poursuite accusant le gouvernement syrien d’avoir ciblé et assassiné Colvin, une citoyenne américaine née à Long Island et qui couvrir le conflit. La famille de Colvin a produit la vidéo et près de 2'000 pages de documents, y compris des rapports du renseignement militaire et des témoignages de transfuges syriens, à l’appui de sa plainte civile. La documentation constitue en elle-même une preuve détaillée, sans précédent, pour démontrer que Colvin a été délibérément traquée et tuée dans le cadre d’une politique du régime d’Assad visant à éliminer les journalistes. Elle offre également une description de premier ordre du contexte dans lequel le journaliste français 

Gilles Jacquier a trouvé la mort quelques semaines auparavant. Selon l’un des transfuges du régime, Jacquier a été assassiné lors d’une attaque gouvernementale mise en scène pour faire croire à un assaut rebelle, et ce alors même que le journaliste se trouvait en Syrie avec des autorisations officielles. Le gouvernement syrien, représenté par le porte-parole de la Mission permanente de la République arabe syrienne auprès de l’Office des Nations Unies, s’est refusé à tout commentaire sur ces affirmations.

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