Auschwitz en héritage (10/11)

Bergen-Belsen, l'enfer de la Shoah va se terminer dans ce camp pour Ruth Fayon. Atteinte d'une fièvre typhoïde transmise par les poux, cette jeune femme de 16 ans va réussir à survivre aux côtés de sa soeur et de sa mère.

Auschwitz Fayon Auschwitz Fayon
Plus de 30'000 prisonniers sont morts entre janvier et avril 1945 au camp de concentration de Bergen-Belsen pour un bilan total de 50'000 à 60'000 morts.© United Kingdom Government

Nous étions enfermées depuis trois jours dans le wagon. Il ne cessait de s’arrêter. Parfois en rase campagne, parfois au milieu de villes ou de villages détruits. Les lignes de chemin de fer étaient surchargées de convois de prisonniers et de militaires. Et régulièrement, les avions alliés mitraillaient les trains, tuant sans distinction gardes et déportés. La pagaille, monstrueuse, totale, commençait à gangrener l’Allemagne.

Lors d’une halte, je demandai discrètement à Eva-Maria où nous allions. La SS, aussi paniquée que les autres gardes, n’en savait rien. Elle promit de se renseigner lors de notre prochain arrêt. Ce qu’elle fit à notre arrivée le long de la rampe en béton de la base militaire de Bergen-Hohne en Basse-Saxe. Eva-Maria descendit du wagon pour rejoindre un groupe de femmes SS en train de parler à voix basse. Quand elle revint vers moi, elle était blanche comme la chemise de son uniforme. «Ruthi, enfuis-toi dès que tu pourras, me murmura-t-elle. On vous emmène à Bergen-Belsen. C’est un camp d’extermination. Vous allez toutes y mourir.»

Mais pour aller où? Je ne pouvais abandonner ma sœur et ma mère. Et de toute manière, je n’avais plus la force de m’enfuir. Je n’avais rien mangé depuis plusieurs jours. J’étais à bout de forces. «Je reste avec ma mère et ma sœur», répondis-je finalement à Eva-Maria, qui haussa les épaules de dépit.

Je n’arrivai que péniblement à descendre de notre cage roulante et puante. A l’intérieur, des filles étaient mortes de fatigue. Nous abandonnions là leurs cadavres. Nous ne pouvions plus rien pour elles. Tout comme elles ne pouvaient plus rien pour nous. Il fallait garder nos forces pour notre survie. Au loin, nous entendions le son des canons alliés. Et des avions continuaient à nous survoler. Puis, nous nous sommes mises en rangs par cinq conformément aux ordres aboyés par nos gardes, encore plus nerveux et plus agressifs que d’habitude. Les coups de trique pleuvaient sur les déportées. Nous baissions toutes la tête.

Finalement, nous sommes parties sur la route pavée qui traversait la forêt dense et sombre. Nous trimbalions lentement notre carcasse décharnée à travers un tunnel de branchages. Au milieu de centaines de cadavres de déportés d’autres convois. Comme nous, ils avaient été évacués des camps de concentration à mesure que les Alliés s’enfonçaient dans le Reich, avant d’être abattus par les SS parce qu’ils ne pouvaient plus avancer. Epuisés. Certains corps traînaient au milieu du chemin. D’autres, la majorité, avaient été poussés sur le bas-côté.

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