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Chris Kyle, la vraie histoire de l'American Sniper (1/3)
Christopher Scott Kyle, ancien Navy Seal et auteur d'American sniper, Midlothian, Texas, 6 avril 2012. © Keystone / AP Photo / The Fort Worth Star-Telegram

Chris Kyle, la vraie histoire de l'American Sniper (1/3)

Héros du film de Clint Eastwood American Sniper , Chris Kyle est le tireur d'élite le plus meurtrier qu’a connu l’armée américaine. Personnage aussi controversé que l’œuvre du réalisateur. Retour sur l’histoire de cette «légende» américaine.

 14 minutes de lecture

Chris Kyle, par une froide matinée de janvier 2010, s’arrêta dans une station-service quelque part sur l’autoroute 67, au sud de Dallas. Il était au volant de son énorme Ford F-350 noir, équipé de jantes noires et de pneus tout-terrain massifs. Kyle, héros du film de Clint Eastwood American Sniper, avait remplacé le logo Ford sur la grille de protection par un crâne chromé inspiré de l’emblème du Punisher, l’antihéros de Marvel, et il y avait ajouté un pare-buffle arborant les mots «ROAD ARMOR». Il venait de quitter la marine et de rentrer au Texas. L’histoire raconte que deux hommes, armés de pistolets, s’approchèrent et lui demandèrent son argent et les clés du véhicule. Les mains en l’air, il évaluait lequel des deux semblait le plus à l’aise avec son arme. Chris Kyle savait reconnaître l’aisance chez un homme armé. Et pour cause, il était le tireur d’élite le plus meurtrier de l’histoire des Etats-Unis. Le Pentagone lui attribuait au moins 160 victimes, mais selon ses propres calculs – et ceux de ses coéquipiers des SEAL, les forces spéciales de la Navy –, le compte n’était pas loin du double. Au cours de ses quatre périodes d’affectation en Irak, Chris Kyle avait été décoré de deux Silver Stars et de cinq Bronze Stars pour sa bravoure. Il avait survécu à six attaques aux engins explosifs improvisés (EEI), trois blessures par balle, deux crashs d’hélicoptère et plus d’opérations chirurgicales qu’il ne pouvait s’en souvenir. Ses camarades des SEAL l’avaient surnommé «La légende», quand ses ennemis le connaissaient sous le nom d’«el-Shaitan», le diable.

Sur l’autoroute 67, il répondit aux deux braqueurs qu’il lui fallait retourner au 4×4 pour récupérer les clés. Il leur tourna le dos et passa la main sous son manteau d’hiver, jusqu’à sa ceinture. Il se saisit de son Colt 45 de la main droite et tira deux balles par-dessous son aisselle gauche, touchant le premier homme deux fois à la poitrine. Puis il pivota légèrement et tira deux fois de plus, touchant le second à la poitrine lui aussi. Les deux hommes s’écroulèrent, raides morts. Chris Kyle s’adossa contre son 4×4 et attendit sagement la police. Lorsqu’ils arrivèrent, les policiers le mirent en détention pendant qu’ils vérifiaient son permis de conduire. Mais au lieu de ses noms, adresse et date de naissance, ils trouvèrent un numéro de téléphone du département de la Défense des Etats-Unis. A l’autre bout de la ligne, une personne expliqua aux agents de police qu’ils étaient en présence de l’un des plus grands combattants de l’histoire militaire des Etats-Unis. Après avoir visionné les enregistrements des caméras de surveillance, les agents découvrirent que l’incident s’était déroulé exactement ainsi que Chris Kyle l’avait décrit. Ils se montrèrent très compréhensifs, ne voulant pas entraîner un vétéran hautement décoré tout juste rentré chez lui dans une procédure judiciaire compliquée. Chris Kyle n’était ni nerveux ni contrarié. Bien au contraire. Il se sentait abattu depuis qu’il n’était plus en service, et peinait à se réaccoutumer à la vie civile. Cet incident lui rappelait précisément le genre d’action qui lui manquait. Ce soir-là au téléphone, il fut un mari modèle avec sa femme. Taya préparait leur départ de Californie avec les enfants. Il lui demanda comment s’était passée sa journée. D’après des témoins, ils parlèrent un long moment tous les deux, et il ne se souvint de la raison de son appel qu’au moment de raccrocher: «Ah oui, au fait, j’ai descendu deux types qui essayaient de voler mon 4×4, aujourd’hui.»

Michael J. Mooney

par Michael J. Mooney

Michael J. Mooney est un auteur américain et journaliste d’investigation basé à Dallas. Il écrit pour GQ, The Atlantic, Rolling Stone, Texas Monthly ou encore ESPN. Ses récits ont été repris dans les anthologies Best American Crime Reporting et Best American Sports Writing. Il est aussi co-directeur de la conférence Mayborn sur le journalisme littéraire.

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