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Kim Jungah, qui a fui la Corée du Nord à l'âge de 30 ans pour trouver du travail en Chine, termine son MBA à l'Université de Séoul. © Julie Zaugg

Mariée de force à un paysan chinois

Kim Jungah a été vendue comme épouse à un paysan chinois habitant un hameau rural du nord-est de la Chine. Pour échapper à son destin, cette Nord-Coréenne d'une quarantaine d'années y a laissé une fille qu’elle rêve de retrouver. Comme d'autres de ses compatriotes.

C'est une vieille demeure de briques beiges au fond d'une allée de terre battue, avec une cheminée dont s'échappe un délicat panache de fumée grise et des épis de maïs empilés contre sa façade. Une fillette grande et mince, son fin minois encadré par une frange, sort en courant. Lorsque je demande à la préadolescente où se trouve sa maman, elle se renfrogne et répond, le regard noir: «Elle m'a abandonnée». Elle n'en dira pas plus, se contentant de secouer vigoureusement la tête. «Qu'est-ce que vous voulez à ma fille? me demande sur un ton irrité un petit homme râblé au visage creusé par les rides et tanné par le soleil qui vient de débarquer en moto. Mon épouse s'est enfuie alors qu’elle n'avait pas deux ans. Elle est partie un beau jour sans rien dire à personne. Je n'ai jamais compris pourquoi.» Lui, c'est Ji Deyou, un éleveur de poulets qui vit dans ce coin reculé de la province du Liaoning, au nord-est de la Chine. Notre discussion animée a attiré une petite troupe de villageois qui entourent la jeune fille comme pour la protéger. La tension monte. «Vous êtes venus la kidnapper?» me lance une femme édentée arborant un épais bonnet en laine. Un vieil homme à la chevelure blanche agite sa canne en l'air et lâche une volée d'insultes. «C'est moi qui l'ai élevée, tranche le père. Sa place est ici!»

Le drame qui s'est joué dans cette campagne plus de dix ans auparavant a en fait débuté bien plus tôt, bien plus loin, à plus de 700 kilomètres de là, en Corée du Nord. C’est là qu’est née, en 1976, Kim Jungah, l'ex-épouse de Ji Deyou. «Je n'ai jamais connu mes parents», me confie-t-elle d’un ton monocorde quand je la rencontre à l'Université de Séoul où elle termine un MBA. Avec ses cheveux courts à l’allure de casque soigné et son tailleur bleu nuit rehaussé d'un foulard orné de roses, elle a l'air d'une femme d'affaires. «J'ai été adoptée par un couple trois jours après ma naissance. Mais ils sont décédés lorsque je n’étais encore qu’une adolescente, alors on m'a confiée à la famille d'un officier. C'était la pratique du régime: les militaires devaient recueillir les orphelins.» A 17 ans, elle est enrôlée de force dans l'armée. Elle passe dix ans sous les drapeaux avant d'épouser un homme violent: «Il me battait tout le temps, même quand je suis tombée enceinte, se souvient-elle. Nous manquions de tout.» Son enfant décède à dix mois d’inanition. En 2006, elle décide de s'enfuir en Chine. A l'instar de nombreux transfuges nord-coréens, Kim a entendu dire qu'il était facile de trouver du travail dans un restaurant ou une usine dans l'une des trois provinces – le Liaoning, le Jilin et l’Heilongjiang – qui bordent les 1'400 kilomètres de frontière poreuse séparant les deux pays.

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