Je suis arrivé à Standing Rock par une belle journée de septembre 2016, à l’avant de la vieille Buick noire de Johnny, un imposant Sioux de 44 ans. La radio diffusait un air des Rolling Stones Gimme shelter. Devant nous s'étendaient à perte de vue les plaines verdoyantes du Dakota du Nord traversées par le Missouri. «Tu dois raconter l'histoire de notre peuple!» Ces quelques mots de Cyrus, un jeune Navajo de 27 ans, vétéran de la guerre d’Irak et d’Afghanistan, résonnent dans ma tête en cette nuit froide de novembre. Depuis deux mois, je partage avec lui et avec Chance de la tribu Chumash, un tipi dans l’hiver rude de la réserve où les températures peuvent parfois descendre jusqu’à -30C°. L'avant-veille, à quelques mètres du campement, des affrontement ont éclaté entre manifestants. En quelques minutes mes cheveux, mes vêtements et mon appareil photo ont littéralement gelé après avoir été aspergés par les canons à eau des forces de l'ordre qui ont lancé des grenades et tiré des balles en caoutchouc sur des manifestants désarmés et pacifistes. Résultat: des dizaines de blessés. C'est après avoir appris sur les réseaux sociaux que plusieurs tribus amérindiennes (Cheyennes, Navajo, Lakota, Apaches, etc.) rejointes par des militants écologistes et des défenseurs de droits de l'homme, se battaient contre le passage d'un oléoduc sur leurs terres sacrées que j'ai décidé de documenter cette résistance.
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