Sept Logo

www.sept.info/de/abbiate-espion-episode-1

 © DR
Zurück

Le dernier rendez-vous d’Ignace Reiss

Le 4 septembre 1937, la police vaudoise découvre près de Lausanne un cadavre criblé de balles. Un assassinat qui ressemble à une exécution. Rapidement, l’enquête parvient à déterminer le nom de la victime: Ignace Reiss, un espion soviétique résident aux Pays-Bas puis à Paris, avec un large rayon d’action, dont la Suisse.

 34 minutes de lecture

Dans la nuit du 4 au 5 septembre 1937, un corps est retrouvé, gisant dans une mare de sang, au bord de la route de Vevey (actuellement avenue du Général Guisan) dans le quartier de Chamblandes à Pully, banlieue est de Lausanne. L’homme est criblé de balles, huit au total, «dans la tête et la poitrine, tirées d’une arme automatique», précise le rapport de police (Archives de la police de Sûreté du canton de Vaud, dossier n°50226). Dans ses poches, les agents découvrent un passeport au nom de Hermann Eberhardt, commerçant tchèque. Le surlendemain, son épouse, qui a découvert dans le quotidien du parti radical vaudois La Revue le meurtre et la photo de son mari, reconnaît quelques heures plus tard le corps… d’Ignace Reiss. Eberhardt était l’un de ses nombreux noms d’emprunt. Tout comme celui de Reiss d’ailleurs. Sa véritable identité est Ignatz Nathan Poretski (ou Porecki selon l’orthographe), né le 1er janvier 1899 à Pidvolotchysk, un village de l’ancienne province de Galicie à dominante polonaise de l’Empire austro-hongrois, situé depuis 1945 en Ukraine. Deux mois plus tôt, Reiss – c’est sous ce nom qu’il est connu comme un membre éminent du Komintern (Internationale communiste) – avait rompu avec Staline pour se rapprocher de son rival Trotski. Dans une lettre adressée le 17 juillet 1937 au Comité central du parti communiste de l’Union soviétique dénonçant la terreur stalinienne qui sévit à Moscou, le militant polonais s’était fait la voix de ceux qui «furent massacrés dans les caves de la Loubianka, sur l’ordre du père des peuples». «Nos chemins divergent, appuie-t-il. Celui qui se tait aujourd’hui se fait complice de Staline et trahit la cause de la classe ouvrière et du socialisme.» Reiss signait là son arrêt de mort. Le révolutionnaire communiste ne pouvait échapper à la vindicte stalinienne, car, pour un pilier du Komintern, aucune défection n’était possible.

Ignatz Poretski a 20 ans au lendemain de la Grande Guerre. Sa génération est marquée par une saignée indélébile et les bouleversements en profondeur qu’elle a engendré: la révolution bolchévique, l’effondrement des empires centraux et la recomposition d’une grande partie de l’Europe. Le conflit a durement affecté les consciences, redistribuant un peu partout les cartes politiques qui s’ouvrent désormais à des radicalités nouvelles. En 1919, le jeune homme rejoint le parti communiste polonais naissant. Rapidement confronté au travail clandestin, c’est à ce moment-là, sans doute, qu’il prend le nom de Reiss. Pour l’organisation illégale et ses amis, il est aussi «Ludwig», le nom que lui donne Elisabeth K. Poretski, sa compagne, dans le livre qu’elle lui consacrera en 1985, Les nôtres. Quand en 1923, Moscou donne l’ordre de préparer des soulèvements populaires en Allemagne, Reiss, affecté au 4e Bureau de l’état-major général (les Services de renseignement de l’Armée rouge), se mue en agitateur efficace. Il est tout à la fois membre du Komintern, agent du GRU (direction générale du renseignement militaire soviétique) et du NKVD (Commissariat du peuple aux Affaires intérieures). Ce qui va souvent de pair à l’époque. Dans le marigot du communisme révolutionnaire, il côtoie quelques-unes des plus fameuses figures de sa «geste» clandestine, comme Richard Sorge, maître-espion de la Seconde Guerre mondiale, infiltré dans l’Abwehr, le renseignement militaire nazi. Souvent présenté comme «l’espion du siècle», Sorge s’est installé au Japon au milieu des années trente. Il alertera, en vain, Staline de l’invasion allemande de juin 1941. Il informera aussi Moscou, dès le mois d’octobre, de la neutralité des Japonais, trop occupés par la préparation d’une attaque contre l’Amérique. Sorge et Reiss se sont connus en Allemagne au cours de la tentative d’insurrection ratée du parti communiste allemand (KPD) et du Komintern de l’automne 1923, se sont ensuite retrouvés et appréciés lors de séjours moscovites. Les deux hommes partageaient le même romantisme glacé. Parmi les autres «illégaux» (agents russes qui étaient ou se faisaient passer pour des ressortissants étrangers et vivaient sous couverture, nda) célèbres, il fréquente son ami d’enfance Samuel Ginsberg, plus connu sous le nom de Walter Krivitsky, général de l’Armée rouge et chef de l’espionnage soviétique en Europe de l’Ouest jusqu’à sa défection, quelques semaines après l’assassinat de Reiss; Théodore Maly, un autre ami, prêtre catholique défroqué devenu l’officier traitant des Magnificent Five, les Cinq de Cambridge, un groupe d’étudiants convertis au communisme dont fit partie Kim Philby, le célèbre agent du MI6 (Services de renseignement extérieurs du Royaume-Uni); ou encore Alexandre Orlov, autre général soviétique officiant durant la guerre d’Espagne, boucher du POUM (Parti ouvrier d'unification marxiste), qu’Hemingway croquera sous les traits de Varlov dans son roman Pour qui sonne le glas. Rappelé à Moscou, Orlov pressentant un piège, embarque clandestinement pour les Etats-Unis avec sa famille, non sans avoir concomitamment prévenu Staline que si des membres de sa famille restés en URSS subissaient des représailles, il livrerait les noms des agents soviétiques opérant sur sol américain! Les défections de Reiss, de Krivitsky, puis d’Orlov déclenchèrent à Moscou une purge des taupes, dont Théodore Maly fit les frais. On l’accusa d’être un agent nazi, charge consacrée pour qualifier le manque d’ardeur stalinienne ou éliminer ceux qui en savaient trop…

Frédéric Laurent

durch Frédéric Laurent

Frédéric Laurent (geboren in Monaco 1946) ist Journalist, Schriftsteller und Regisseur. Gründungsmitglied von Libération und dann von Le Matin de Paris, beriet er François de Grossouvre im Élysée (1981-82) und war Chefreporter bei TF1. Er hat die Éditions Montparnasse gegründet und mehrere Multimedia-Preise gewonnen. Als Autor von Werken wie L’Orchestre Noir, Le Prince sur son Rocher und Le Cabinet noir verbindet er Recherche, Geschichte und Politik.

Die Fortsetzung dieser Geschichte ist kostenpflichtig.

Abonnieren Sie

Und genießen Sie unbegrenzten Zugang zur Website für nur USD 5,90 /Monat.

Haben Sie bereits ein Abonnement? Melden Sie sich an!
Unsere Abonnements ansehen

Kaufen Sie diesen Artikel

Ab 3 dollars bestimmen Sie selbst den Preis, um auf diese Geschichte zuzugreifen und uns unverbindlich zu unterstützen.

Schnelle und sichere Zahlung mit Stripe

vor dem Fortfahren anmelden

Bereits abonniert?

Melden Sie sich an um auf diesen Inhalt zuzugreifen.

Alle Hashtags

Abonnieren Sie unseren Newsletter

Abonnieren Sie unseren Newsletter und lesen Sie einen kostenlosen Auszug unserer Geschichten, sobald sie online veröffentlicht werden. Bleiben Sie außerdem über die Veröffentlichung unserer Mooks und Bücher informiert.

Unsere Partner

Union des éditeurs de voyage indépendants

Union des éditeurs de voyage indépendants

Die besten Reiseverlage der Welt

Association Films Plans-Fixes

Association Films Plans-Fixes

Erstellung von gefilmten Porträts bekannter oder unbekannter Persönlichkeiten aus der Romandie

Le Livre sur la Place

Le Livre sur la Place

Hauptliteraturfestival zum Schuljahresbeginn in Nancy

Fondation Aventinus

Fondation Aventinus

Unterstützt die Medienvielfalt in der Westschweiz

Baiutti

Baiutti

Der zeitgenössische Baumeister

BCF

BCF

Die Kantonalbank von Freiburg

Canton de Fribourg

Canton de Fribourg

Kultur im Dienste der Freiburger

Canton de Vaud

Canton de Vaud

Kultur im Dienste der Waadtländer

DIMAB

DIMAB

Ihr Partner für BMW, MINI und ALPINA in Waadt, Wallis und Freiburg

Events Sugiez

Events Sugiez

Schöpfer von Festbereichen

Fondation Fabrizio Calvi

Fondation Fabrizio Calvi

Förderung des investigativen Journalismus

Fondation Jan Michalski

Fondation Jan Michalski

Für das Schreiben und die Literatur

Fotostiftung Schweiz

Fotostiftung Schweiz

Das fotografische Erbe der Schweiz bewahren

Histoire et cité

Histoire et cité

Romanisches Festival, das die zeitgenössischen historischen Herausforderungen hinterfragt

InForm

InForm

Verein für Informationsintelligenz

Journal La Motta

Journal La Motta

Entdecken Sie jeden Sommer Freiburg, anders

Keystone-ATS

Keystone-ATS

Die Schweizer Nachrichtenagentur

Kompreno

Kompreno

Das Beste des europäischen Journalismus

La nuit de la photo

La nuit de la photo

La Chaux-de-Fonds verteidigt die Fotografie

La Semeuse

La Semeuse

Kaffee geröstet auf 1000 Metern Höhe

Les Journées photographiques de Bienne

Les Journées photographiques de Bienne

Festival zur Erkundung neuer Perspektiven des Bildes

Morand Constructions Métalliques

Morand Constructions Métalliques

Die Metallspezialisten seit 1899

Musée gruérien

Musée gruérien

Museum, das der Kultur und Geschichte von Gruyère gewidmet ist

OLF

OLF

Office du livre de Fribourg

OIKOS & CO SA

OIKOS & CO SA

Beratungsunternehmen für spezielle Finanzierungen

Photo Basel

Photo Basel

Kunstmesse, die der Fotografie gewidmet ist

Photo Elysée

Photo Elysée

Kantonales Waadtländer Museum für Fotografie

Raboud Group

Raboud Group

Innenarchitektur mit Sitz in Bulle

CO 2

CO 2

Kultursaison CO2 de la Gruyère

Rollin

Rollin

Webentwicklungsagentur

TBB

TBB

Wichtige Kulturszene von Yverdon-les-Bains

Vigousse

Vigousse

Wöchentliches satirisches Magazin der Romandie

Ville de Lausanne

Ville de Lausanne

Bibliotheks- und Archivdienst

Payot libraire

Payot libraire

Große unabhängige und engagierte Schweizer Buchhandlung im Herzen des kulturellen Lebens der Romandie