Sept Logo

www.sept.info/de/homme-qui-aime-les-livres

Zurück
L’homme qui aime les livres
Jean-Paul Kauffmann, grand reporter français, a été pris en otage au Liban pendant 1078 jours, du 22 mai 1985 au 4 mai 1988, après avoir été enlevé à Beyrouth.© DR

L’homme qui aime les livres

Le 22 mai 1985, le journaliste Jean-Paul Kauffmann disparaît à Beyrouth. Commence alors l’affaire des otages du Liban. Son fils, l’historien Grégoire Kauffmann, revisite ce temps fort des années 1980.

 4 minutes de lecture

De Grégoire Kauffmann je conserve une image. À moins qu’il ne s’agisse de l’image de son frère, Alexandre. Même l’archive proposée par l’Institut national de l’audiovisuel hésite à propos de l’identité respective de l’un et de l’autre. Mais quel que soit son prénom, je revois pour toujours cet adolescent envahi par l’émotion se détachant du gros de la troupe rassemblé ce 4 mai 1988 sur le tarmac de Villacoublay. Grégoire (ou Alexandre) s’avance vers son père, tout juste débarqué d’un jet officiel, enfin libre après trois ans d’une insupportable détention au Liban. Arrivé quasi à sa hauteur, Grégoire (ou Alexandre) tend ses bras prêt à accueillir l’accolade tant espérée. La France se réjouit, les amis applaudissent, les proches fondent en larmes, mais le principal intéressé, lui, n’en croit pas ses yeux. La preuve : l’espace d’une seconde, il ne reconnaît pas son propre fils !

Cette image m’a bouleversé et me bouleverse encore. Elle illustre l’incrédulité d’un homme qui a perdu ses repères, l’irrépressible vérité du temps qui passe, la violence d’une absence qui ne s’estompe qu’en traînant les pieds. J’aurais voulu être à Villacoublay ce jour-là, saluer le héros du jour comme on accueille un vieux copain, ce que Jean-Paul était devenu dès l’instant où le hasard plaça nos deux bureaux côte à côte dans les locaux du moderne et généreux Matin de Paris. Journaliste comme lui, j’étais ce jour-là à New York pour des raisons autrement futiles : les confidences d’une star du tennis d’alors.

Jean-Paul ne partageait guère mon goût pour le sport, mais, à l’inverse, j’appréciais au-delà de tout sa passion pour la littérature. C’est lui qui me fit découvrir la Librairie de la commune de la Butte-aux-Cailles à Paris, qui m’incita à lire Henri Calet, Paul Gadenne ou François Augiéras, qui me recommanda d’acheter, toutes affaires cessantes, les œuvres complètes de Jacques Chardonne proposées à vil prix par un bouquiniste du quartier des Halles. Comme pour s’excuser de ne connaître de son côté qu’une poignée de champions – Louison Bobet parce que, comme le sien, son père était boulanger, ou Alain Gerbault parce qu’il barrait des bateaux comme ceux qu’il admirait –, il avait, un jour, éprouvé le besoin de me révéler qu’Emmanuel Bove ne détestait pas taper quelques balles de golf du côté de Saint-Jean-Cap-Ferrat pendant que Raymond Guérin s’inquiétait, un peu plus loin, des résultats des Girondins de Bordeaux. Tous ses conseils de lecture (… et pas des moindres) ont fouetté mes curiosités, affiné mes goûts, stimulé mes découvertes plus encore. Ils m’ont surtout aidé à grandir.

Au-delà du drame – incommensurable – que Jean-Paul endura, ce sont ces échanges soudain interrompus qu’à mon égoïste niveau je refusais d’admettre. Trente-cinq ans plus tard, grâce à son Enlèvement à lui – 390 pages d’une exploration minutieuse et émouvante du malheur survenu à son père –, Grégoire (là je suis sûr que c’est de lui dont il est question) me suggère une salutaire exploration pour mieux comprendre cette ancienne blessure et surtout apprécier à sa juste valeur le dilemme pesant sur les consciences de ses proches et de sa femme Joëlle en particulier. En parler ou pas ! Même au terme de cette salutaire lecture, je me garderais bien de trancher.

De mon point de vue, à l’époque, Jean-Paul était déjà naturellement réservé. Il pratiquait un journalisme feutré, se tenait toujours à distance, détestait les matamores. Les écrivains qu’il plaçait le plus haut ne l’étaient pas forcément sur l’échelle sociale (Richaud, Hyvernaud). Autant d’indices qui auraient dû inciter ses soutiens à baisser le son. Sauf que la gravité de la situation appelait, peut-être, un mode opératoire contraire. Allez savoir ? Pour mieux apprécier, Grégoire, historien de formation, s’évertue à toujours « replacer [son récit] dans le contexte ». Il restitue une couardise, ajoute un bémol, pèse une contradiction. Sans ménager ses efforts, il compulse tous les dossiers et vidéos imaginables d’une affaire surmédiatisée à l’extrême. En creux, on mesure d’autant mieux la solitude (et, partant, le désespoir) du centre de toutes ses, de toutes nos, attentions.

Je me souviens très bien de cette période schizophrène. Écrire une lettre de compassion, ou pas ? Participer à une manifestation, ou pas ? Mais, par-dessus tout, lire et relire toutes ses recommandations. Pour communiquer par-delà l’insoutenable et l’intolérable. Sans surprise, il est aussi question de livres dans L’enlèvement. De celui-ci miraculeusement récupéré, de celui-là lu et relu, et même à l’envers, afin de raccourcir le temps ou s’offrir l’illusion d’y parvenir. De la force des mots comme soutien, de la littérature comme remède. D’impératifs aussi comme celui qui commande aux résistants ultimes de Fahrenheit 451 d’apprendre par cœur les textes que leurs ennemis s’évertuent de brûler.

Lorsqu’il est revenu parmi les hommes, Jean-Paul n’a pas abandonné ses meilleurs amis les livres. Mieux, il s’est empressé d’en imaginer d’autres, les siens, comme autant de traits d’union entre la frustration et le désir qui, chaque jour, l’écartelait sans doute. J’ai aimé les livres de Jean-Paul. Eux-mêmes m’ont aidé à mûrir. Un en particulier, le premier, L’Arche des Kerguelen, écrit cinq ans après son retour. Une histoire d’abandon, mais surtout une histoire de courage rapportant le périlleux voyage austral de Raymond Rallier du Baty et de ses compagnons. Page 83 de cet exercice d’admiration, je lis : « Il arrive à Rallier les pires ennuis, plusieurs fois il échappe à la mort : jamais il ne se hausse du col. »

Benoît Heimermann

durch Benoît Heimermann

Benoît Heimermann, geboren 1953 in Delle, ist ein französischer Journalist, Schriftsteller und Verleger. Als Reporter bei L'Équipe Magazine für 26 Jahre hat er zahlreiche bedeutende Sportereignisse abgedeckt. Als Verleger bei Flammarion, Grasset und dann Stock ist er Autor von etwa zwanzig Büchern über Sport, Abenteuer und Erkundung. Als Ehrenpräsident der Association des écrivains sportifs hat er auch mehrere Fernsehdokumentationen realisiert.

Die Fortsetzung dieser Geschichte ist kostenpflichtig.

Abonnieren Sie

Und genießen Sie unbegrenzten Zugang zur Website für nur USD 5,90 /Monat.

Haben Sie bereits ein Abonnement? Melden Sie sich an!
Unsere Abonnements ansehen

Kaufen Sie diesen Artikel

Ab 3 dollars bestimmen Sie selbst den Preis, um auf diese Geschichte zuzugreifen und uns unverbindlich zu unterstützen.

Schnelle und sichere Zahlung mit Stripe

vor dem Fortfahren anmelden

Bereits abonniert?

Melden Sie sich an um auf diesen Inhalt zuzugreifen.

Alle Hashtags

Abonnieren Sie unseren Newsletter

Abonnieren Sie unseren Newsletter und lesen Sie einen kostenlosen Auszug unserer Geschichten, sobald sie online veröffentlicht werden. Bleiben Sie außerdem über die Veröffentlichung unserer Mooks und Bücher informiert.

Unsere Partner

Union des éditeurs de voyage indépendants

Union des éditeurs de voyage indépendants

Die besten Reiseverlage der Welt

Association Films Plans-Fixes

Association Films Plans-Fixes

Erstellung von gefilmten Porträts bekannter oder unbekannter Persönlichkeiten aus der Romandie

Le Livre sur la Place

Le Livre sur la Place

Hauptliteraturfestival zum Schuljahresbeginn in Nancy

Fondation Aventinus

Fondation Aventinus

Unterstützt die Medienvielfalt in der Westschweiz

Baiutti

Baiutti

Der zeitgenössische Baumeister

BCF

BCF

Die Kantonalbank von Freiburg

Canton de Fribourg

Canton de Fribourg

Kultur im Dienste der Freiburger

Canton de Vaud

Canton de Vaud

Kultur im Dienste der Waadtländer

DIMAB

DIMAB

Ihr Partner für BMW, MINI und ALPINA in Waadt, Wallis und Freiburg

Events Sugiez

Events Sugiez

Schöpfer von Festbereichen

Fondation Fabrizio Calvi

Fondation Fabrizio Calvi

Förderung des investigativen Journalismus

Fondation Jan Michalski

Fondation Jan Michalski

Für das Schreiben und die Literatur

Fotostiftung Schweiz

Fotostiftung Schweiz

Das fotografische Erbe der Schweiz bewahren

Histoire et cité

Histoire et cité

Romanisches Festival, das die zeitgenössischen historischen Herausforderungen hinterfragt

InForm

InForm

Verein für Informationsintelligenz

Journal La Motta

Journal La Motta

Entdecken Sie jeden Sommer Freiburg, anders

Keystone-ATS

Keystone-ATS

Die Schweizer Nachrichtenagentur

Kompreno

Kompreno

Das Beste des europäischen Journalismus

La nuit de la photo

La nuit de la photo

La Chaux-de-Fonds verteidigt die Fotografie

La Semeuse

La Semeuse

Kaffee geröstet auf 1000 Metern Höhe

Les Journées photographiques de Bienne

Les Journées photographiques de Bienne

Festival zur Erkundung neuer Perspektiven des Bildes

Morand Constructions Métalliques

Morand Constructions Métalliques

Die Metallspezialisten seit 1899

Musée gruérien

Musée gruérien

Museum, das der Kultur und Geschichte von Gruyère gewidmet ist

OLF

OLF

Office du livre de Fribourg

OIKOS & CO SA

OIKOS & CO SA

Beratungsunternehmen für spezielle Finanzierungen

Photo Basel

Photo Basel

Kunstmesse, die der Fotografie gewidmet ist

Photo Elysée

Photo Elysée

Kantonales Waadtländer Museum für Fotografie

Raboud Group

Raboud Group

Innenarchitektur mit Sitz in Bulle

CO 2

CO 2

Kultursaison CO2 de la Gruyère

Rollin

Rollin

Webentwicklungsagentur

TBB

TBB

Wichtige Kulturszene von Yverdon-les-Bains

Vigousse

Vigousse

Wöchentliches satirisches Magazin der Romandie

Ville de Lausanne

Ville de Lausanne

Bibliotheks- und Archivdienst

Payot libraire

Payot libraire

Große unabhängige und engagierte Schweizer Buchhandlung im Herzen des kulturellen Lebens der Romandie