Sept Logo

www.sept.info/depo-provera-scandale-24

Retour

Depo-Provera: le prochain scandale médical est en marche (2/4)

Il y a trente ans, les injections contraceptives trimestrielles étaient interdites aux Etats-Unis, et certains épisodes peu reluisants de leur histoire encore dans tous les esprits. Aujourd’hui, ces controverses semblent oubliées. Le deuxième volet de notre enquête révèle à la faveur de quelles circonstances leur fabricant a pu retourner la situation.

 8 minutes de lecture
Depo-Provera: le prochain scandale médical est en marche (2/4)
Le contraceptif Depo-Provera est massivement distribué dans les pays en développement. Comme si ses antécédents controversés n’avaient jamais existé. © Elodie Bregnard

En 1984, Upjohn, le fabricant du contraceptif injectable Depo-Provera, essuyait un cuisant échec aux Etats-Unis. Une commission d’enquête venait de confirmer une décision prise six ans plus tôt par l’autorité américaine de régulation des médicaments (Food and Drug Administration, FDA): le refus d’accorder à ce produit une autorisation comme contraceptif.

Raisons invoquées: les risques pour la santé associés à l’acétate de médroyprogestérone (DMPA, principe actif de Depo-Provera), notamment une augmentation du risque de cancer du sein. Upjohn avait fait recours, mais la décision était sans appel. Depo-Provera ne recevrait pas son ticket d’entrée pour les Etats-Unis. L’accès au plus grand marché du monde lui restait interdit.

Plus de vingt ans après avoir déposé sa demande d’homologation auprès de la FDA, Upjohn se retrouvait ainsi à la case départ. Alors qu’une autorisation en Amérique du Nord aurait permis de régler beaucoup de problèmes. Pour le fabricant, la situation devenait de plus en plus intenable.

Depuis les années 1960, Depo-Provera avait été approuvé dans 82 pays, y compris nombre d’Etats industrialisés. Il était largement acheté et distribué par l’OMS, l’UNFPA (Fonds des Nations Unies pour la population) et l’IPFF (International Planned Parenthood Federation) dans le cadre de programmes de planning familial dans les pays en développement. Pour fournir ses clients, Upjohn était obligé de passer par sa filiale belge afin de contourner la loi américaine, qui interdisait l’exportation de médicaments dont l’usage n’était pas approuvé aux Etats-Unis.

D’un autre côté, Depo-Provera avait de plus en plus besoin d’une «légitimité US» pour faire taire les critiques et les résistances qui se multipliaient. Dans les pays en développement comme dans les pays industrialisés, différentes organisations de défense de la santé des femmes tombaient en effet régulièrement à bras raccourcis sur le DMPA.

A l’instar du National Women’s Health Network, du Boston Women’s Health Book Collective, ou encore du Health Research Group, aux Etats-Unis. En Nouvelle-Zélande, une «Campaign Against Depo» avait été lancée. En Inde et en Afrique du Sud, des collectifs d’avocats et de médecins fustigeaient l’absence totale d’information aux femmes auxquelles les injections étaient administrées.

Pour tous ces acteurs, il n’y avait pas le moindre doute. Les programmes qui distribuaient le DMPA ciblaient à dessein des populations vulnérables et avaient un seul objectif: limiter les naissances dans les pays pauvres, ainsi que chez les populations autochtones ou les milieux sociaux défavorisés de pays industrialisés comme la Nouvelle-Zélande. Pour eux, le DMPA était l’instrument coercitif de programmes eugénistes d’expérimentation à grande échelle. En 1981, les autorités du Zimbabwe avaient décidé de l’interdire.

Catherine Riva

par Catherine Riva

Catherine Riva est une journaliste d’investigation suisse spécialisée dans les questions de santé publique. Co-fondatrice de Re-Check, une plateforme indépendante d’enquête sur les politiques de santé, elle est reconnue pour ses travaux rigoureux sur les conflits d’intérêts et les pratiques médicales controversées. Son enquête Mammo-business, publiée entre 2014 et 2015 dans Sept, a révélé les enjeux opaques autour du dépistage du cancer du sein en Suisse, lui valant le Prix Média des Académies suisses des sciences.

La suite de cette histoire est payante.

Abonnez-vous

Et profitez d'un accès illimité au site pour seulement CHF 7,00  /mois.

Vous avez déjà un abonnement? Connectez-vous!
Voir nos abonnements

Achetez cet article

Dès 2 francs, fixez vous-même le prix pour accéder à ce récit et soutenez-nous sans engagement.

Paiement rapide et sécurisé avec Stripe

se connecter avant de poursuivre

Déjà abonné?

Connectez-vous afin d'accéder à ce contenu.

Tous les hashtags

Inscrivez-vous à nos lettres d'information

Inscrivez-vous à nos lettres d'information et lisez un extrait gratuit de nos récits lors de leur mise en ligne. Tenez-vous également informer de la sortie de chacun de nos mooks et de nos livres.

Nos partenaires

Union des éditeurs de voyage indépendants

Union des éditeurs de voyage indépendants

Les meilleurs éditeurs de voyage du monde

Association Films Plans-Fixes

Association Films Plans-Fixes

Réalisation de portraits filmés de personnalités connues ou non de Suisse romande

Le Livre sur la Place

Le Livre sur la Place

Principal festival littéraire de la rentrée se tenant à Nancy

Fondation Aventinus

Fondation Aventinus

Soutient la diversité médiatique en Suisse romande

Baiutti

Baiutti

Le bâtisseur contemporain

BCF

BCF

La banque cantonale de Fribourg

Canton de Fribourg

Canton de Fribourg

La culture au service des Fribourgeois

Canton de Vaud

Canton de Vaud

La culture au service des Vaudois

DIMAB

DIMAB

Votre partenaire BMW, MINI et ALPINA pour Vaud, Valais et Fribourg

Events Sugiez

Events Sugiez

Créateur d’espaces de fêtes

Fondation Fabrizio Calvi

Fondation Fabrizio Calvi

Promouvoir le journalisme d’investigation

Fondation Jan Michalski

Fondation Jan Michalski

Pour l’écriture et la littérature

Fotostiftung Schweiz

Fotostiftung Schweiz

Préserver le patrimoine photographique suisse

Histoire et cité

Histoire et cité

Festival romand qui interroge les enjeux historiques contemporains

InForm

InForm

Association dédiée à l’intelligence informationnelle

Journal La Motta

Journal La Motta

Découvrir chaque été Fribourg, autrement

Keystone-ATS

Keystone-ATS

L’agence de presse suisse

Kompreno

Kompreno

Le meilleur du journalisme européen

La nuit de la photo

La nuit de la photo

La Chaux-de-Fonds défend la photographie 

La Semeuse

La Semeuse

Café torréfié à 1000 mètres d’altitude

Les Journées photographiques de Bienne

Les Journées photographiques de Bienne

Festival explorant les nouvelles perspectives de l’image

Morand Constructions Métalliques

Morand Constructions Métalliques

Les experts du métal depuis 1899

Musée gruérien

Musée gruérien

Musée dédié à la culture et à l'histoire de la Gruyère

OLF

OLF

Office du livre de Fribourg

OIKOS & CO SA

OIKOS & CO SA

Cabinet de conseil en financements spéciaux

Photo Basel

Photo Basel

Foire d'art dédiée à la photographie 

Photo Elysée

Photo Elysée

Musée cantonal Vaudois pour la photographie

Raboud Group

Raboud Group

Agencement d’intérieur basé à Bulle

CO 2

CO 2

Saison culturelle CO2 de la Gruyère

Rollin

Rollin

Agence de développement web

TBB

TBB

Scène culturelle majeure d’Yverdon-les-Bains

Vigousse

Vigousse

Hebdomadaire satirique suisse romand

Ville de Lausanne

Ville de Lausanne

Service bibliothèque et archives

Payot libraire

Payot libraire

Grande librairie suisse, indépendante et engagée, au cœur de la vie culturelle romande