Sept Logo

www.sept.info/es/raspoutine-jaeger-episode-2

Regresar
On ne rit plus, on prie… (2/3)
Raspoutine en compagnie de l'évêque Hermogen Dolganov (au centre), qui fut banni par la tsarine Alexandra Fedorovna Romanova après avoir battu Raspoutine avec un crucifix, et l'écrivain et hiéromoine Iliodor Trufanov (à droite), qui fut contraint à l'exil après une campagne de diffamation à l'encontre de Raspoutine, 1908.© DR

On ne rit plus, on prie… (2/3)

Vingt ans après mon premier séjour à Saint-Pétersbourg, que sont devenus mes souvenirs? Très vite, je me rends compte que les promesses de la perestroïka se sont engluées dans une profonde amertume. Témoin de la nouvelle Russie, la capitale des tsars est-elle annonciatrice d’un dérèglement plus profond?

 22 minutes de lecture

On lui avait promis le Grand Soir, mais le peuple est le perdant des préliminaires de la liberté. Il ne chante plus, il prie. Les églises se remplissent, ce qui signifie qu’il a remis son destin entre les mains de Dieu et des prêtres qui lui relaient ses espérances désenchantées. La rue, révélatrice des blessures de l’âme, ne fait plus la fête, elle vole un peu de plaisir à son humeur maussade. Elle affirme même que c’était mieux au temps du communisme où l’on n’avait pas à mendier sa vie. Elle dit qu’elle a perdu sa part d’humanité. Saint-Pétersbourg n’est pas toute la Russie, mais elle en est le miroir et le baromètre.

Les souvenirs ressassés depuis vingt-quatre heures me sont presque étrangers: ce n’est plus la même ville. Les nouveaux immeubles qui bordent la perspective Nevski parodient les grandes métropoles occidentales et laissent pour compte les images d’un passé que j’avais naïvement engrangées. Le verre et l’acier se sont substitués aux anciennes façades qui en faisaient le charme en dépit de leur décrépitude. L’histoire était passée sur elles et leur avait creusé des rides d’expression que je ne retrouve plus. Derrière les fenêtres des bureaux ultramodernes, comme sur les trottoirs aménagés en promenades, de nouveaux visages se sont substitués à ceux d’un peuple pauvre mais cultivé, brimé mais curieux et profondément ancré dans le désir de vaincre le dénuement sans perdre son identité. Heureusement, tout n’a pas été sacrifié aux chantres de la mondialisation. Derrière la face éclairée de Saint-Pétersbourg et de ses plus somptueux monuments, la transformation de la ville impériale en vitrine internationale ne fait pas illusion. Elle égare au lieu d’éveiller. Il suffit de faire quelques pas de côté, à l’ombre des projecteurs de la modernité flamboyante, là où les ombres s’étirent moins qu’ailleurs, dans les anfractuosités des vieux quartiers, pour y trouver l’âme égarée des laissés-pour-compte. Que sont devenus les projets de vie que ces derniers avaient élaborés à la chute de l’Empire soviétique et combien d’entre eux s’y reconnaissent aujourd’hui?

La jeunesse des années 1990 a vieilli et s’en est remise aux vieux démons de l’âme russe que sont le fatalisme et la passivité. Faute d’avoir pu concrétiser ses ambitions, elle a rapidement déchanté. Pour s’être heurtée à des résistances plus fortes que sa volonté de réussir, elle s’est abîmée dans la déshérence sociale. Par manque de moyens, d’encouragements et de persévérance, pour avoir été mise en marge par les faiseurs d’argent, elle a grandi dans la rancœur. Jusqu’à ne plus croire en elle. Pour panser ses plaies, elle en veut aux autres, l’Occident qu’elle tient pour responsable de ses errements. Accablée par l’adversité, elle s’est réfugiée dans les interstices de la survie, à l’ombre des souvenirs de l’âge tendre. Maintenue dans la marginalité, ostracisée côté jardin, elle a rejoint les rangs des délaissés. Elle végète côté cour, loin du soleil où les plus opportunistes se sont fait une place et grossit patiemment les affluents de la pauvreté. La vie s’est défaussée de toutes les promesses qui lui étaient destinées. Un malaise m’étreint que je tente de réprimer: ce n’est pas de la nostalgie, mais une forme de tristesse. Du désarroi. Presque de la colère. Car je suis en train de requalifier mes souvenirs.

Gérard A. Jaeger

por Gérard A. Jaeger

Gérard A. Jaeger, nacido en 1952 en Friburgo, es un historiador, escritor y gran reportero suizo. Especialista en la historia marítima y en figuras excepcionales, es autor de numerosas obras que combinan biografías, relatos de aventura e investigaciones históricas. Entre sus títulos destacados se encuentran Las Amazonas de los siete mares, Érase una vez el Titanic y Henry Dunant, el hombre que inventó el derecho humanitario. Su obra, alimentada por viajes y archivos, explora los márgenes de la historia con una pluma viva y comprometida.

La continuación de esta historia es de pago.

Suscríbete

Y disfruta de acceso ilimitado al sitio por solo USD 5,90 /mes.

¿Ya tienes una suscripción? ¡Inicia sesión!
Ver nuestras suscripciones

Compra este artículo

Desde 2 dollars, fija tú mismo el precio para acceder a este relato y apóyanos sin ningún compromiso.

Pago rápido y seguro con Stripe

iniciar sesión antes de continuar

¿Ya estás suscrito?

Inicia sesión para acceder a este contenido.

Todos los hashtags

Suscríbete a nuestros boletines

Suscríbete a nuestros boletines y lee un extracto gratuito de nuestras historias cuando se publiquen en línea. También mantente informado sobre la publicación de cada uno de nuestros mooks y libros.

Nuestros socios

Union des éditeurs de voyage indépendants

Union des éditeurs de voyage indépendants

Los mejores editores de viajes del mundo

Association Films Plans-Fixes

Association Films Plans-Fixes

Realización de retratos filmados de personalidades conocidas o no de Suiza romanda

Le Livre sur la Place

Le Livre sur la Place

Principal festival literario de la rentrée que se celebra en Nancy

Fondation Aventinus

Fondation Aventinus

Apoya la diversidad mediática en Suiza romanda

Baiutti

Baiutti

El constructor contemporáneo

BCF

BCF

El banco cantonal de Friburgo

Canton de Fribourg

Canton de Fribourg

La cultura al servicio de los Fribourgeois

Canton de Vaud

Canton de Vaud

La cultura al servicio de los Vaudois

DIMAB

DIMAB

Su socio BMW, MINI y ALPINA para Vaud, Valais y Fribourg

Events Sugiez

Events Sugiez

Creador de espacios de fiestas

Fondation Fabrizio Calvi

Fondation Fabrizio Calvi

Promover el periodismo de investigación

Fondation Jan Michalski

Fondation Jan Michalski

Para la escritura y la literatura

Fotostiftung Schweiz

Fotostiftung Schweiz

Preservar el patrimonio fotográfico suizo

Histoire et cité

Histoire et cité

Festival romando que cuestiona los desafíos históricos contemporáneos

InForm

InForm

Asociación dedicada a la inteligencia informacional

Journal La Motta

Journal La Motta

Descubrir cada verano Friburgo, de otra manera

Keystone-ATS

Keystone-ATS

La agencia de prensa suiza

Kompreno

Kompreno

Lo mejor del periodismo europeo

La nuit de la photo

La nuit de la photo

La Chaux-de-Fonds defiende la fotografía

La Semeuse

La Semeuse

Café tostado a 1000 metros de altitud

Les Journées photographiques de Bienne

Les Journées photographiques de Bienne

Festival que explora nuevas perspectivas de la imagen

Morand Constructions Métalliques

Morand Constructions Métalliques

Los expertos en metal desde 1899

Musée gruérien

Musée gruérien

Museo dedicado a la cultura y la historia de Gruyère

OLF

OLF

Oficina del Libro de Friburgo

OIKOS & CO SA

OIKOS & CO SA

Consultoría en financiamientos especiales

Photo Basel

Photo Basel

Feria de arte dedicada a la fotografía

Photo Elysée

Photo Elysée

Museo cantonal Vaudois para la fotografía

Raboud Group

Raboud Group

Diseño de interiores con sede en Bulle

CO 2

CO 2

Temporada cultural CO2 de la Gruyère

Rollin

Rollin

Agencia de desarrollo web

TBB

TBB

Escena cultural principal de Yverdon-les-Bains

Vigousse

Vigousse

Semanario satírico suizo de habla francesa

Ville de Lausanne

Ville de Lausanne

Servicio de biblioteca y archivos

Payot libraire

Payot libraire

Gran librería suiza, independiente y comprometida, en el corazón de la vida cultural romanda