Marinalva Dantas, Madame Liberté

Née dans une famille pauvre du Nordeste du Brésil, Marinalva Dantas a consacré une grande partie de sa vie à la lutte contre l'esclavage. Pionnière dans son métier, elle a exploré pendant 10 ans les recoins abandonnés de son pays pour libérer plus de 2'000 travailleurs exploités dans des conditions inhumaines. Entre menaces et pressions politiques, voici son parcours.

Esclave  Bresil  Marinalva Esclave  Bresil  Marinalva
© Tommy Dessine

Les phares de deux véhicules apparaissent au loin. A mesure qu'ils s'approchent, son cœur s'accélère. Dans la moiteur tenace de cette fin de journée, au beau milieu de la forêt amazonienne, elle sue abondamment. Embourbée sur cette route perdue, Marinalva Dantas craint l'embuscade. Le bois jeté sous les roues ne change rien, le moteur rugit en vain.

Accompagnée de deux policiers et d'un procureur, elle s'est lancée sur les traces de Gilmar, un gérant de ferme où s’éreintent 52 personnes réduites en esclavage. Mais ce petit homme d'une cinquantaine de kilos armé d'un pistolet calibre 38 a réussi à leur échapper et a fui dans la forêt alors qu’ils faisaient le tour de la propriété à la recherche des esclaves. Ayant définitivement perdu sa trace, l'équipe de l’inspection du travail s’est résolue à rentrer à la ferme avant la nuit quand elle s’est enlisée loin de tout.

Deux pick-up viennent de s'arrêter à quelques mètres, Marinalva s'attend à recevoir une volée de plomb. Une femme vindicative bondit du premier véhicule, escortée par cinq hommes en armes. Elle hurle, exige des explications sur la tentative d'arrestation de son mari. Gilmar l'a prévenue. L’inspectrice finit par calmer la femme du fermier qui accepte de les accompagne jusqu'à la fazenda. Après 24 heures sur le terrain, à l'aube du 16 février 2004, à 5 h 45, l'opération prend fin lorsque le mari accepte d’indemniser à hauteur de 106'000 reais (33'500 francs) les 52 personnes en captivité.

Les missions de Marinalva Dantas sont en général moins mouvementées, même si le risque est omniprésent. Jusqu'à aujourd’hui, elle s'en est bien sortie. Tous ses collègues n'ont pas eu cette chance. En janvier 2004, quatre inspecteurs du travail ont été assassinés dans une embuscade. Elle a appris à composer avec ce danger. Au cours de sa carrière, elle a libéré 2'354 travailleurs esclaves, jusqu'à gagner le surnom de Madame Liberté. 

Bourreau de travail, Marinalva ne libère plus d'esclaves depuis 2005, mais continue de lutter contre le travail des enfants avec panache. Elle court d'un congrès à l'autre, reçoit en 2015 le prix Claudia attribué aux «femmes qui changent l’Amérique latine», puis en 2016 le prix TRIP Transformadores qui récompense les Brésiliens oeuvrant en faveur du développement social... Ce matin de mai 2017, J'arrive finalement à la rencontrer sur la terrasse d'un hôtel de Rio de Janeiro duquel la vue sur la plage de Copacabana est spectaculaire.

Petites lunettes roses assorties à son chemisier, boucles d'oreilles bleues en harmonie avec son châle. On m'avait prévenu, Marinalva est du genre coquette. Même après plusieurs jours d'opérations en forêt, elle s’arrange pour avoir un minimum d'allure, soulignent ses anciens collègues. «C'est important d'être bien mise quand on se présente aux travailleurs. Notre apparence doit les rassurer, leur montrer que leurs ennuis sont terminés», m'explique-t-elle avec un fort accent du Nordeste qu'elle a mis du temps à assumer, mais qu'elle arbore aujourd'hui fièrement. Du coup, elle est toujours partante pour une photo. Quand son amie vient lui dire qu'elle est en retard, elle coupe l'interview en criant comme une enfant: «Allez, on va prendre des photos, c'est trop joli ici!»

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