Sept Logo

www.sept.info/gardiol-episode-1

Retour

Téhéran, la capitale (1/4)

Avec plus de 400 mètres, la tour Milad, qui fait partie du centre des congrès et du commerce international de Téhéran, est la plus haute d'Iran. En arrière-plan, le mont Damavand, un volcan endormi de la chaîne montagneuse d'Elbourz culminant à 5'610 mètres, domine la capitale.   © Dara Zarbaf

Je rêvais d'Iran depuis longtemps. Au travers de mes déambulations urbaines, j'ai découvert parmi l'agitation frénétique, le béton et le trafic, une ville poétique à la culture foisonnante.

 23 minutes de lecture

Téhéran n’est souvent qu’une ville d’arrivée et de départ. Les fantasmes d’un art de vivre persan s’évanouissent devant l’entrelacs d’autoroutes qui sillonnent la capitale, son trafic bouchonné jusque tard dans la nuit, des piétons disparus sous la domination automobile. Capitale sans âme occupée par le va-et-vient incessant des voitures dans un ballet en surplace. Mes premières impatiences dans ce fourmillement fébrile. Mes premières perplexités aussi devant ce spectacle désordonné. Au XXe siècle sous le règne de Mohammad Reza Shah Pahlavi, la ville a vécu un chambardement urbanistique qui l’a quadrillée et modernisée à l’occidentale. «On a démoli pour faire moderne plusieurs coins charmants du Bazar, tracé au cordeau des avenues sans mystère, abattu les anciennes portes», comme l’a vu Nicolas Bouvier en 1954. Mais un certain habillage urbain extérieur ne suffit pas à transformer l’esprit d’un pays. Modernité contre tradition, ouverture contre nationalisme, religion contre laïcité, rigueur chiite contre individualisme occidentalisé s’expriment ici le plus manifestement. Des contradictions complexes qui animent tout le pays et que le regard occidental se plaît à dénoncer. Le développement de la voiture est spectaculaire. Le parc automobile iranien, concentré pour moitié dans la capitale, l’enfume et la congestionne. Si loin de cette ville que parcourait la Fiat topolino de Nicolas Bouvier il y a plus d’un demi-siècle! Un code de la route qui semble inexistant autorise le passage des véhicules par force ou par ruse dans des rues occupées pare-chocs contre pare-chocs. Aucun droit pour le piéton qui se glisse à haut risque entre les véhicules. Etrange contre-courant dans ce pays d’ordre et de politesse. La circulation jouerait-elle un rôle d’échappatoire à la règle dans une société très contrôlée? Dans le bazar et ses alentours, une même densité de trafic mais celui de la foule piétonnière à pas d’homme.

Quant à l’hôtel situé au nord de la capitale, il appartient à un Iran mondialisé. Dans cette gigantesque boîte à conférenciers et hommes d’affaires au décor américanisé passe-partout, je me sens comme dans n’importe quel pays. Seul le petit-déjeuner aux saveurs très orientales ainsi que le coran déposé dans ma table de nuit me réorientent. A ses portes des taxis en attente assurent nos déplacements. Parcours de patience dans les files «encolonnées» où nous restons protégés de la pollution et de la chaleur ambiantes. Quelque soixante minutes pour chaque mouvement, de quoi douter de ce modèle de mobilité! Paradoxe et ironie de la terminologie même d’«automobile» créée il y a plus d’un siècle et piégée dans l’immobilisme des bouchons! Ces blocages laissent du temps à la réflexion. Je me souviens de l’automobile, emblème du capitalisme triomphant que les Américains vantaient et vendaient comme symbole de la liberté des individus filant sur les grandes routes pour défier les contraintes de vie des citoyens soviétiques. En Iran continue l’ambiguïté de l’américanisation depuis le coup d’Etat orchestré par la CIA en 1953 contre Mossadegh et les réactions iraniennes liées à la prise d’otages à l’ambassade des Etats-Unis en 1979. Les grandes déclarations polémiques de «Grand Satan» contre «Axe du Mal» s’échangent entre gouvernants, mais l’Iranien moyen se laisse séduire par des objets de consommation de standard américain sans arrière-pensée idéologique. Rhétorique religieuse mais comportements matérialistes. Le modèle de mobilité iranien s’explique par des transports publics lacunaires, une essence largement subventionnée et une classe moyenne urbaine souvent dotée de deux voitures par ménage. Il en résulte chaque hiver des pics de pollution entraînant la fermeture des écoles. Une situation non durable dans un XXIe siècle secoué par le changement climatique. Comme pour toute nouvelle exploration urbaine, le bus m’attire où je côtoierais des citoyens anonymes dans leur quotidien. Mais j’y renonce dans l’impossibilité de lire un itinéraire en farsi. Je n’identifie que la règle d’occupation: les femmes à l’arrière et les hommes à l’avant. Dans cette agitation frénétique qui parcourt Téhéran, dans ces surfaces continues de béton et de briques qui recouvrent la ville, comment découvrir des jardins, ces féeries iraniennes?

Françoise Gardiol

par Françoise Gardiol

Françoise (Lieberherr)-Gardiol vit à Genève et à Paris. Ethnologue formée à Paris, son parcours professionnel de recherche et d’enseignement aux Écoles Polytechniques Fédérales de Zurich et de Lausanne, puis de collaboration scientifique et diplomatique au Département des Affaires étrangères pour le Développement et la Coopération suisse l’a menée sur tous les continents. Elle a dirigé et publié de nombreux essais sur les questions de pauvreté, de diversité culturelle, d'environnement, de développement durable et sur les villes.

La suite de cette histoire est payante.

Abonnez-vous

Et profitez d'un accès illimité au site pour seulement CHF 7,00  /mois.

Vous avez déjà un abonnement? Connectez-vous!
Voir nos abonnements

Achetez cet article

Dès 2 francs, fixez vous-même le prix pour accéder à ce récit et soutenez-nous sans engagement.

Paiement rapide et sécurisé avec Stripe

se connecter avant de poursuivre

Déjà abonné?

Connectez-vous afin d'accéder à ce contenu.

Tous les hashtags

Inscrivez-vous à nos lettres d'information

Inscrivez-vous à nos lettres d'information et lisez un extrait gratuit de nos récits lors de leur mise en ligne. Tenez-vous également informer de la sortie de chacun de nos mooks et de nos livres.

Nos partenaires

Union des éditeurs de voyage indépendants

Union des éditeurs de voyage indépendants

Les meilleurs éditeurs de voyage du monde

Association Films Plans-Fixes

Association Films Plans-Fixes

Réalisation de portraits filmés de personnalités connues ou non de Suisse romande

Le Livre sur la Place

Le Livre sur la Place

Principal festival littéraire de la rentrée se tenant à Nancy

Fondation Aventinus

Fondation Aventinus

Soutient la diversité médiatique en Suisse romande

Baiutti

Baiutti

Le bâtisseur contemporain

BCF

BCF

La banque cantonale de Fribourg

Canton de Fribourg

Canton de Fribourg

La culture au service des Fribourgeois

Canton de Vaud

Canton de Vaud

La culture au service des Vaudois

DIMAB

DIMAB

Votre partenaire BMW, MINI et ALPINA pour Vaud, Valais et Fribourg

Events Sugiez

Events Sugiez

Créateur d’espaces de fêtes

Fondation Fabrizio Calvi

Fondation Fabrizio Calvi

Promouvoir le journalisme d’investigation

Fondation Jan Michalski

Fondation Jan Michalski

Pour l’écriture et la littérature

Fotostiftung Schweiz

Fotostiftung Schweiz

Préserver le patrimoine photographique suisse

Histoire et cité

Histoire et cité

Festival romand qui interroge les enjeux historiques contemporains

InForm

InForm

Association dédiée à l’intelligence informationnelle

Journal La Motta

Journal La Motta

Découvrir chaque été Fribourg, autrement

Keystone-ATS

Keystone-ATS

L’agence de presse suisse

Kompreno

Kompreno

Le meilleur du journalisme européen

La nuit de la photo

La nuit de la photo

La Chaux-de-Fonds défend la photographie 

La Semeuse

La Semeuse

Café torréfié à 1000 mètres d’altitude

Les Journées photographiques de Bienne

Les Journées photographiques de Bienne

Festival explorant les nouvelles perspectives de l’image

Morand Constructions Métalliques

Morand Constructions Métalliques

Les experts du métal depuis 1899

Musée gruérien

Musée gruérien

Musée dédié à la culture et à l'histoire de la Gruyère

OLF

OLF

Office du livre de Fribourg

OIKOS & CO SA

OIKOS & CO SA

Cabinet de conseil en financements spéciaux

Photo Basel

Photo Basel

Foire d'art dédiée à la photographie 

Photo Elysée

Photo Elysée

Musée cantonal Vaudois pour la photographie

Raboud Group

Raboud Group

Agencement d’intérieur basé à Bulle

CO 2

CO 2

Saison culturelle CO2 de la Gruyère

Rollin

Rollin

Agence de développement web

TBB

TBB

Scène culturelle majeure d’Yverdon-les-Bains

Vigousse

Vigousse

Hebdomadaire satirique suisse romand

Ville de Lausanne

Ville de Lausanne

Service bibliothèque et archives

Payot libraire

Payot libraire

Grande librairie suisse, indépendante et engagée, au cœur de la vie culturelle romande