Jean-Philippe Gaudin: «La Suisse ne peut plus se défendre seule» (2/2)

Avant de quitter son poste de chef du renseignement militaire suisse, Jean-Philippe Gaudin a accordé une interview exclusive à sept.info. Sans langue de bois. Second et dernier volet de notre entretien avec celui que le gouvernement suisse a nommé le 11 avril 2018 à la tête du Service de renseignement de la Confédération.

Jean-Philippe Gaudin Jean-Philippe Gaudin
Le brigadier Jean-Philippe Gaudin, chef du renseignement militaire Suisse.© Pierre-Yves Massot

C’est un homme de l’ombre. L’un de ceux qui parlent peu et fuient habituellement les lumières des caméras. Durant huit ans, Jean-Philippe Gaudin a dirigé le Service de renseignement de l’armée suisse, le pendant militaire du Service de renseignement de la Confédération (SRC). 

Huit ans à moderniser une organisation dont l’effectif est classé secret défense. Huit ans pour la faire entrer dans la communauté des services européens. Huit ans aussi pour la reconstruire après différents scandales. 

Celui des fiches notamment, cette surveillance systématique et illégale des Suisses durant la guerre froide. Ou l’affaire Bellasi, du nom de ce comptable du service qui avait détourné plus de 8,5 millions de francs.

Le 31 décembre 2015, le brigadier Jean-Philippe Gaudin a fermé définitivement la porte de son bureau, un petit 30 m2 perdu dans l’un des étages ultrasécurisés du Pentagone de l’armée suisse, à deux pas du stade du Wankdorf, dans la banlieue de Berne. Il a remis les clefs à son successeur, le brigadier Alain Vuitel, et pris la direction de Paris pour endosser un nouvel uniforme. Celui d’attaché de défense à la place du divisionnaire Jean-François Corminbœuf, parti à la retraite. Seconde et dernière partie de son interview.

Le monde change. Tout comme la guerre, devenue hybride comme vous nous l’avez expliqué dans la première partie de notre entretien. Quels sont les enseignements pour l’armée suisse?
Je me suis beaucoup engagé ces dernières années afin de convaincre l’armée que les risques, dangers et menaces avaient changé. Aujourd’hui, notre milice a évolué. Ses dirigeants ont compris que si un jour nous devons nous battre, ce sera en milieu urbain. Les grandes batailles de chars, c’est terminé. Cela implique de changer la doctrine d’engagement.
Nous aurons toujours besoin d’une artillerie, mais plus légère, plus petite, plus mobile, plus précise. Bref, il faut se préparer aux conflits futurs non plus à ceux que nous savons faire. Ensuite, il s’agira de prendre en compte les nouvelles sphères d’opération que sont les domaines cyber et la guerre de l’information.

Et pourtant la dernière réforme de l’armée, son programme de développement (DEVA), a été recalée au Parlement cet automne.
Le Parlement a dit non au financement, pas à la réforme proprement dite. L’Union démocratique du centre (UDC) voulait inscrire le budget annuel de l’armée, soit cinq milliards de francs, dans la loi. Les autres partis ont refusé. Or, le DEVA va dans la bonne direction. Il nous faut une armée plus petite, mais robuste, prête rapidement à l’engagement, totalement équipée et bien instruite.

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