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«Faire courir le FBI» (2/3)

Hamid Hayat ne pouvait croire que son plus proche ami était un agent payé par le gouvernement. Mais alors qu’il attendait son procès, il apprend que Nassim Khan sera le témoin vedette de l’accusation.

 19 minutes de lecture

La lettre du directeur du pénitencier est arrivée trois jours avant Noël. En automne 2016, j’avais écrit à une prison de moyenne sécurité en Arizona pour demander un entretien avec le détenu du nom de Hamid Hayat. Il purgeait une peine de 24 ans de réclusion après avoir été condamné le 10 septembre 2007 pour avoir reçu un entraînement terroriste au Pakistan. Même si Hamid avait fait les gros titres de la presse internationale au moment de son arrestation pour appartenance à une prétendue «cellule dormante» d’Al-Qaïda à Lodi, une ville de la Californie rurale, il n’avait encore jamais parlé à un journaliste. Les entretiens en prison ne sont pas inhabituels. Généralement, le journaliste remplit un formulaire et convient avec l’établissement d’une date et d’une heure. L’avocat de Hayat et sa famille m’avaient assurée qu’il était un prisonnier modèle, j’étais donc optimiste. J’ai rempli les formulaires adéquats au mois d’octobre. Un mois plus tard, la prison fédérale m’a demandé une attestation de The Intercept, qui lui a été transmise. Début décembre, un employé de la prison m’a indiqué qu’ils étaient en train «d’éclaircir un dernier point». Mais le 22 décembre, le directeur du pénitencier a rejeté ma demande en prétextant des «raisons de sécurité et des considérations de bonne gestion». Le directeur a refusé de me parler, et il n’existe ici aucun processus d’appel. 

Bloquée par la prison, j’ai transmis à l’avocat de Hayat une liste de questions détaillées sur le dossier et la vie actuelle de son client. J’avais vu Hamid uniquement sur les vidéos des interrogatoires du FBI – vieilles de dix ans, toute une vie. Quand j’ai reçu ses réponses et les photographies récemment prises en prison, j’ai été surprise. Le jeune homme mince et timide, aux épaules basses et à la longue barbe, avait disparu. La place était occupée par un homme musculeux, queue de cheval et lunettes de soleil, le regard fixant froidement l’objectif. Hamid ne m’a pas détaillé les conditions de sa détention, si ce n’est qu’il avait peu de contact avec le monde extérieur – une visite par année, de sa famille – et que son père se voyait dénier la permission de le voir depuis huit ans. Son temps au téléphone, lui aussi, était limité en comparaison de celui de ses codétenus. Même si ces restrictions l’énervaient clairement, Hamid m’a répondu que la prison, de façon étrange, lui avait ouvert des perspectives en le mettant pour la première fois en contact avec des gens dont la foi et le parcours étaient différents. De l’extérieur, son enfance, passée entre la Californie et le Pakistan, paraissait riche. En réalité, il a grandi confiné dans une communauté de Pakistanais ruraux, fermement attachés à leurs traditions religieuses et à leur culture conservatrice, qu’ils restent dans leur village ancestral ou traversent le monde vers Lodi ou Londres. «J’étais simplement dans ma communauté, et je ne savais vraiment pas grand-chose sur ce qui se passait autour de moi, écrit-il. Je regarde en arrière presque tous les jours, et je me dis que j’aurais aimé rencontrer plus de gens, là-dehors.» Sa fréquentation d’autres détenus l’a rendu honteux de certaines opinions avec lesquelles il a grandi. Adolescent, il avait fêté la nouvelle de l’enlèvement, puis de la décapitation par des terroristes pakistanais du journaliste du Wall Street Journal Daniel Pearl. Parmi les conversations enregistrées produites par l’accusation lors du procès, le jury avait entendu Hamid déclarer joyeusement à l'informateur du FBI: «Ils l’ont tué. Je suis content. Ils l’ont coupé en morceaux et les ont renvoyés. Ils ont fait du bon boulot. Maintenant, ils ne vont plus envoyer un seul Juif au Pakistan.» En prison, s’il est resté un fervent musulman, Hamid a maintenant une vision plus ouverte de sa foi et de celle des autres, et s’est lié d’amitié avec des détenus chrétiens et juifs. «J’avais tort de dire ce que j’ai dit, reconnaît Hamid au sujet de Pearl. Je ne suis pas du tout d’accord avec moi-même. Je ne connaissais pas grand-chose, à cette époque-là. J’étais vraiment peu ouvert d’esprit sur un tas de choses.»

Abbie VanSickle

par Abbie VanSickle

Abbie VanSickle couvre la Cour suprême des États-Unis pour le New York Times. Diplômée en droit de Berkeley et en journalisme de Northwestern, elle a travaillé comme avocate puis journaliste d’investigation, remportant le Pulitzer 2021. Elle décrypte le rôle politique de la Cour, le parcours des affaires, les acteurs impliqués et leurs conflits potentiels. Elle est basée à Washington, D.C.

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