Landru Landru
Henri Désiré Landru compulsant son dossier durant son procès en novembre 1921. © Bibliothèque nationale de France

Surexposition médiatique d'un assassin sans victime (1/3)

Novembre 1921: le procès d'Henri Désiré Landru fait la une de tous les journaux. Mais la Barbe-bleue de Gambais qu'ils décrivent n'a légalement fait aucune victime.

Les années 1920 constituent une période de doutes et de frustrations: parce que la société attendait autre chose de la paix retrouvée, son moral est au plus bas. Elles jettent une ombre sur l’optimisme qui régnait avant les tueries, quand de toute part on prédisait au monde un avenir radieux. Cette génération qui aspire à tourner la page commence à craindre pour ses illusions et se demande quel avenir on est secrètement en train de lui préparer. Au vu de ces conséquences, conclut René Rémond, «il n’est pas dérai­sonnable de persister dans la conviction que la date de 1914 a bien tracé une coupure décisive».

En 1920, alors qu’Alexandre Millerand est président du Conseil, la médiocrité de l’économie entache le relèvement du pays: le chômage refait son apparition et les prix s’envo­lent, et comme la monnaie se déprécie un peu plus chaque jour l’union sacrée de la guerre s’étiole, la société se délite; l’agitation se développe, des grèves éclatent, qui sont vio­lemment réprimées par l’armée. Par ailleurs, tandis qu’à l’Arc de Triomphe on rend les honneurs au Soldat inconnu, les négociations s’enlisent au sujet des réparations financières exigées par les Alliés à l’Allemagne vaincue. Et comme l’économie française leur est étroitement liée, plus le temps passe et plus les difficultés économiques occupent les esprits. 

Aussi, quand au prin­temps 1921 Berlin refuse de s’acquitter de sa dette, les sanc­tions prévues sont immédiatement appliquées: quatre villes sont notamment occupées par les troupes françaises en guise de représailles. Le ton monte un peu partout dans les chan­celleries et l’entente qui régnait entre les vainqueurs au moment de l’armistice a tendance à s’essouffler pour n’être bientôt plus qu’un souvenir. «Les négociations de Versailles ont mis en évidence l’incompatibilité entre les vues des Fran­çais sur la paix et les conceptions en la matière de leurs alliés du temps de guerre, Américains et Britanniques», écrivent Jean-Jacques Becker et Serge Berstein. La violence est latente, elle affleure partout, elle est dans tous les esprits, que le clivage entre les conservateurs et les progressistes exacerbe en toutes occasions. C’est ainsi qu’on peut lire, dans Le Temps du 10 mars: «Le seul but des Allemands est de chercher une révision et de ne pas payer un sou. Ils ne font preuve d’aucune intention d’exécuter le traité. L’occupation de Düsseldorf aujourd’hui est très importante parce que cette ville est un des poumons de l’Allemagne industrielle.» Cette situation d’extrême tension confortera le Bloc natio­nal qui, jusqu’en 1924, laissera le souvenir d’une politique de répression et d’une philosophie ouvertement réactionnaire. Son but, alors qu’il éprouve les plus grandes difficultés à gérer la paix, est néanmoins d’offrir à la France les moyens de ses ambitions; mais sa politique s’appuie sur la volonté farouche de revisiter son passé. Par principe, une grande partie du pays refuse en effet d’admettre qu’il mène un combat d’arrière-garde à jamais révolu… puisque la victoire lui a rendu ses lettres de noblesse!

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