Sept Logo

www.sept.info/mexique-iguala-episode-1

Retour

Les 43 d'Iguala (1/2)

Le 30 août 2017, lors de la journée internationale des victimes de disparition forcée, la Commission interaméricaine des droits de l'homme se rend au Mexique pour pointer du doigt le nombre important de personnes disparues dans le pays.  © Commission interaméricaine des droits de l'homme

Le 26 septembre 2014, la violence a éclaté à Iguala. Des tirs dirigés contre plusieurs bus remplis d’étudiants ont fait six morts et des dizaines de kidnappés, toujours portés disparus. Au Mexique, leur nombre est devenu un symbole: 43.

 24 minutes de lecture

Le cauchemar a débuté au coucher du soleil. A un carrefour chichement éclairé d’Iguala, des policiers équipés d’armes automatiques ont encerclé trois bus bondés d’étudiants. Et ils ont ouvert le feu. Les élèves hurlaient qu’ils n’étaient pas armés, certains ont tenté de s’enfuir dans les ruelles obscures, frappant aux portes, cherchant désespérément un abri. Mais les hommes armés avaient verrouillé la ville et ont quadrillé toutes les rues dans la bruine. Lorsque la fusillade a pris fin deux douzaines d’entre eux étaient blessés et six, dont le plus jeune avait tout juste 15 ans, gisaient morts en trois endroits de la ville. L’une des victimes, touchée à la tête, se trouvait en état de mort cérébrale. Une balle avait déchiré la bouche d’un autre. Deux jeunes hommes se sont vidés de leur sang à même le bitume, abandonnés à leur sort durant des heures. Aux premières lueurs du jour, de nouvelles horreurs ont été découvertes lorsque le corps mutilé d’un autre élève est apparu dans les ordures. Mais le pire restait à découvrir: 43 étudiants manquaient à l’appel, disparus au cours du chaos.

Quand le Mexique découvre les crimes commis à Iguala ce 26 septembre 2014, le pays est en état de choc et gronde. L'écœurement total. Des manifestations impressionnantes s’organisent. Des bâtiments gouvernementaux sont incendiés. Pour calmer la population, le président mexicain Enrique Peña Nieto promet de lancer ce que son administration va appeler la plus grande enquête de mémoire d’homme.

Plusieurs mois s’écoulent… Le gouvernement a bien rendu ses conclusions, mais des doutes sérieux entourent la version officielle des événements. Le pays reste hanté par de nombreuses questions sans réponses. Que s’est-il vraiment passé, cette nuit-là? Où les étudiants ont-ils été conduits et quel a été leur sort? En effet, si de nombreuses tombes clandestines ont été mises à jour lors de l’enquête dans l’Etat méridional du Guerrero, les restes – rien qu’un éclat d’os - d’un seul et unique élève ont pu être identifiés. Les autorités judiciaires se sont hâtées d’imputer ces crimes à des officiers municipaux et à quelques complices. Mais, en essayant d’expédier à tout prix le dossier, les enquêteurs ne dupent personne. Les proches des victimes ont pointé du doigt les preuves de ce qu’ils considèrent être une participation bien plus étendue du gouvernement dans la terreur surgie cette nuit-là. Des groupes de défense des droits de l’homme, des journalistes d’investigation et de simples citoyens se sont ralliés à leur point de vue. Le présent récit s’appuie sur plus de deux douzaines d’entretiens avec les survivants des attaques et des proches des disparus, avec des historiens mexicains, des militants des droits de l’homme et des journalistes, ainsi que sur les déclarations de représentants du gouvernement. En sus, nous avons passé au crible les archives fédérales et les archives d’Etat, dont les communiqués des forces de sécurité mexicaine et les déclarations sous scellés d’officiers de la police municipale et de membres de gangs. Tous ces éléments mettent en lumière des incohérences, des zones d’ombre et des omissions dans la version officielle présentée par le gouvernement.

Au lendemain des attaques, le nombre 43 est devenu un symbole puissant. L’incarnation de la collusion entre le crime organisé et le gouvernement, de la pauvreté et de la répression politique entretenue par des années d’impunité criminelle. 43 pour ne jamais oublier les dizaines de milliers de cas similaires d’enlèvements et de meurtres laissés sans justice. Cette indignation populaire s’est résumée en trois mots griffonnés sur les pancartes des manifestants, graffités dans les allées du pouvoir, hurlés dans les rues: Fue el estado (C’était l’Etat). 

Ryan Devereaux

par Ryan Devereaux

Ryan Devereaux est un journaliste d'investigation primé, membre du Type Media Center. Son prochain livre, publié chez Avid Reader Press, explore comment la politique, la polarisation et les intérêts privés ont provoqué la chasse au loup la plus meurtrière de l'histoire du parc national de Yellowstone. Il a travaillé onze ans pour The Intercept sur l'environnement, l'immigration et le terrorisme.

La suite de cette histoire est payante.

Abonnez-vous

Et profitez d'un accès illimité au site pour seulement CHF 7,00  /mois.

Vous avez déjà un abonnement? Connectez-vous!
Voir nos abonnements

Achetez cet article

Dès 2 francs, fixez vous-même le prix pour accéder à ce récit et soutenez-nous sans engagement.

Paiement rapide et sécurisé avec Stripe

se connecter avant de poursuivre

Déjà abonné?

Connectez-vous afin d'accéder à ce contenu.

Tous les hashtags

Inscrivez-vous à nos lettres d'information

Inscrivez-vous à nos lettres d'information et lisez un extrait gratuit de nos récits lors de leur mise en ligne. Tenez-vous également informer de la sortie de chacun de nos mooks et de nos livres.

Nos partenaires

Union des éditeurs de voyage indépendants

Union des éditeurs de voyage indépendants

Les meilleurs éditeurs de voyage du monde

Association Films Plans-Fixes

Association Films Plans-Fixes

Réalisation de portraits filmés de personnalités connues ou non de Suisse romande

Le Livre sur la Place

Le Livre sur la Place

Principal festival littéraire de la rentrée se tenant à Nancy

Fondation Aventinus

Fondation Aventinus

Soutient la diversité médiatique en Suisse romande

Baiutti

Baiutti

Le bâtisseur contemporain

BCF

BCF

La banque cantonale de Fribourg

Canton de Fribourg

Canton de Fribourg

La culture au service des Fribourgeois

Canton de Vaud

Canton de Vaud

La culture au service des Vaudois

DIMAB

DIMAB

Votre partenaire BMW, MINI et ALPINA pour Vaud, Valais et Fribourg

Events Sugiez

Events Sugiez

Créateur d’espaces de fêtes

Fondation Fabrizio Calvi

Fondation Fabrizio Calvi

Promouvoir le journalisme d’investigation

Fondation Jan Michalski

Fondation Jan Michalski

Pour l’écriture et la littérature

Fotostiftung Schweiz

Fotostiftung Schweiz

Préserver le patrimoine photographique suisse

Histoire et cité

Histoire et cité

Festival romand qui interroge les enjeux historiques contemporains

InForm

InForm

Association dédiée à l’intelligence informationnelle

Journal La Motta

Journal La Motta

Découvrir chaque été Fribourg, autrement

Keystone-ATS

Keystone-ATS

L’agence de presse suisse

Kompreno

Kompreno

Le meilleur du journalisme européen

La nuit de la photo

La nuit de la photo

La Chaux-de-Fonds défend la photographie 

La Semeuse

La Semeuse

Café torréfié à 1000 mètres d’altitude

Les Journées photographiques de Bienne

Les Journées photographiques de Bienne

Festival explorant les nouvelles perspectives de l’image

Morand Constructions Métalliques

Morand Constructions Métalliques

Les experts du métal depuis 1899

Musée gruérien

Musée gruérien

Musée dédié à la culture et à l'histoire de la Gruyère

OLF

OLF

Office du livre de Fribourg

OIKOS & CO SA

OIKOS & CO SA

Cabinet de conseil en financements spéciaux

Photo Basel

Photo Basel

Foire d'art dédiée à la photographie 

Photo Elysée

Photo Elysée

Musée cantonal Vaudois pour la photographie

Raboud Group

Raboud Group

Agencement d’intérieur basé à Bulle

CO 2

CO 2

Saison culturelle CO2 de la Gruyère

Rollin

Rollin

Agence de développement web

TBB

TBB

Scène culturelle majeure d’Yverdon-les-Bains

Vigousse

Vigousse

Hebdomadaire satirique suisse romand

Ville de Lausanne

Ville de Lausanne

Service bibliothèque et archives

Payot libraire

Payot libraire

Grande librairie suisse, indépendante et engagée, au cœur de la vie culturelle romande