Le bestiaire qui révèle l’âme de l’homme

© Michel Vanden Eeckhoudt
Caniche sur ses deux pattes, France 1997. Photographie issue du livre Doux Amer de Michel Vanden Eeckhoudt, paru en 2013.

Quand le Belge Michel Vanden Eeckhoudt photographie des animaux, c’est des hommes dont il nous parle.

«On a toujours l’air un peu crétin quand on dit: "J’aime bien les animaux". Mais moi, je trouve ça très marrant de photographier les animaux». Michel Vanden Eeckhoudt, photographe belge a déambulé pendant plus de trente ans sur tous les continents, à l’affût de scènes zoologiques cocasses, étranges, émouvantes. Il partait «à la chasse aux papillons, avec ses journées de chance et ses journées désastreuses».

Doux-Amer, sa dernière collection, est exposée au Forum Meyrin (Genève) du 26 novembre 2014 au 23 janvier 2015. Ce bestiaire noir et blanc, tout en profondeur, est peuplé de chiens, beaucoup de chiens, de cochons, de singes, et «de gens aussi». Loin de verser dans la mièvrerie ou la niaiserie, ces animaux-là sont graves. La plupart du temps, ils nous regardent. Leurs yeux sont des miroirs et révèlent le plus profond de nous-mêmes. «Sur une image, certaines personnes se fendent la pipe et trouvent ça rigolo, d’autres vont trouver que c’est un peu tragique, un peu triste. Ça me plaît, cette ambigüité», se réjouit Michel Vanden Eeckhoudt.

Sa série Doux-Amer est ainsi sur le fil du rasoir, entre sourire et inquiétude. Elle joue sur «une ironie qui n’est pas de la méchanceté. Pour moi, c’est important, ajoute-t-il. L’humour de qualité n’est pas à sens unique: il tient compte de cette quantité de tragique. Quand on voit un film de Chaplin ou de Keaton, ce n’est pas complètement marrant, c’est aussi poignant.» La photo des cochons de l’abattoir, entassés les uns sur les autres, est dans ce registre.

Dans l’œil de l’animal, on peut lire incompréhension et angoisse. «Il sait qu’il est mal embarqué!» souligne le photographe. Même sentiment à la vue de ce tout petit chien blanc transporté dans le sac de son maître; ou de ce chameau affublé d’un fichu sur le museau. «Je m’aperçois que l’on a envers les animaux à peu près les mêmes comportements qu’envers les hommes, remarque le photographe. Un mélange d’amour, de méchanceté, de perversité et de douceur. J’essaie de rendre compte de ces éléments dans les photos que je prends».

Michel Vanden Eeckhoudt tient cet intérêt pour ceux «qui sont, à près tout, nos voisins» peut-être de ses parents. «Je suis fils d’un biologiste et d’une assistante sociale», explique-t-il. Jeune homme, il veut être vétérinaire, mais «je ne pouvais pas, j’étais nul en sciences». Il songe à être juge pour enfant. Là encore, la porte se ferme. «J’ai fait une année de droit, ça a été un échec lamentable. J’étais un crétin absolument imparfait». Il se met alors à la photo, parce qu’il aime bien bidouiller les appareils. Et de fil en aiguille, la passion s’est développée.

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