Bouvier Maillart Bouvier Maillart
Blizzard dans la vallée du Boron Kol au Tsaidam. Chine, 1935.© Ella Maillart / Succession Ella Maillart et Musée de l’Elysée, Lausanne

La vie immédiate

En 1989, Ella Maillart a confié ses archives photographiques – plus de 16'000 négatifs – au Musée de l'Elysée qui lui consacre, l'année suivante, une vaste exposition rétrospective. En prolongement sort l'ouvrage: Ella Maillart, La vie immédiate, photographies, rassemblant 200 de ses clichés pris et développés souvent dans des conditions les plus difficiles et préfacé par Nicolas Bouvier. Malheureusement en rupture de stock et jamais réédité depuis 1991, ce livre donne à voir un monde perdu ou en voie de disparition dont nous avons voulu partager avec vous quelques extraits.

«Vous avez connu Ella Maillart?» A Zurich, à Berlin, à Marseille, des asiatisants m'interrogent ainsi, l'air de douter de ma bonne foi. «Avoir connu? J'ai trié des photos avec elle la semaine dernière encore. Elle était montée jusque chez moi sur ce lourd vélo qui grince. Elle revenait juste de Chine centrale et avait gravi sans broncher les neuf mille marches du monastère de Tai Shan. Sans la tendinite qui lui en reste, elle me prendrait dix longueurs sur une boucle de ski de fond. Elle éteint mes cigarettes une à une sitôt que j'ai le dos tourné...»

Le souffle me manque - oui, Ella, le souffle - qu'on me regarde encore comme un imposteur.

Pour ceux qui connaissent ses livres sans connaître l'hospitalité de son nid d'aigles à Chandolin, son rire éclatant, et ses conférences-projections où toujours il faut rajouter des chaises, cette voyageuse au regard incroyablement jeune et bleu est devenue un mythe intemporel au même titre qu'Alexandra David-Neel ou que la vénérable Royal Central Asian Society dont elle est l'une des rares lauréates. Cette aptitude à transformer les vivants en fantômes est assez répandue dans notre petit pays posthume où la notoriété n'existe pour de bon que sous quatre pieds de terre, un de marbre, et quand la succession n'a pas laissé de dettes. Et aussi parce qu'Ella Maillart a voyagé comme au XIXe siècle et que l'Asie qu'elle a parcourue et décrite entre les années 1930-1960 est aujourd'hui en bonne partie «interdite aux nomades», quand elle n'a pas disparu corps et biens. Une année avant sa mort, le journaliste Peter Fleming, compagnon d'une mémorable traversée de Pékin aux Himalayas, lui écrivait: «Personne n'aura plus la chance, nulle part dans le monde, de refaire un voyage tel que celui-là.» Il n'avait hélas pas tort. On a tout naturellement tendance à vieillir les témoins d'un monde disparu.

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