Sexe, bling-bling, ping-pong et réalité augmentée (3/4)

En s’immisçant dans l’univers nocturne et festif, le ping-pong a tissé des liens avec la culture alternative. Qu’ils soient noceurs tendance «glam», adeptes du DIY (faire soi-même), amateurs de street art, geeks ou hipsters, la petite balle déchaîne leurs passions créatrices. Troisième volet de notre enquête à travers l'Europe.

Clement Girardot ping pong Clement Girardot ping pong
Anders Find, photographe et créateur des tables en acier Ping Out. Vesterbro, Copenhague. © Clément Girardot

D’étranges structures métalliques bleu clair ou grises peuplent les parcs et les espaces publics de Copenhague. Elles sont confectionnées à partir de plaques d’acier de 700 kg, pliées aux dimensions réglementaires des tables de ping-pong, puis ornées en leur centre d’une frise métallique faisant office de filet. Leur silhouette suggère la coque d’un navire, ou la silhouette d’un tank. «Les habitants les ont bien adoptées», annonce fièrement Anders Find, 30 ans, photographe danois fondateur du projet de tables en extérieur Ping Out. Le grand gaillard aux cheveux blond foncé et aux yeux bleus est un joueur assidu de tennis de table, sport qu’il pratique depuis l’âge de 7 ans: «C’était la seule activité sportive où je pouvais m’oublier. Quand j’étais derrière la table, c’était comme une bulle et tout disparaissait autour de moi, la même sensation que lorsque j’ai rencontré ma femme!» 

Dans le quartier branché de Vesterbro, le boulevard Sonder est bordé d’immeubles en briques rouges. Entre les voies de circulation court une tranchée verte très appréciée des habitants. Trois tables bleues agrémentent la promenade, Anders se souvient avec un petit sourire: «La première nuit où nous les avons installées, un couple a fait l’amour sur l’une d’elles, c’est le meilleur feedback que l’on peut recevoir». Durant l’été, il aime venir taper quelques balles à Vesterbro. Il pointe avec humour: «Avec de la chance, nous avons une semaine de conditions parfaites chaque année, mais les gens ne font pas attention au vent ou à la météo, ils passent un bon moment ensemble». Le bureau du photographe est situé dans une grande coopérative pour travailleurs créatifs. Sur un mur, une photo en noir et blanc, un homme d’une cinquantaine d’années tient rageusement une raquette, cheveux gris en bataille, sur son torse nu apparaît le tatouage d’un visage d’Amérindien. C’est un portrait de Manfred, un marginal qui joue régulièrement dans un parc de la capitale allemande. Cette rencontre, couplée de l’incontournable visite du bar Dr Pong, a poussé Anders à se lancer dans l’aventure en 2009. Outre leur esthétique surprenante imaginée par le designer Troels Oder Hansen, les tables Ping Out raisonnent d’un «bong bong» métallique inhabituel lorsque les balles rebondissent sur l’acier. Comme toutes les tables de ping-pong en extérieur, celles-ci ont une seconde fonction naturelle: permettre aux jeunes de se rassembler, de s’asseoir dessus, de poser de la nourriture, des boissons, une sono… Le duo danois a voulu les doter d’une troisième fonction: servir de support pour l’expression artistique. «Nous voulions créer une petite oasis pour le street art, explique Anders. Les graffeurs peuvent utiliser cette surface en toute légalité, elle peut être peinte et repeinte à l’infini.» Dans la cité de Brondby Nord, des artistes ont égayé la grisaille en bombant un damier multicolore sur une table. D’autres artistes urbains ont été commissionnés pour décorer certaines tables, peu osent spontanément s’emparer de ce support: «Les Danois ont l’habitude d’obtenir des permissions pour agir, même pour le graffiti», déplore Anders qui espère que les tables déjà taguées susciteront des vocations. A petite échelle, ce mobilier urbain insolite donne des couleurs à l’espace public; il capte l’attention, intrigue et amuse les passants. Des tables aux formes ludiques, bariolées d’aplats flashy ou de motifs graphiques ont aussi bourgeonné ailleurs, elles sont l’œuvre d’autres groupes dont les noms résonnent de la même allitération: Pinksi Klubi en Estonie, Ping Point au Brésil ou POPP en Australie.

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