«Interviewer Poutine? Le sommet de ma carrière!»

La plus grande vedette de télévision russe, Vladimir Pozner est aussi l'auteur de mémoires racontant sa vie hors du commun, Adieu aux illusions. Il nous a donné rendez-vous à Moscou dans la brasserie qui porte le nom de sa mère, Géraldine.

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Vladimir Pozner© Jean-Christophe Emmenegger

Vladimir Pozner, trois nationalités, trois langues parlées parfaitement, trois villes de prédilection – Moscou, Paris et New York… Qui êtes-vous?
Je suis un bâtard. Un mélange entre ma mère, française et catholique et mon père, russe et juif. Le produit d’une vie vécue dans différents pays et cultures – en France, en Amérique, en Allemagne de l’Est, en Union soviétique et en Russie.

Dans votre livre, vous dites Adieu aux illusions, lesquelles?
Celles d’un homme qui a traversé les événements des deux côtés du rideau de fer, qui a aimé et subi des désillusions dans ces deux mondes…

Vous avez cru à ce que vous racontait votre père au sujet de l’Union soviétique. Et vous-même, quand vous y avez vécu à partir de 1952, avez servi comme propagandiste du régime soviétique. Cruelle désillusion?
Ce fut peut-être l’un des plus grands drames de ma vie. Il y avait ce que mon père, fervent admirateur du soviétisme, m’avait dit de ce pays: cette idée magnifique de «vraies» égalité et justice. Cela me plaisait énormément! Et il y avait la réalité. Une fois arrivé en URSS, je me suis assez vite rendu compte que c’était bien différent de ce qu’il décrivait. Je me persuadais cependant que c’était normal; la Russie étant un pays complexe avec une histoire extrêmement dramatique et tragique, il ne fallait pas s’attendre à des choses extraordinaires tout de suite, cela ne pouvait pas donner de parfaits résultats comme dans un laboratoire. Et je voulais croire que je faisais partie de cette évolution. Je voulais de tout cœur être russe, ou soviétique si vous voulez, mais cela n’a pas réussi. Intérieurement, je sentais que cela ne collait pas.

Comment avez-vous résolu ce conflit intérieur?
Un jour, j’ai dû avoir l’honnêteté de me dire à moi-même: «Tu n’es pas russe». Ce n’était pas facile.

Au début de vos mémoires, vous écrivez que vous ne vous sentez pas davantage américain. Alors que, dans de nombreux autres passages, vous ne cachez pas votre amour pour ce pays. N’est-ce pas contradictoire?
C’est une chose de dire, en 1947, alors que j’ai treize ans, «Je ne suis pas américain». C’en est une autre de me demander qui je suis réellement aujourd’hui et d’avouer que je ne me sens pas russe, même si je parle russe parfaitement, comme un Russe. En revanche, quand je parle anglais, je me sens new-yorkais, pas d’une autre région d’Amérique. Quand j’écoute du blues ou du jazz, quand je vois un match de baseball, cela me fait quelque chose, intérieurement. C’est ainsi que je me sens américain. Et quand j’entends la façon dont les gens rigolent en France, je me sens français.

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