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François Genoud, fasciste suisse (8/21)

Le banquier François Genoud détenait-il le trésor des nazis? Genève abritait-elle celui des dirigeants du Front de libération national algérien (FLN)? Enquêtes.

 51 minutes de lecture
François Genoud, fasciste suisse (8/21)
Tribune Lausanne-Le Matin, le 12 mars 1982.  © Bibliothèque cantonale et universitaire de Lausanne

Nostalgique du IIIe Reich, national-socialiste convaincu, ami et partisan des mouvements arabes de libération, ancien administrateur de banques arabes, François Genoud habitait paisiblement la petite bourgade vaudoise de Pully. Le correspondant du Monde à Lausanne et d’autres amis journalistes m’ont souvent reproché mes relations régulières avec un fasciste comme Genoud. Ma réponse est simple: François Genoud détenait plusieurs clefs d’informations restées secrètes. Dépositaire des droits d’auteurs des grands nazis, il devait tout savoir de leur exode. C’est en tous les cas ce que m’avait laissé entendre, un jour à Locarno, un ancien juge au tribunal de Nüremberg, Robert Kempner, un Américain d’origine allemande: «Genoud a dû prendre des contacts durant la guerre, mais avec qui? Il détient probablement cette clef d’or que vous n’avez pas trouvée. Simon Wiesenthal non plus. Personne n’a trouvé cette clef d’or qui a permis à de très nombreux nazis de prendre la fuite juste après la défaite vers l’Amérique du Sud. Que cette clef d’or ait ouvert au passage quelques coffres suisses n’est pas exclu.» Mais je ne présente aucune excuse. J’avoue au contraire une certaine fascination, ou du moins une grande curiosité pour les hommes extraordinaires, et Genoud en était. «Un infréquentable méchant», me répondra-t-on. Ce n’est pas le problème du journaliste d’investigation. Pour expliquer, je dois comprendre et pour comprendre rencontrer ceux qui détiennent l’information. Si l’intérêt général l’exige, la recherche de la vérité impose que le journaliste se confronte au sordide, se familiarise avec toutes les misères du monde. Impossible de descendre sans se salir dans la mine de l’information. Il est trop commode de se draper dans ses convictions morales, de s’armer de préjugés bien-pensants pour refuser toute compromission. C’est pourquoi la presse donne si souvent dans l’angélisme, le politiquement correct, la pensée unique. Si je suis convaincu que le journaliste ne dois pas hésiter à aller chercher ses sources dans la boue, je pense qu’il doit se garder d’aborder le prétendu méchant en l’écrasant d’un mépris qui casserait immédiatement toute relation. Il faut se garder de juger, de condamner.

François Genoud est l’une de mes sources depuis longtemps lorsque je publie pour la première fois une interview-portrait de lui, le 12 mars 1982, sous le titre: «La France aux trousses d’un fasciste suisse». Le 16 février 1982, le Tessinois Bruno Bréguet (32 ans) et l’Allemande de l’Ouest Magdalena Kopp, future épouse d’un certain Carlos, sont arrêtés à Paris. Ils auraient avoué leur intention de commettre un attentat à l’explosif dans la capitale française. Le 5 mars, Illich Ramirez Sanchez, alias Carlos, affirme dans une lettre adressée au ministre Gaston Defferre qu’il s’en prendra personnellement au Gouvernement français si ses deux amis ne sont pas libérés. C’est Genoud qui finance la défense de ces terroristes présumés. Le 7 mars, sous un petit article expliquant que Defferre prend les menaces de Carlos au sérieux, Le Monde publie un long texte de son correspondant en Suisse Jean-Claude Bührer. Il explique que le nom du banquier et éditeur François Genoud «revient avec une rare constance chaque fois que la presse s’interroge sur les liens de certains groupes terroristes avec les milieux néonazis». Les mêmes propos sont tenus dans VSD, L’express, Le Canard enchaîné, etc. Je décide de donner la parole à François Genoud qui me répond de mauvaise grâce: «Ce n’est que du mauvais cinéma. Ils font semblant de croire à un complot. Ils font partie d’une petite coterie sioniste qui cherche chaque occasion pour régler son compte à l’antisioniste que je suis. Je vous choque? Mais c’est vous qui êtes venu m’interroger.» S’il nie absolument être l’un des animateurs de l’internationale néonazie, Genoud ne renie pas ses amitiés pour le national-socialisme et les Arabes. 

Roger de Diesbach

par Roger de Diesbach

Roger de Diesbach (1944–2009) fut un journaliste suisse influent, reconnu pour son engagement envers un journalisme d'investigation rigoureux. Rédacteur en chef de La Liberté de 1995 à 2004, il transforma ce quotidien fribourgeois en un média romand indépendant, défendant la vérité même lorsqu'elle dérangeait. Lauréat du Prix Jean-Dumur en 1987, il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont Presse futile, presse inutile.

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