La liberté, à tous autour de la table, apparaît comme une dispersion des objectifs. D’où l’apologie de la contrainte.
«Je reconnais certes que de la contrainte naissent de belles choses, argumentais-je alors, de la création par le contournement, de l’innovation… mais justement parce que l’on s’accorde cette liberté de contourner.
– Dans ton domaine de compétences, dans ta sphère sociale tu auras cette liberté, c’est ton chez-toi», me répondaient-ils en résumant leurs propos.
C’est la liberté du choix politique qui apparaît cependant à tous comme l’obstacle original de la liberté totale, celle des méritants. Ne peuvent choisir que ceux qui le méritent. «Tu n’es que ce que tu mérites d’être.»
J’interrogeai aussitôt: «Oui, mais sur quels critères?» Leurs réponses se faisaient d’une seule voix. Comme des mantras. Tout simplement selon les critères établis par la doctrine. On préfère le respect à des dogmes plutôt que le respect aux lois.
«Mais suivre une seule doctrine n’engage à la nécessité d’aucune réflexion», je me permis alors de constater. Je continuai. «Personne ne réfléchit à une solution en cas de problème. Seuls comptent l’élimination, le vide.» Je pensais justement à l’antisémitisme, l’islamophobie, l’homophobie et tout ce qui a pour visée l’élimination, avec au bout du compte une insondable solitude.
A laquelle ils m’opposaient immédiatement l’air du temps: la transformation de la liberté individuelle en égocentrisme. Le selfie comme un «Je suis Moi». Ce qui, me rassuraient-ils, s’évanouira avec la disparition de la démocratie.