Savannah, Géorgie, une si jolie scène de crime (2/2)

© DR
S'étendant sur plus de 12 hectares, Forsyth Park est le plus grand et le plus ancien parc public de Savannah, la «Belle aux jardins dormants».  

Le bestseller de John Berendt, Minuit dans le jardin du bien et du mal traduit en 23 langues et porté à l'écran par Clint Eastwood, est-il une chronique fidèle de la «belle hôtesse du Sud»?

«Bien que ce ne soit pas une œuvre d’imagination, j’ai pris certaines libertés dans la narration de l’histoire, notamment quant à l’enchaînement des faits. Quand le récit est romancé, mon intention a été de rester fidèle aux personnages et au cours essentiel des événements tels qu’ils se sont réellement produits.» Voici en quels termes John Berendt clôt Midnight in the Garden of Good and Evil, A Savannah story (Minuit dans le jardin du bien et du mal. Savannah Géorgie, chronique d’une ville)Fidèle aux personnages… Nancy Hillis, décédée le 9 août 2016, n’est malheureusement plus là pour faire entendre son point de vue sur la fidélité de John Berendt à ses personnages. Toutefois, elle a laissé divers témoignages à l'occasion d’interviews dont certaines restent disponibles en ligne, mais surtout elle a publié son autobiographie qui ne manque pas de piquant, car la dame n’a pas sa langue en poche. Et la cible de ses piques n’est autre que John Berendt. Entre l’auteur de Minuit et Nancy Hillis, l’antipathie était vive et réciproque. A vrai dire, Nancy ne voulait pas apparaître dans le Livre et elle l’avait clairement fait savoir à John Berendt. Celui-ci l’avait alors invitée à déjeuner chez Clary’s, le restaurant où Luther Driggers promène ses mouches dans le film d’Eastwood. A cette occasion, il lui avait assuré qu’elle tiendrait un rôle mineur dans le Livre; il se contenterait de mentionner une anecdote qu’elle-même lui avait racontée et qui lui paraissait savoureuse. 

A l’époque où il avait fait sa connaissance, Nancy Hillis vivait à St-Simons (et non à Waycross, comme il l’écrit dans le Livre). Elle avait, alors, un emploi du temps chargé – enfants, ménage, un petit boulot dans une agence immobilière et un autre dans une boutique. En outre, six fois par semaine, elle prenait la route pour se produire à Savannah. Nancy Hillis était une chanteuse de Dixieland appréciée dans la région; son morceau fétiche s’intitulait Hard Hearted Hannah, the Vamp of Savannah; ses fans l’avaient dès lors surnommée «la vamp de Savannah»: «Si pour vous, une vamp est une femme forte et bien dans sa peau, alors je suis une Vamp avec un V majuscule», écrit-elle dans son autobiographie. Entre St-Simons et Savannah, il y avait une heure trente de route. Berendt avait suggéré que cette navette devait être lassante à la longue. Nancy lui avait assuré qu’il n’en était rien; ce temps lui permettait, au contraire, de se faire les ongles. Devant la stupeur de l’auteur, elle avait déclaré qu’il n’y avait rien de difficile à cela. Juste un coup à attraper et… conduire avec les genoux. D’ailleurs, avant de se faire les ongles, elle se maquillait et se coiffait, or son maquillage comme sa coiffure étaient de savantes compositions. Berendt n’était pas le seul que la conduite de Nancy avait interloqué. Un camionneur avait abordé la dame alors qu’elle s’était arrêtée à une station d’essence pour faire le plein. Depuis trois quarts d’heure, il la suivait et avait eu tout loisir de la voir jongler avec ses pinceaux, ses brosses et son vernis. Mais ce qui l’avait stupéfié plus encore avait été de constater la présence d’une télévision allumée sur le siège passager. L’histoire avait plu à John Berendt et il voulait l’inclure dans son livre. Chez Clary’s, il avait assuré Nancy que sa présence dans le Livre se limiterait à cette seule anecdote. Au terme de leur déjeuner, celle-ci avait capitulé à condition qu’il ne mentionne pas son nom mais l’appelle… «Mandy Nichols» (Mandy, en référence à la chanson de Barry Manilow, qu’elle adorait, et Nichols en hommage à son père qui se prénommait Nick). Fort de l’autorisation qu’il était venu chercher, Berendt avait demandé à Nancy de signer un document par lequel elle s’engageait à ne pas lui intenter de procès – une précaution imposée par son avocat, mais qui ne portait pas à conséquence, précisa-t-il. Nancy avait signé. Malheureusement, John Berendt n’allait pas respecter sa parole. Mandy Nichols serait un personnage omniprésent dans le Livre et plus encore dans le film d’Eastwood. Berendt eut beau lui expliquer que les lecteurs aimaient Mandy, Nancy acceptait mal le rôle qu’il lui faisait jouer. Malheureusement, elle avait les pieds et les poings liés par le papier qu’elle avait eu la naïveté de signer.

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