Le boom du marché aux bébés (4/4)

Dans Mirage gay à Tel Aviv, Jean Stern met en lumière la stratégie élaborée par Israël autour de la communauté gay pour redorer le blason de l'Etat hébreux. Dernier chapitre de la série, consacré au business qui gravite autour de l'adoption d'un enfant chez les homosexuels.

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Peinture représentant un couple homosexuel et ses enfants.© Iloveart-Iloveart

Après les couleurs arc-en-ciel, voici les couleurs rose et bleu layette. Après les salades à la fleur de lotus, les biberons vegan. Après les vélos électriques, les poussettes autopropulsées. Après les trips uro, les couches culottes. Après l’exportation du gay-friendly, l’importation de poupons. Plus que jamais aux avant-postes du libéralisme débridé et de la gaytitude occidentale, les gays de Tel Aviv ont investi, toujours à coups de millions de dollars, de nouveaux terrains de jeux: les maternités et les crèches. 

Le «baby boom gay» en Israël, sans équivalent dans un autre pays par son ampleur, représente depuis 2010 plus de 10’000 naissances pour les lesbiennes et 5’000 pour les hommes. «C’est la dernière étape vers l’égalité, s’enthousiasme Gal Uchovsky. Tout le monde n’est pas Oscar Wilde ou Jean Genet. Les gays aspirent à avoir des enfants, à fonder une famille, à mener une vie régulière, et c’est une bonne chose.» 

Hum. Bonne chose que l’explosion de ce marché aux bébés, car pour élever des enfants, les gays se sont tout simplement mis à en acheter? Bonne chose que ce «monde normal», qui réjouit l’ex-activiste, où les nouveau-nés sont une matière première, avec ses zones de production le plus souvent dans des pays du Sud, ses tarifs soumis à des variations saisonnières et géopolitiques?

Pour un Israélien, l’achat d’un enfant en 2017 coûte au minimum plusieurs dizaines de milliers de dollars, selon l’origine de sa mère, de la Népalaise bon marché à la Californienne coûteuse. Les sommes rondelettes mises en jeu par le nouveau tropisme familial des gays de Tel Aviv font hurler une amie lesbienne. «Les pédés réacs et friqués veulent à tout prix des enfants pour offrir des trophées à Israël, s’indigne Myriam. Personne ne songe à adopter gratuitement un orphelin de Gaza, cela ferait mauvais genre…»

Certes, ces quelques milliers de nouveau-nés ne changent pas la donne démographique, comparés aux 170’000 naissances annuelles en Israël, dont 40’000 de mères arabes, et aux 180’000 naissances à Gaza et dans les territoires occupés. Mais en Israël, pays de sept millions d’habitants où le taux de fécondité est plus fréquemment commenté que celui du chômage, leur apport est significatif. En effet, toutes sortes de projections et de rapports assurent que si la croissance démographique juive ne s’accélère pas, il y aura plus d’Arabes que de Juifs en Israël-Palestine avant le milieu du siècle.

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