Sept Logo

www.sept.info/es/philippines-journalistes

Regresar

Les journalistes philippins en danger de mort

Les Philippines sont parmi les pays les plus dangereux au monde pour les journalistes.   © Alan Levine

Aux Philippines, des présentateurs radio risquent leur vie pour combattre la corruption qui gangrène le pays. Quitte à se corrompre eux-mêmes.

 21 minutes de lecture

Alors qu’Elgin Damasco termine son émission de radio, ses gardes du corps s’empressent de le faire sortir du studio fortifié pour l’escorter jusqu’à sa voiture. Ils le conduisent ensuite à travers les rues couvertes de feuilles de Puerto Princesa, la capitale de la province de Palawan, à l’ouest des Philippines, et le raccompagnent chez lui. Là, il restera tapi jusqu’au lendemain matin. Il a été alerté par la police que des hommes surveillent sa maison. «Je ne peux même pas me rendre librement au supermarché», me confie Damasco. Entre les murs en parpaing de son studio d’enregistrement, cet homme au visage angélique de 32 ans se sent en sécurité. Sa voix retentissante est reliée au plus puissant transmetteur de l’île de Palawan. Il se charge «de défendre les faibles et de dénoncer la corruption», comme l’indique sa station de radio. De 16 h à 17 h 30 tous les jours de la semaine, personne ne peut le faire taire. En cette année 2015 comme à l’hiver 2014, il s’en prend à Edward Hagedorn, qui a été maire de Puerto Princesa pendant près de 20 ans. En 2002, il a battu son successeur et s’est assuré neuf années supplémentaires à la tête de la ville, après quoi il a tenté de faire élire son épouse. Mais son adjoint – qui est également le beau-frère de son épouse – a soudain décidé qu’il voulait devenir maire à son tour, dans l’un de ces retournements de situation caractéristiques de la sphère politique philippine. A la surprise de tous, il a gagné l’élection de 2013.

Les supporters d’Hagedorn essaient de battre le nouveau maire. Mais aucune bataille politique n’est complète aux Philippines sans une guerre radiophonique. Pour Damasco, la tentative de retour d’Hagedorn est un signe évident de corruption. «Nous avons besoin d’un changement, aime-t-il répéter. Il est impératif que nous changions.» Assis à son bureau, son visage presque entièrement caché par un énorme microphone, il ponctue son long monologue de statistiques tirées d’un tas de dépositions et d’audits placé devant lui. Il accuse la famille Hagedorn de détournement, de vol de terres et de meurtres. Sa parole a pesé, lors d’un débat récent pendant lequel un prêtre est passé du côté du maire en poste. «Les chiens d’Hagedorn veulent que nous les croyons eux plutôt que le serviteur de l’église et de Dieu». Damasco a des raisons d’avoir peur. Les Philippines sont parmi les pays les plus dangereux au monde pour les journalistes. Selon la façon dont vous faites le compte, seuls la Syrie, l’Irak et la Somalie sont plus mortels. Le Centre pour la liberté et la responsabilité de la presse (CMFR) assure qu’au moins 168 journalistes y ont été tués depuis 1986, date à laquelle la dictature de Marcos est tombée et a laissé la place à la démocratie. Près de la moitié des victimes étaient des animateurs radio indépendants comme Damasco. Au moment où il a commencé à prendre la parole contre Hagedorn, les meurtres ont pris la forme d’un rituel. Un journaliste radio quitte son studio, deux hommes en moto passent à sa hauteur, le passager tire, le journaliste tombe, la moto s’enfuit. Et la personne qui a engagé le tueur s’en sort impunément. En 2011, un tireur a tué l’homme que Damasco remplaçait, «Doc» Gerry Ortega, qui avait utilisé son micro pour faire tomber la dynastie régissant l’île. Alors que la voix de Damasco plane sur Puerto Princesa, Ortega hante le studio, comme un souvenir du pouvoir et du danger inhérents à son travail. A la fin de son émission, une heure et demie de commentaires presque ininterrompus, Damasco s’affale sur le canapé du studio, transpirant dans son sweat-shirt malgré l’air conditionné bloqué au maximum. Ses gardes du corps attendent à l’extérieur. «La prochaine fois que vous entendrez parler de moi, je serai peut-être mort», me dit Damasco avec une fierté morose. Puis il rit à gorge déployée.

Saul Elbein

por Saul Elbein

Saul Elbein es un periodista freelance originario de Texas. Cubre temas relacionados con los recursos naturales, la energía, el clima y la política para publicaciones prestigiosas como The New York Times Magazine, National Geographic, Rolling Stone, Texas Observer y Foreign Policy. Ganador de becas del Pulitzer Center, ha documentado proyectos internacionales, especialmente sobre la ideología terrorista y los derechos de tierras indígenas.

La continuación de esta historia es de pago.

Suscríbete

Y disfruta de acceso ilimitado al sitio por solo USD 5,90 /mes.

¿Ya tienes una suscripción? ¡Inicia sesión!
Ver nuestras suscripciones

Compra este artículo

Desde 2 dollars, fija tú mismo el precio para acceder a este relato y apóyanos sin ningún compromiso.

Pago rápido y seguro con Stripe

iniciar sesión antes de continuar

¿Ya estás suscrito?

Inicia sesión para acceder a este contenido.

Todos los hashtags

Suscríbete a nuestros boletines

Suscríbete a nuestros boletines y lee un extracto gratuito de nuestras historias cuando se publiquen en línea. También mantente informado sobre la publicación de cada uno de nuestros mooks y libros.

Nuestros socios

Union des éditeurs de voyage indépendants

Union des éditeurs de voyage indépendants

Los mejores editores de viajes del mundo

Association Films Plans-Fixes

Association Films Plans-Fixes

Realización de retratos filmados de personalidades conocidas o no de Suiza romanda

Le Livre sur la Place

Le Livre sur la Place

Principal festival literario de la rentrée que se celebra en Nancy

Fondation Aventinus

Fondation Aventinus

Apoya la diversidad mediática en Suiza romanda

Baiutti

Baiutti

El constructor contemporáneo

BCF

BCF

El banco cantonal de Friburgo

Canton de Fribourg

Canton de Fribourg

La cultura al servicio de los Fribourgeois

Canton de Vaud

Canton de Vaud

La cultura al servicio de los Vaudois

DIMAB

DIMAB

Su socio BMW, MINI y ALPINA para Vaud, Valais y Fribourg

Events Sugiez

Events Sugiez

Creador de espacios de fiestas

Fondation Fabrizio Calvi

Fondation Fabrizio Calvi

Promover el periodismo de investigación

Fondation Jan Michalski

Fondation Jan Michalski

Para la escritura y la literatura

Fotostiftung Schweiz

Fotostiftung Schweiz

Preservar el patrimonio fotográfico suizo

Histoire et cité

Histoire et cité

Festival romando que cuestiona los desafíos históricos contemporáneos

InForm

InForm

Asociación dedicada a la inteligencia informacional

Journal La Motta

Journal La Motta

Descubrir cada verano Friburgo, de otra manera

Keystone-ATS

Keystone-ATS

La agencia de prensa suiza

Kompreno

Kompreno

Lo mejor del periodismo europeo

La nuit de la photo

La nuit de la photo

La Chaux-de-Fonds defiende la fotografía

La Semeuse

La Semeuse

Café tostado a 1000 metros de altitud

Les Journées photographiques de Bienne

Les Journées photographiques de Bienne

Festival que explora nuevas perspectivas de la imagen

Morand Constructions Métalliques

Morand Constructions Métalliques

Los expertos en metal desde 1899

Musée gruérien

Musée gruérien

Museo dedicado a la cultura y la historia de Gruyère

OLF

OLF

Oficina del Libro de Friburgo

OIKOS & CO SA

OIKOS & CO SA

Consultoría en financiamientos especiales

Photo Basel

Photo Basel

Feria de arte dedicada a la fotografía

Photo Elysée

Photo Elysée

Museo cantonal Vaudois para la fotografía

Raboud Group

Raboud Group

Diseño de interiores con sede en Bulle

CO 2

CO 2

Temporada cultural CO2 de la Gruyère

Rollin

Rollin

Agencia de desarrollo web

TBB

TBB

Escena cultural principal de Yverdon-les-Bains

Vigousse

Vigousse

Semanario satírico suizo de habla francesa

Ville de Lausanne

Ville de Lausanne

Servicio de biblioteca y archivos

Payot libraire

Payot libraire

Gran librería suiza, independiente y comprometida, en el corazón de la vida cultural romanda