Avec La rue – Die Strasse, c’est un premier ouvrage sans prétention et regorgeant de trésors que proposent les Editions La Sarine dans le cadre de Regards retrouvés. Ce réseau constitué de la Bibliothèque cantonale et universitaire de Fribourg (BCU), du Musée gruérien, de la plate-forme (participative et romande) notrehistoire.ch et des journaux locaux s’est donné pour tâche de mettre en valeur les clichés, amassés au fil du temps, qui retracent la vie en société dans le canton de Fribourg. Le premier ouvrage de la série, qui couvre chaque décennie depuis 1856, propose ainsi 120 images, reproductions de cartes postales anciennes, clichés de photographes chevronnés et publiés dans la presse, mais aussi de jolies trouvailles d’amateurs. Nous nous sommes entretenus avec le responsable éditorial du projet, Christophe Dutoit, photographe, qui a eu carte blanche pour sélectionner les images.
Pourquoi ce livre?
Ces dernières années, quantité d’images ont été numérisées par les institutions, pour des expositions par exemple, sans être retenues. Les archives de négatifs dans les musées ne sont pas accessibles au public. Nous nous sommes rendu compte que même avec l’accessibilité des photographies sur le net, les gens restent très demandeurs d’images imprimées sur le papier. Sur un site, une image en chasse une autre, alors que le papier permet de fixer l’image et d’y revenir. Le foisonnement d’images disponibles nous a donné l’idée de leur redonner vie dans des ouvrages thématiques, comme des écrins.
Pourquoi la rue?
C’était une évidence. Après tout, c’est là que s’est d’abord inventée la photographie. La première image connue est celle du «Boulevard du Temple» prise par Louis Daguerre (en 1838, ndlr). La rue, c’est la matière première de la photographie. Il s’y déroule tant de choses, et elle permet vraiment de voir l’évolution du temps. Cela nous permettait également de ne pas nous concentrer sur la seule ville de Fribourg.
Les fonds dont dispose le canton sont-ils très importants?
Savez-vous qu’on retrouve un photographe professionnel sur Fribourg dès 1863? Ce projet permet effectivement de redécouvrir la richesse et la qualité de la bonne trentaine de fonds photographiques du canton, avec 30’000 à 35’000 images accessibles. Je pense au travail extraordinaire d’Albert Ramstein, à la dynastie Lorson ou à Prosper Macherel. Et ce travail d’archivage est loin d’être terminé. Pour l’histoire récente, on a évidemment les archives de La Liberté, des Freiburger Nachrichten et de La Gruyère. L’image d’aujourd’hui est le passé de demain.
L’ouvrage met également en lumière des photos prises par des amateurs.
C’est étonnant de voir qui pratiquait la photographie. Un buraliste postal, par exemple, faisait de la photo et de la menuiserie pour arrondir les fins de mois. On a également des images d’un maître tailleur. Toutes les images amateur ne sont pas bonnes, bien sûr, mais qu’est-ce qui fait une bonne image? Certaines se suffisent à elles-mêmes, mais pour d’autres, leur valeur documentaire justifie leur sélection. Il existe certainement des fonds dans les greniers qui n’ont pour leurs propriétaires qu’une valeur sentimentale, alors qu’on y trouve des perles. Peut-être notre démarche incitera-t-elle les particuliers à y faire attention.
J’imagine que le choix n’a pas été facile.
J’ai vraiment fait un mélange, en m’appuyant sur des thématiques comme l’enfance, l’armée ou les défilés pour que l’ensemble soit agréable. Les gens sont friands d’images rétro, mais il ne fallait pas que la nostalgie prenne toute la place. J’ai voulu montrer l’éclectisme et la diversité des regards. Il a fallu faire des choix douloureux, comme sacrifier de très belles images du maître qu’est Jacques Thévoz.