Henriette Chapuisat: «Si nous bougions un cil, elle nous battait.»
Henriette Chapuisat, qui est née en 1956, a grandi dans le chaos: une mère volage, un père désavoué, l’abandon et très vite les placements. Enfant, elle connaît la faim, les humiliations et la violence dans des familles d’accueil où l’on exploite ses bras plus que son sourire. A Chardonne, battue pour un simple clignement d’yeux, privée de repas et contrainte aux travaux des champs, elle apprend à se taire et à survivre. Quelques rares instants de tendresse éclairent ce parcours, mais la promesse qu’elle se fait est claire: ne jamais reproduire le schéma maternel. Elle se hisse à force de volonté, brille aux examens, travaille comme aide hospitalière, puis fonde une famille qu’elle construit malgré ses peurs. Les séquelles demeurent, marquant aussi ses enfants, mais la reconnaissance officielle de son passé et leur soutien l’aident à se relever. A 60 ans, elle ose célébrer pour la première fois son propre anniversaire: un geste simple, réparateur, qui dit sa résilience. C’est en 2021 qu’elle se confie à Louise Monnard alors étudiante à l’Ecole supérieure de bande dessinée et d’illustration de Genève.