«Je fus l’un de ces 100’000.»
Je n’avais que quelques années lorsque l’État m’a arraché à ma famille, au cœur des tourments de la Seconde Guerre mondiale. De la rue de la Ferme, où commençaient mes souvenirs d’enfance, aux orphelinats où l’on prétendait me remettre sur le « droit chemin », j’ai traversé la violence silencieuse des placements forcés qui ont brisé plus de 100’000 vies en Suisse. Entre l’absence de mes parents, la solitude, l’exil et la honte, cette enfance confisquée a façonné l’homme que je suis devenu. Aujourd’hui encore, huit décennies plus tard, j’en porte les cicatrices.