Ecrire sur le courage représente aujourd’hui un singulier défi. Conçu comme un « appel aux âmes », Allez, courage ! Petit traité de l’ardeur convoque écrivains, ermites et voyageurs pour ausculter un concept étrange, dont nous avions fini par perdre la trace dans les sillons de l’ennui et les introspections autocentrées des écrans.
Que reste-t-il, dès lors, de la notion d’ardeur ? Blanche de Richemont décline cette noblesse d’esprit en déshérence dans les chaumières du monde moderne. Le courage, « puissance qui nous élève » et qui manque cruellement à notre époque, tout comme son corollaire, l’ardeur, s’accompagne presque toujours d’un « arrachement au confort ». Curieuse antichambre de la paix intérieure, il ouvre pourtant sur la liberté. Et si cette passion, contraire à la raison, n’était pas tout simplement le fruit d’une soif de poésie ?
Loin d’une exigence de frugalité, de sœur Catherine redescendue de sa montagne de solitude à Soljenitsyne inquiet du manque d’idéal en Occident, en passant par le médecin Gaspard qui marie peur et ardeur en mission, cet essai vivifiant appelle à de nouveaux souffles, du cœur comme du corps, quitte à solliciter le sens du devoir, concept désormais voué aux gémonies. Voyageuse du désert en quête d’oasis perpétuelles, Blanche de Richemont plaide pour un enthousiasme retrouvé, pilier de notre vie intérieure. Un bréviaire salutaire qui ragaillardit par les temps qui courent.
De l’ardeur à la Légion d’honneur, il n’y a qu’un pas, que franchissent les candidats à la médaille avec fougue – et souvent avec orgueil, comme le rappelle Alfred de Musset, lui-même récipiendaire en 1857. Créée en 1802 par Bonaparte, Premier consul – « C’est avec des hochets que l’on mène les hommes ! » clamait-il –, l’institution n’a cessé de susciter convoitises et passions.
Journaliste au Point, Romain Gubert excelle dans l’autopsie de cette obsession très française et de ce corps à part, riche de deux millions de membres, dont 80 000 encore en vie, récompensés pour « mérites éminents » et parfois à titre posthume. Mérites éminents ? Pas toujours. Dans la longue liste des légionnaires se trouvent aussi des corrompus, des agents au service de l’étranger, des fraudeurs du fisc, des tyrans et dictateurs.
Le peuple des médaillés – non pas l’élite, mais la grande majorité des valeureux de la République – marie personnages flamboyants et grenadiers-voltigeurs déchus. Le livre mêle enquête journalistique et essai sociologique, non sans humour. Garant de l’ordre moral, le général Puga, grand chancelier de la Légion d’honneur, veille discrètement au grain, quitte à destituer certains, dans la droite lignée des premiers jours où les décorés revenaient quasi tous du champ de bataille – « Tout hussard qui n’est pas mort à trente ans est un jean-foutre ! » tonnait le général Lassalle.
Plonger dans les arcanes de la plus haute décoration française revient à se lancer dans une étude des mœurs contemporaines – mariage de « sentiments élevés et de passions basses », comme l’estimait déjà un rapport de 1890. La décoration est une comédie humaine des temps modernes, avec ses braves et ses collabos, ses grandeurs et ses décadences, qui éclaire aussi le destin des vrais héros de notre temps.