C’est sans doute parce qu’il part d’un événement réel que Phantastica, ces substances interdites qui guérissent, le livre de Stéphanie Chayet, dépasse le simple document auquel une édition paresseuse nous habitue trop souvent. Comme elle le raconte en introduction, cette journaliste française, installée depuis vingt ans à New York, a été atteinte d’un cancer du sein. Ayant lu que certains psychédéliques pouvaient adoucir l’épreuve de la chimiothérapie, elle commande — au dealer le mieux noté du web profond — une petite quantité de champignons hallucinogènes, payable en bitcoins. Quelques jours plus tard, une jeune coursière les lui apporte à domicile.
De cette expérience naît une enquête passionnante, vivante, riche en rencontres et en portraits, sur le retour aux États-Unis — cinquante ans après Woodstock — des drogues psychédéliques, ou phantastica, désormais expérimentées en laboratoire avec la bénédiction de la FDA. Au premier rang de ces substances : le LSD, découvert par le Suisse Albert Hofmann, mort en 2008 à l’âge canonique de 102 ans.
Stéphanie Chayet cite d’ailleurs la lettre qu’un an avant sa mort, le vieux chimiste adressa à Steve Jobs pour lui demander de financer la recherche sur le LSD thérapeutique : « D’après les médias, le LSD vous a été utile pour le développement des ordinateurs Apple et votre propre quête spirituelle, et je serais curieux de savoir en quoi… J’espère que vous m’aiderez à transformer mon enfant terrible en enfant prodige. »
Jobs ne donnera jamais suite.
Le livre montre comment ces recherches psychopharmacologiques — destinées à traiter la dépression, les addictions ou encore à adoucir l’approche de la mort — sont aujourd’hui largement financées par les nouveaux milliardaires de la Silicon Valley. Chayet retrace l’histoire et l’actualité des champignons hallucinogènes, du LSD, mais aussi de la liane sacrée : l’ayahuasca. Autour de ce breuvage chamanique s’est développé un véritable tourisme spirituel en Amazonie. Parmi celles et ceux qui l’ont tenté : la romancière belge Amélie Nothomb, qui en a tiré un livre que son éditeur, Albin Michel, a refusé de publier…
Parce qu’elle est française, Stéphanie Chayet clôt son ouvrage sur le retard quasi obscurantiste de la France en matière de psychédéliques thérapeutiques, un retard d’autant plus criant que des pays comme l’Espagne, l’Italie et, bien sûr, la Suisse ont pris une longueur d’avance.