Sylvain Tesson arrive à Zermatt le 29 mars 2019. L’écrivain-géographe traverse alors les Alpes par les sommets, de Menton à Trieste. Skis de randonnée aux pieds. Guidé par son ami Daniel du Lac. Accompagné par Philippe Removille, un skieur solitaire qui va les accompagner dans leur périple alpin de quatre ans.
Tesson, donc, débarque à Praborgne, comme on l’appelait en français il y a fort longtemps, après avoir descendu « un labyrinthe de crevasses », écrit-il, et s’être pris pour un petit personnage « en pâte d’amande de pièces montées » qui se serait animé « dans les meringues ».
L’auteur à succès français et aventurier à ses heures remarque que l’endroit est un « village impeccable » avec ses « chalets sombres, ses zones piétonnes, ses pavements, son mobilier au cordeau, ses villageois à quatre épingles ». Un rien cliché, mais n’est-ce pas finalement « Dieu (qui est Suisse) » qui a créé la « perfection suisse », demande, décidément très taquin, l’explorateur de la poudreuse, à laquelle il consacre son dernier ouvrage sobrement intitulé Blanc.
Tesson poursuit son récit et nous raconte qu’il va alors, avec ses camarades de balade, s’incliner sur la tombe d’Edward Whymper, « le plus grand alpiniste du XIXe siècle ». « De tous les temps peut-être », ajoute-t-il en relevant que « dans les années 1860, il avait été le premier à escalader les Grandes Jorasses, l’aiguille Verte, les Écrins, le Cervin où il avait trouvé la mort ».
Lors de ma première lecture, je peux vous l’avouer, j’étais passé totalement à côté. La prose de Tesson, l’envolée lyrique, les figures de style, les trucs et astuces d’un écrivain de talent ont bouché mon regard critique aussi sûrement que la vue sur le Matterhorn les jours de tempête dans la vallée de Saint-Nicolas.
Et un soir, comme ça, allez savoir d’ailleurs pourquoi, j’ai eu une révélation : non, Whymper, cet aventurier né à Londres, n’est pas mort au Cervin ! Encore faut-il que je le confirme. Pour en avoir le cœur net, j’écris à l’Office du tourisme de Zermatt qui me renvoie vers le musée local où le directeur m’indique en deux lignes que l’alpiniste anglais, qui a 25 ans en 1865 lorsqu’il conquiert le Matterhorn, n’y a pas fait de chute mortelle, qu’il est décédé en 1911 et que sa tombe ne se trouve pas à Zermatt, mais à… Chamonix.
Mazette, confondre Zermatt et Chamonix, tuer Whymper avec 46 ans d’avance, et, cerise sur le Toblerone, affirmer que le Cervin est une montagne suisse alors que nous la partageons avec nos voisins italiens : voilà quelques blancs qu’un travail de vérification des faits aurait détectés en quelques minutes. Mais est-ce que Tesson, qu’on aime bien au demeurant, et son éditeur voulaient tester notre culture générale en glissant des blancs dans Blanc ?
Allez savoir…