J'ai observé l'Histoire de près (1/9)
Je n’ai jamais cherché à donner à ma carrière l’allure d’une épopée. Je n’ai été ni le confident d’un dictateur ni l’artisan d’un tournant historique. Mais, de l’Amérique centrale en guerre à l’Unesco en mutation, de Berne en réorganisation à Londres au moment de Tony Blair, de la Genève internationale à la France de Jacques Chirac, j’ai traversé près de trente ans de diplomatie suisse en observant, en analysant, en racontant. Ce métier, que je considère comme un artisanat, m’a conduit des missions spéciales aux bons offices, des lettres de créance aux couloirs feutrés où se jouent parfois les relations entre États. Dans ce texte, je reviens sur ces années de terrain, de crises, de transitions et d’apprentissages, en tentant de dévoiler ce qu’est réellement une vie diplomatique.
Une mystérieuse ambassade
Anne Bonny parle depuis une cellule, enceinte, enchaînée, promise à la potence. Face à elle, le capitaine Charles Johnson, un homme venu écrire l’histoire des pirates. Entre eux, une négociation tendue : qui racontera quoi, et au nom de quelle vérité ? Dans ce huis clos crépusculaire, la légende vacille et une voix se lève, rugueuse, lucide, indocile.
Blaise Cendrars... et moi
J’embarque pour échapper à l’enracinement, pour dissoudre ce qui me fixe et reprendre langue avec le mouvement. Dans le sillage de Blaise Cendrars, dont les carnets de navigation ont ouvert la voie il y a un siècle, je fais de la mer un territoire mental, un espace d’effacement et de recommencement. Cette traversée n’est ni un hommage ni un pèlerinage, mais une mise à l’épreuve du voyage comme nécessité vitale, de l’écriture comme manière de tenir la barre et de disparaître entre ciel et eau pour mieux se réinventer.
Henriette Chapuisat: «Si nous bougions un cil, elle nous battait.»
Henriette Chapuisat, qui est née en 1956, a grandi dans le chaos: une mère volage, un père désavoué, l’abandon et très vite les placements. Enfant, elle connaît la faim, les humiliations et la violence dans des familles d’accueil où l’on exploite ses bras plus que son sourire. A Chardonne, battue pour un simple clignement d’yeux, privée de repas et contrainte aux travaux des champs, elle apprend à se taire et à survivre. Quelques rares instants de tendresse éclairent ce parcours, mais la promesse qu’elle se fait est claire: ne jamais reproduire le schéma maternel. Elle se hisse à force de volonté, brille aux examens, travaille comme aide hospitalière, puis fonde une famille qu’elle construit malgré ses peurs. Les séquelles demeurent, marquant aussi ses enfants, mais la reconnaissance officielle de son passé et leur soutien l’aident à se relever. A 60 ans, elle ose célébrer pour la première fois son propre anniversaire: un geste simple, réparateur, qui dit sa résilience. C’est en 2021 qu’elle se confie à Louise Monnard alors étudiante à l’Ecole supérieure de bande dessinée et d’illustration de Genève.
Alain Meylan: «Le passé, il est ce qu’il est.»
Placée sous le signe de la maltraitance et de l’abandon, l’enfance d’Alain Meylan a été une succession de coups, d’humiliations et de privations. Arraché à ses parents instables et confié à une ferme, il y découvre la violence quotidienne, les punitions sadiques, l’indifférence des voisins et le mépris des autorités. Devenu adolescent, il affronte un père dépressif et brutal, avant de s’en libérer au prix d’épreuves extrêmes. Ces blessures, inscrites dans son corps et son esprit, l’accompagnent toute sa vie, mais ne l’empêchent pas de choisir le pardon. Alain se reconstruit en fondant sa propre famille, en s’engageant dans l’évangélisme et en consacrant son énergie aux plus fragiles. Son parcours témoigne d’une incroyable résilience: rendre le bien pour le mal et donner à d’autres ce qu’il n’a jamais reçu, l’amour, la dignité et la reconnaissance. C’est en 2021 qu’il se confie à Max Chamey, alors étudiant à l’Ecole Supérieure de bande dessinée et d’illustration de Genève.
«Je n’imagine qu’une seule manière de sortir de cet enfer, mettre fin à mes jours.»
Arrachée à son enfance par la guerre et la violence, Sigrid Bieri a traversé les ténèbres de l’Allemagne bombardée et des orphelinats suisses avant de trouver, dans la musique et la foi, une forme de paix intérieure.
«Pendant que les camarades de mon âge sont à l’école, je trime dans les champs.»
Arraché trop tôt à son enfance, Irénée Pache fait partie de ces milliers d’enfants fribourgeois envoyés dans les fermes après la guerre pour servir de main-d’œuvre bon marché. Né en 1945, il découvre très jeune la dureté du travail et l’absence de douceur. Devenu adulte, puis surveillant de musée à Genève, il n’a jamais oublié ces années volées. Son témoignage, simple et bouleversant, éclaire le destin d’une génération d’enfants placés dont l’avenir s’est souvent perdu dans le silence.
«Je fus l’un de ces 100’000.»
Je n’avais que quelques années lorsque l’État m’a arraché à ma famille, au cœur des tourments de la Seconde Guerre mondiale. De la rue de la Ferme, où commençaient mes souvenirs d’enfance, aux orphelinats où l’on prétendait me remettre sur le « droit chemin », j’ai traversé la violence silencieuse des placements forcés qui ont brisé plus de 100’000 vies en Suisse. Entre l’absence de mes parents, la solitude, l’exil et la honte, cette enfance confisquée a façonné l’homme que je suis devenu. Aujourd’hui encore, huit décennies plus tard, j’en porte les cicatrices.
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