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Le Ghana a d’immenses réserves d’eau, mais pas pour les Ghanéens

Le fleuve Volta et le pont Adome.  © Nora Morgan

Alors que le Ghana est doté du plus grand réservoir d’eau douce du monde, ses habitants doivent boire de l’eau en sachet, faute d'infrastructures d'approvisionnement et d'assainissement.

 30 minutes de lecture

Quand Johnnie Water allait à l’école, dans la région de la Volta au Ghana, lui et ses camarades de classe devaient se rendre chaque matin à la rivière et ramener au moins deux seaux d’eau chacun pour remplir le réservoir de l’école. Lorsqu’il était un tout jeune homme, l’eau ne coulait qu’en de rares occasions dans la maison qu’il partageait avec son frère. La nuit, ils laissaient un seau sous le robinet ouvert et dès qu’ils entendaient l’écho des gouttes qui frappaient le fond plat, ils se levaient en hâte pour ne pas manquer les quelques heures où l’eau était disponible. Dans la maison où Johnnie habite aujourd’hui à Accra, la capitale ghanéenne, l’eau ne manque pas, mais la moindre goutte est acheminée en camion par une grande entreprise – une opération terriblement coûteuse. Comme bon nombre de ses concitoyens, Johnnie a été toute sa vie à la poursuite de l’eau.

Johnnie Water a vécu en Tunisie, en Belgique et au Canada, où il travaillait en tant que consultant international. Il est rentré en 2014 au Ghana, le pays qui l’a vu naître et où il a grandi.  A présent, il peut rendre visite à sa mère régulièrement, parler twi (ou tchi, dialecte akan parlé au Ghana, principalement par le peuple ashanti) avec ses compatriotes et s’investir dans la vie de son pays d’origine. «Quand je reviens ici après un voyage, me dit-il alors que nous nous rendons à son bureau en empruntant une route cahoteuse, et que je vois l’humilité des gens, je me dis que tout n’est pas encore perdu.» Au lieu d’investir dans des banques ghanéennes au cours imprévisible, ou bien d’acheter une boutique ou un lopin de terre, Johnnie Water a décidé de placer son argent dans un produit pour lequel il y aura toujours de la demande: l’eau. «Au Ghana, il y a très peu de domaines commerciaux où on ne risque pas de se faire escroquer.» L’eau n’échappe pas à la règle. Si l’eau est l’élixir de la vie humaine, la seule boisson dont nous ne pouvons nous passer, elle est aussi une cause de mortalité dans de nombreux pays. D'après l’Organisation mondiale de la santé (OMS), près de deux millions de personnes dans le monde boivent encore de l’eau contaminée par des déjections. L’eau tue chaque année 500’000 personnes, qui succombent à des maladies telles que le choléra, la dysenterie, la typhoïde ou la polio. Le nombre de personnes dans le monde ayant accès à une «source d’eau assainie» (non contaminée par des matières fécales) a augmenté de deux millions depuis 1990. Pourtant, l’Afrique subsaharienne conserve un retard considérable par rapport au reste du monde. Plus de 300 millions de personnes dans cette région continuent à boire de l’eau contaminée. Au Ghana, 3’000 enfants de moins de cinq ans meurent chaque année de maladies d’origine hydrique, transmises par l’eau contaminée ou par de mauvaises conditions d’hygiène. Une étude estime que, pour chaque année passée en milieu urbain au Ghana, les agents pathogènes présents dans l’eau potable réduisent l’espérance de vie saine de six mois. Même si le sources d’eau sont nombreuses, la majorité des Ghanéens n’ont pas accès à l’eau courante chez eux. Les infrastructures d’approvisionnement en eau dans le pays sont très loin de répondre à la demande. Les habitants doivent gérer leur temps, leur argent et leur santé pour déterminer à quelle source boire. Des millions d’entre eux choisissent de se procurer l’eau dans des sachets plastique de 500 ml, dont certains s’approvisionnent auprès de Johnnie Water.

Shaun Raviv

par Shaun Raviv

Shaun Raviv est journaliste indépendant, spécialisé dans la presse écrite et audio, installé à Atlanta. Il collabore notamment avec Wired, The Intercept, BuzzFeed, The Ringer, Smithsonian, Deadspin, Atlas Obscura, The Atlantic et le Washington Post.

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