Retrouvez ce récit dans Sept mook #52, Moi, Anne Bonny, femme d'abordage
Élisabeth Gillard a 59 ans en 2021 lorsqu’elle confie son histoire à Alexandra Ferrero, qui lui donne visage dans la bande dessinée qui suit. Elle ne sait plus si elle avait 8 ou 9 ans quand, placée avec son aînée et sa cadette dans une grande ferme fribourgeoise, elle a commencé à travailler: ménage, porcherie, bêtes, garde des enfants. Elle est traitée en servante. «Je n’avais pas de vêtements pour me changer. On ne me parlait pas sauf pour me donner des ordres. Je ne pouvais pas me laver, mais au moins, ils ne me frappaient pas.» Contrairement à sa mère dont la violence paralyse ses sœurs et son père, un homme plus âgé, chrétien, effacé. «À sept ans, j’ai commencé à lui rendre ses coups», explique Élisabeth. Peut-être est-ce la raison pour laquelle sa mère se débarrasse d’elle en la plaçant. Elle a beau se cacher après l’école, les deux fermières de l’exploitation la retrouvent toujours et la ramènent dans cette ferme où elle assiste encore et toujours à la pire des violences, celle des mères sur leurs propres enfants. «Vous n’imaginez pas le bruit que fait un coup donné de toutes ses forces sur un petit enfant. Je ne l’oublierai jamais.» Alors elle prend la faute des petits sur elle, dès qu’elle le peut. À 16 ans, elle fuit cette atmosphère. Un certificat fédéral de capacité d’aide-ménagère, puis le diplôme de palefrenière-écuyère à Genève, son rêve. Enfin, la lumière: le travail choisi, des amis, la rencontre avec un homme qui devient le père de ses deux enfants. Et les chevaux qui referment la blessure. «Les meilleures années de ma vie. Les chevaux m’ont guérie.»