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Remercier la Pachamama
© Angélique Mangon

Remercier la Pachamama

Je suis partie sur les routes d’Amérique du Sud avec un sac à dos, quelques carnets et une faim d’ailleurs. Pendant trois ans, j’ai traversé des frontières visibles et invisibles, partagé des tables familiales, des rituels, des peurs et des élans de grâce. En Argentine et en Bolivie, la Pachamama m’a appris à ralentir, à écouter la terre, à douter aussi. Ce récit est celui d’un voyage au long cours, fait de rencontres lumineuses, de vertiges, de violences inattendues et de moments suspendus où l’on ne sait plus très bien qui l’on est, sinon un corps en marche, attentif au monde.

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Avril 2017 — 7e mois

Hector, l’homme de la maison, est assis en bout de la table familiale. À sa droite, son épouse Clara a pris place à côté de leurs deux filles de 12 et 20 ans, Carolina et Gabriella. En face, deux volontaires argentins, Valentín et Mariano, sont venus travailler quelques semaines en échange du gîte et du couvert. Comme on me l’avait assuré, la famille m’accueille avec une grande bienveillance et m’invite à rester autant de temps que je le souhaite. Dans mon assiette fume une soupe de fèves dont l’odeur délicieuse me titille les narines. Je n’ose pas y plonger ma cuillère tant que le signal n’est pas donné. « Ici, on remercie la Pachamama avant chaque repas », précise le père de famille avant de poursuivre :

- Merci Pachamama pour ces aliments sains et bons, issus de ta terre. Merci d’être réunis ensemble pour partager cette bonne nourriture.

Puis il lève la tête et lance :

- Bon appétit à tous.

Après avoir avalé un exquis morceau de pastel de choclo, un gâteau de maïs typique du nord de l’Argentine et de Bolivie, j’en profite pour questionner Hector sur l’importance que revêt la Pachamama au sein de sa communauté.

- Depuis la colonisation, nous sommes officiellement catholiques, mais nous n’allons pas à la messe tous les dimanches. Nous adorons la Pachamama qui est pour nous une divinité à part. C’est elle qui nous donne tout et nous devons la remercier.

Pour cela, les communautés quechuas du nord de l’Argentine mais aussi de Bolivie et du Pérou célèbrent la Terre-Mère chaque année, le premier août.

Nous creusons un trou dans la terre et y mettons du maïs, des graines et des légumes pour lui redonner un peu de ce qu’elle nous offre.

-Et il y a aussi le carnaval ! lance Carolina, la cadette.

Du haut de ses douze ans, elle ne perd pas une miette de la conversation et nous jette des coups d’œil malicieux tout en recoiffant à plusieurs reprises sa longue chevelure brune.

-À cette occasion, nous célébrons également la Pachamama en nous réunissant au pied du churqui, un arbre centenaire, renchérit Gabriella.

-C’est plus important qu’un mariage ou un anniversaire, ajoute Hector.

Puis la conversation dévie sur le four solaire que le père de famille a installé au milieu de sa cour et qui permet de cuire les aliments avec la simple chaleur du soleil, intensifiée par une vitre de verre : « Tu mets le plat dedans, tu le laisses cuire tout seul et pendant ce temps-là tu peux faire autre chose! En plus, ce n’est pas comme le bois ou le charbon, c’est une énergie gratuite et qui ne provoque pas de fumée nocive pour la santé. » Ici, Hector, Clarita et leurs enfants vivent en quasi-autarcie grâce aux légumes qu’ils cultivent et au fromage produit avec le lait de leurs chèvres. La contribution que laissent les voyageurs de passage en échange du gîte et du couvert leur permet d’offrir des études à leurs enfants tout en vivant dans ce paisible coin de paradis. Sans cette source de revenus, ils seraient contraints d’abandonner leur terre pour partir en quête d’un travail souvent précaire en ville. De plus, un départ de la communauté pourrait entraîner la perte de leurs terres, car comme les Mapuches du Chili, Hector et Clara ne possèdent pas les titres de propriété correspondant à ces hectares hérités de leurs ancêtres. Hier, le père de famille est donc allé défendre ses droits lors d’une marche organisée avec les communautés voisines. « L’État souhaiterait vendre ce territoire à des Italiens ou des Espagnols afin de percevoir des impôts. Moi, je ne suis pas contre payer un impôt, du moment qu’on me reconnaît le droit de vivre ici en paix. »

Le lendemain matin, je retrouve Valentín et Mariano dans l’enclos des chèvres que nous sommes chargés de traire… à la main.

« Tu l’attrapes par les cornes et tu coinces sa patte droite entre tes jambes », m’explique Mariano tout en me démontrant son habileté à la tâche. C’est parti ! J’attrape facilement la première biquette qui se laisse traire sans broncher, mais les autres sont plus rebelles et nous devons faire preuve d’une certaine stratégie pour saisir la dernière, une vieille bique à l’énorme pis gonflé de lait qui se débat en nous envoyant des coups de pied bien placés. Nous rions si fort que Gabriella accourt pour s’assurer que tout va bien. Au bout d’une heure, nous avons enfin trait les douze chèvres. Piètre rendement! Heureusement que ma mère n’est pas là pour voir ça ! Elle se serait bien moquée de moi qui ai grandi au milieu d’un élevage de chèvres.

L’après-midi, nous grimpons dans les montagnes colorées avec un thermos d’eau chaude pour le maté et la coca. Si elle fait l’objet de conflits notamment en Colombie pour être la plante dont est extraite la cocaïne, la coca est avant tout une plante sacrée. Considérée comme étant la fille de la Pachamama et utilisée lors de cérémonies et de rituels, cette petite feuille ronde est mastiquée par les Sud-Américains depuis plus de 4’500 ans afin de lutter contre le mal d’altitude, couper la faim et provoquer un effet tonifiant. Avant de partir, Hector me montre comment coincer plusieurs feuilles entre ma joue et ma mâchoire. « Il ne faut pas les mâcher ! C’est simplement la salive qui permet de libérer les propriétés de la coca. » Je m’exécute et grimace en avalant ma salive devenue amère. Certaines communautés des Andes y ajoutent un adjuvant – de la pâte de chaux et des coquillages broyés – qui permet d’extraire les alcaloïdes de la plante et ainsi d’en accélérer l’effet. L’intérieur de ma joue et ma langue sont anesthésiés par le principe actif des feuilles.

Plus nous prenons de l’altitude, plus mes jambes s’alourdissent et mon souffle devient court. À près de 3’000 m. je coince de nouvelles feuilles de coca fraîches dans ma bouche pour lutter contre la nausée et le mal de tête. Deux heures plus tard, quand nous parvenons au sommet, la vue à 360° est à couper le souffle. Autour de nous, les sommets colorés s’étendent à perte de vue et, au loin, nous apercevons l’Hornocal, une chaîne de montagnes constituées de strates sédimentaires plissées qui se déclinent en une trentaine de nuances rouge, marron, jaune et verte. C’est le bijou de la Quebrada de Humahuaca, classée Patrimoine culturel et naturel de l’humanité par l’Unesco pour ses paysages de montagnes colorées.

Le soir, après avoir partagé une partie de cartes avec Carolina et ses yeux rieurs, nous improvisons un concert dans la chambre en pierre sans fenêtre de Valentín et Mariano. L’un frappe les cordes de sa guitare, l’autre la peau tendue d’un tambour tandis que je souffle d’une manière incertaine dans un mélodica, une sorte de petit piano à vent dont le fonctionnement s’apparente à celui d’un harmonica. À cet instant précis, j’ai l’impression de ne pas être « moi », ou en tout cas, pas la même « moi » qui ai quitté la France en octobre dernier. J’ai le sentiment de survoler cette scène de l’extérieur, comme un film qui se déroulerait sous mes yeux. Je cligne pour me réveiller. Pourtant je ne rêve pas. C’est bien moi qui suis en train de vivre ces moments exceptionnels. En sortant de la maisonnette pour rejoindre ma chambre, je lève les yeux vers le cosmos. Une étoile filante fend les cieux et j’exprime le vœu que ce bonheur dure toujours.

Avril 2017 — 7e mois

« Efface cette photo de moi ! Hija de puta ! »

Une grande femme blonde d’au moins un mètre quatre-vingt s’avance vers moi en hurlant :

—  Pourquoi tu as pris une photo de moi ? Hein??? Efface-la !!! 
J’essaie de lui expliquer que j’ai seulement pris une photo du panneau indiquant « Bolivie», mais je vois bien qu’elle ne m’écoute pas. Le poing levé, elle a le visage déformé par la colère et me crache au visage des mots pleins de haine :

— Tu ne passeras pas ici espèce d’Américaine ! Hija de puta !

Face à la rage de cette femme sortie de nulle part, je suis désemparée. Elle hurle de plus fort et s’approche en crachant sur le sol. Handicapée par le poids de mes sacs à dos, je ne sais que faire. J’essaie de traverser le petit pont qui sépare l’Argentine de la Bolivie, mais la femme se poste en face de moi et hurle à nouveau :

— Tu ne passeras pas je t’ai dit ! Et la photo hein? Efface-la !

Espèce d’Américaine ! Hija de puta !!!

Autour de nous, les gens traversent le pont, sans se soucier de ce qui m’arrive. J’ai peur qu’elle ne me frappe. Mon cœur bat la chamade et mes jambes se mettent à trembler. Je fais demi-tour et cours tant bien que mal vers le douanier argentin qui a tamponné mon passeport afin qu’il me vienne en aide. Il fait mine de ne pas me comprendre et fuit mon regard. Je cherche du soutien auprès des personnes postées autour de lui, mais tous m’observent avec le même air indifférent. J’insiste. C’est inutile, ils ne m’aideront pas. Sur le pont, la femme est toujours là. Dès qu’elle me voit, elle agite ses longs bras et se met à hurler de plus belle. J’hésite à retourner vers la douane lorsque trois Argentins baraqués s’avancent vers moi, prêts à traverser le pont. Ni une ni deux, je les aborde, essoufflée et en sueur. « Ok, viens avec nous ! », lance le plus costaud. Deux des hommes passent un bras sous les miens et nous avançons ainsi vers le pont. Je respire un grand coup. « Vous êtes mes gardes du corps », leur dis-je en souriant nerveusement. Je sais que coincée là, entre eux, elle ne peut plus rien contre moi. La femme continue de hurler avant de faire demi-tour pour aller s’en prendre à quelqu’un d’autre. « Elle est folle, ne t’inquiète pas. Ce n’est pas la première fois que je la vois ici », m’explique Marcos, une fois que nous sommes en sécurité, de l’autre côté du pont. « Bienvenue en Bolivie ! », ajoute son ami Edouardo! Quelle entrée fracassante !

Côté bolivien, Villazón est une ville frontalière dans laquelle les Argentins viennent se ravitailler pour pas cher. La rue principale est une succession de bureaux de change, de boutiques de vêtements et d’électroménager entre lesquels il faut slalomer pour avancer. Sur le trottoir, des téléviseurs dernier cri sont exposés à côté de piles de chaussures. Des vendeurs hurlent pour attirer les clients tandis que d’autres courent dans tous les sens, des liasses de billets dans une main et une valise (pleine de billets selon Marcos) dans l’autre, arguant que le taux de change qu’ils proposent est le meilleur. Toujours accompagnée de mes gardes du corps argentins, je me fraie un passage dans la foule. 
« Ne fais confiance à personne, me murmure Marcos à l’oreille. Ici, il y a toutes sortes de trafics, y compris d’êtres humains ! Avance en regardant droit devant toi pour montrer que tu sais où tu vas. Bonne route ! » Et mes anges gardiens s’envolent, me laissant seule au milieu de ce vacarme. Waouh! J’ai l’impression de pénétrer dans un autre monde où je me sens mal à l’aise. J’ai hâte de rejoindre le terminal de bus.

Sur la place principale, les mamitas, vêtues de jupes aux mille jupons, bouffantes et colorées, portent des chapeaux plats. Leurs bébés sont emmaillotés sur leur dos grâce à l’aguayo, un carré de tissu rayé que les femmes utilisent comme un grand sac multiusage. Leurs enfants courent derrière, accrochés à leurs jupons. Les unes vendent des friandises tandis que les autres proposent des brochettes de viande rôties sur un petit gril roulant. À la sortie de la banque, je tombe à nouveau sur Marcos qui m’interpelle : « On a vu la femme marcher vers ici, du coup on a eu peur pour toi ! Viens, je t’accompagne au terminal de bus. » Après l’indifférence des douaniers, je suis touchée et rassurée par l’altruisme de Marcos qui me confirme que si certains hommes sont fous, la plupart d’entre eux sont bons et généreux. Au terminal, les vendeurs se jettent sur nous pour nous vendre des tickets à destination des principales villes boliviennes. Marcos me dégote un billet pour Sucre et m’abandonne dans cet ancien centre de boxe reconverti en terminal de bus, plus sûr que les rues de cette ville frontière. « Suerte amiga! Que le vaya bien ! ». Nous nous étreignons dans un traditionnel abrazo, ce câlin chaleureux avec lequel on se salue en Amérique du Sud, et Marcos disparaît dans les rues agitées de Villazón.

Le bus dans lequel je grimpe à la tombée de la nuit n’a rien à voir avec les confortables bus argentins dont on peut étendre les sièges pour dormir tranquillement. Non. Le bus bolivien ressemble davantage à un tas de tôles mobile aux amortisseurs qui grincent et aux sièges crasseux, déformés par les trop nombreux passagers qui s’y sont assis. Je me retrouve coincée entre la fenêtre qui s’ouvre lorsque nous sommes en descente et une femme corpulente qui grignote du maïs toasté. Le voyage promet d’être long. Après un premier arrêt pendant lequel des militaires fouillent la soute et tâtent nos sacs à main, le bus s’immobilise à nouveau en pleine nuit, au bord de la route. Pause pipi. Cachées sous leurs nombreux jupons, les femmes s’accroupissent directement au pied du bus, sans prendre le temps d’aller se réfugier dans un petit coin obscur. Vu d’en haut, la situation est cocasse. Je ris en descendant du bus. Sans jupons, je me terre dans le fossé, histoire de me soulager à l’abri des regards. À l’aube, le bus rejoint le terminal de Sucre. Je rassemble mes affaires et m’apprête à descendre, mais étonnamment, ma voisine ne bouge pas. J’essaie de l’enjamber sans la réveiller. « Il est encore trop tôt », marmonne-t-elle dans un demi-sommeil avant de se rendormir aussitôt.

À Sucre, ville où a été signée l’indépendance de la Bolivie, les chapeaux noirs et ovales ont remplacé les chapeaux plats, mais les femmes portent toujours autant de jupons sur lesquels tombent deux longues tresses brunes. J’apprends qu’ici, on ne les appelle plus mamitas mais cholitas. Elles arpentent les rues commerçantes en poussant des petits chariots de nourriture ou vendent toutes sortes de choses qu’elles tirent de leurs immenses paniers. L’une a seulement des cotons-tiges tandis qu’une autre propose des mouchoirs en papier à un prix dérisoire. Le marché principal dans lequel on entre par un portail de fer forgé est un magnifique patchwork de mille et une variétés de pommes de terre et de maïs cultivés dans les montagnes et de fruits exotiques importés d’Amazonie. Ici, le supermarché est réservé à une élite et aux touristes. La plupart des Boliviens font leurs courses au marché, car on y trouve de tout, en vrac ou en sachets individuels et à moindre prix, de la viande aux pâtes en passant par les produits d’entretien et de bricolage. Un petit coin est toujours dédié aux « sorcières » qui y vendent des plantes médicinales, des élixirs et des offrandes pour les cérémonies dédiées à la Pachamama. Les confettis, épices, gâteaux et morceaux de sucre seront emballés avant d’être jetés dans le feu lors de cérémonies de remerciement à la Terre-Mère. Les fœtus de lama qui pendent autour des vendeuses m’arrachent une moue de dégoût. « Ils sont souvent enterrés lorsque la première pierre d’une maison est posée », m’explique une cholita. Tous ces rituels me fascinent. J’ai hâte d’en apprendre davantage.

À 4’070 m d’altitude, la ville de Potosí est dominée par le Cerro Rico et ses veines d’argent. Des millions d’indigènes et de travailleurs atrocement exploités par les colons y sont morts après avoir perdu leurs dents et leurs cheveux à cause des vapeurs de mercure. C’était l’époque où Potosí était le centre du Monde que la mine fournissait abondamment en métaux précieux. Au XVIe siècle les filons d’argent étaient exploités en masse, notamment pour frapper les monnaies de nombreux pays, faisant de Potosí le poumon économique de l’empire espagnol. Encore aujourd’hui, un mineur se tue tous les deux jours pour extraire le minerai des entrailles de la Terre.

Avec mon amie Anne-Claire, venue me rejoindre une dizaine de jours, nous nous sommes beaucoup questionnées avant de pénétrer dans la mine. Ne faisons-nous pas preuve d’une curiosité malsaine en voulant voir ce qui se passe à l’intérieur ? Finalement, nous avons décidé de rejoindre un groupe guidé par des mineurs qui, les poumons encrassés par des années de labeur, ont arrêté d’exploiter les filons et accompagnent désormais les voyageurs dans les veines du Cerro Rico. Aujourd’hui, je pense que cette visite a du sens, car elle me permet de raconter ce qui se passe dans les profondeurs de la montagne, de témoigner des conditions inhumaines dans lesquelles travaillent ces hommes, de montrer que cela existe encore au XXIe siècle et ainsi peut-être, de sensibiliser certains d’entre nous.

Vêtus d’une tenue de travail, d’une paire de bottes et d’un casque rehaussé d’une lampe frontale, nous pénétrons dans la mine par un étroit tunnel creusé sur le flanc de la montagne. Nous marchons sur des rails et devons nous plaquer contre la paroi rocheuse lorsqu’un mineur déboule à toute allure tirant un chariot poussé par deux autres travailleurs. « Ce sont des minerais de mauvaise qualité qui seront vendus à la sortie de la mine », nous explique Don Oscar. Plus nous progressons, plus la chaleur devient moite et étouffante et plus nous avons du mal à respirer à travers nos masques. Il fait 40 degrés et dès que nous grimpons sur une paroi ou nous faufilons dans un trou, nous devons faire une pause pour reprendre notre souffle. La poussière s’accumule sur mes lunettes. Ça sent le soufre. Au loin, le bruit des chariots qui courent sur les rails résonne comme la musique angoissante d’un thriller. L’air siffle dans les tuyaux qui courent au-dessus de nos têtes. Ils alimentent les machines qui servent à perforer la roche avant d’y glisser les bâtons de dynamite. Au détour d’un virage, nous rencontrons Martín, un trentenaire au visage noirci par la poussière. Seul, il exploite un filon qu’il a acheté à une coopérative minière. Celle-ci n’a de coopérative que le nom puisqu’en réalité, elle est l’une des propriétaires de la mine. Les coopératives vendent aux mineurs « des morceaux » à exploiter, mais ne leur assurent aucune sécurité sociale ni matérielle. Chaque travailleur doit acquérir ses propres outils : casque, lanterne, bottes, explosifs et souvent, par manque de moyens, ils achètent du matériel de mauvaise qualité, mettant leur sécurité en péril. Perché sur un rondin de bois coincé entre deux parois, les pieds dans le vide, Martín enfonce un pieu dans la roche pour y placer un bâton de dynamite. Je frissonne à l’idée qu’un faux mouvement puisse le faire chavirer dans les profondeurs de la mine. À midi, son déjeuner se limite à quelques feuilles de coca qu’il coince dans sa joue pour couper la faim, la soif et la fatigue. Sortir de la mine lui prendrait trop de temps. Chaque jour, il reste enfermé au minimum sept heures dans cet enfer. Les bonnes semaines, il gagne une centaine d’euros. À peine de quoi vivre dignement.

Avant de quitter la mine, nous rendons visite au Tío, l’Oncle, une statuette dotée de cornes et d’un sexe proéminent, installée dans une cavité. Tous les vendredis, les mineurs viennent déposer des offrandes – feuilles de coca, alcool à 90°, cigarettes – auprès de ce diable qui féconde la Pachamama, engendrant ainsi les bonnes veines de minerais. « Peu de femmes travaillent dans la mine, car cela rend la Pachamama jalouse et moins généreuse », précise Don Oscar alors que nous quittons cette atmosphère étouffante. Quand nous sortons de la mine, le soleil vif brûle nos yeux habitués à la pénombre. Au cours des prochaines heures, une morve noire de poussière de silice coulera de mon nez lorsque je me moucherai. Cette poussière qui encrasse les poumons est à l’origine de la silicose dont meurent chaque année de nombreux mineurs. À l’extérieur, cachés dans des cahutes, des hommes évaluent la valeur des métaux tandis que le ballet des travailleurs entrant et sortant de la montagne en poussant de lourds chariots se poursuit jusque dans la nuit.

Après une expédition dans le plus grand désert de sel du monde, le salar d’Uyuni, Anne-Claire rentre en France le 9 avril 2017 avec mes quatre premiers carnets remplis de précieuses notes et des clefs USB pleines de photos et de vidéos. Cette parenthèse à ses côtés m’a fait beaucoup de bien. Avec une pointe de nostalgie, nous avons partagé les souvenirs de nos premiers voyages en Roumanie et au Liban, lorsque nous étions étudiantes à l’école de journalisme. Aujourd’hui, nous nous en sommes créé de nouveaux que nous aurons plaisir à nous remémorer autour d’une tasse de thé.

 

Mai 2017 — 8e mois

Le sourire de Casto me fait instantanément oublier l’heure et demie que j’ai passée à l’attendre sur la place de Tarabuco. Comme au Chili et en Argentine, la ponctualité n’est pas une priorité en Bolivie et il faut bien souvent s’armer de patience quand on a un rendez-vous. « Bienvenida amiga ! » Son sourire est communicatif et nous échangeons un généreux abrazo avant de grimper dans sa voiture. Je le remercie de m’accueillir dans sa famille et partage avec lui ma joie de venir découvrir les traditions de sa communauté Yampara. J’espère en apprendre plus sur les croyances liées à la Pachamama. Nous traversons une vallée fertile où les maisons sont recouvertes de peintures invitant à voter « oui» au référendum organisé en février dernier par le président Evo Morales pour briguer un quatrième mandat, puis nous atteignons Puka Puka, la communauté de Casto, composée de maisonnettes blanches adossées à la montagne. Plus tard, j’apprendrai que ces maisons de ciment, construites par l’État bolivien, ne sont pas du tout adaptées au climat froid qui règne ici, à plus de 3’000 m. d’altitude. Certains habitants vivent encore dans leurs habitations de terre qui conservent mieux la chaleur.

Casto est tout excité car aujourd’hui deux jeunes de la communauté se marient selon la foi bahá’íe, une religion venue du Moyen-Orient « plus tolérante que les autres » selon lui et pratiquée par près de la moitié des membres de la communauté, les autres étant catholiques. Avant d’arriver à Puka Puka, je ne connaissais pas l’existence de cette religion et soupçonnais encore moins qu’elle puisse être pratiquée par ici. Au centre du village, une bâche bleue a été tendue sur des piquets pour abriter les invités. Les hommes portent un poncho rouge aux rayures colorées, un chapeau noir arrondi tel un casque fleuri sur le devant qui leur recouvre les oreilles. Un petit sac tissé pend autour de leur cou. Ils y piochent régulièrement quelques feuilles de coca. Les femmes aux longs cheveux tressés sont vêtues d’une jupe plissée et d’un châle. La plupart ont chaussé des ojotas, ces tongs en caoutchouc de pneus réputées increvables. En ce deuxième jour de noces, les mariés défilent avec des billets accrochés sur le torse, offrandes des invités. Nous partageons le repas de fête puis Casto demande à l’un de ses nombreux cousins de m’inviter à danser et nous rejoignons les danseurs installés sur deux lignes, les hommes faisant face aux femmes. Hors de question d’aller danser sans être invitée par un gentleman. Zapateos, huayno, cumbia, nous enchaînons les danses et je me concentre pour imiter les pas des femmes qui m’entourent jusqu’à ce que le DJ lance un morceau de cueca qui se danse un mouchoir à la main. Ceux qui n’en ont pas attrapent un bout de papier dans la déco kitch et hop, le tour est joué. Au début, j’ai le souffle court et un point de côté, mais petit à petit je prends le rythme sous le regard amusé des invités, surpris de voir une gringa à l’aise sur la piste de danse en terre battue. Pendant que nous nous déhanchons, un homme passe entre les deux files, un seau à la main. À l’aide d’un petit gobelet, il nous offre une boisson chaude à base de quinoa et de jus de maracuyá, le fruit de la passion. « L’alcool est interdit dans la foi bahá’íe», commente Casto. Tout le monde porte le gobelet à ses lèvres avant que celui-ci ne replonge dans le jus. Et au suivant ! Alors que je ris de la situation, les invités forment une longue file et offrent leurs cadeaux aux mariés. Un buffet en bois sculpté vient remplacer le lit qui trônait à la table des mariés. En échange de leurs présents, les donateurs reçoivent du soda et du pain patiemment confectionné depuis plusieurs jours par les femmes de la communauté. Le lendemain, la fête continue. Le cousin de Casto me félicite pour mes pas de danse alors que nous reprenons notre souffle assis sur une planche de bois, quand des hommes entrent sous la bâche en portant des bassines chargées de pain, suivis par d’autres transportant des cuisses de vaches et même des poules vivantes ! Je les regarde défiler joyeusement, complètement ahurie. « Ce sont les cadeaux pour les parrains », hurle le cousin de Casto.

« Les parrains et les marraines sont les gens qui ont aidé à financer le mariage. Il y a ceux qui ont acheté la robe, les alliances, la nourriture ou encore les boissons.» Chaque couple enveloppe ses victuailles dans son aguayo rayé et repart avec sa cuisse de vache sur l’épaule ou sa poule sous le bras. Je mesure la chance que j’ai d’assister à cet événement. C’est vraiment incroyable ! Les jours suivants, j’aide Julia, la femme de Casto, à découper la viande que la famille a reçue pour avoir contribué à l’achat du gâteau et, après l’avoir salée, nous la faisons sécher au soleil, comme du linge sur un fil. Faute de congélateur, elle sera ainsi conservée pendant plusieurs mois.

Un lundi matin, je me rends à l’école, car c’est le jour où les élèves, vêtus de leur traditionnel poncho rayé, entonnent l’hymne national bolivien. Ici, contrairement au Chili, l’État reconnaît l’existence de trente-six nations aux traditions et aux langues spécifiques. L’hymne est donc chanté en espagnol et en quechua. Un rituel essentiel qui contribue à la vie de la culture yampara, mise à mal par la colonisation. « Les Espagnols nous ont forcés à oublier nos principes et nos traditions. Aujourd’hui, nous devons les réapprendre et les transmettre à nos enfants», martèle en quechua Don Thomas, un ancien de Puka Puka. Casto me donne un sacré coup de main en traduisant les propos du vieil homme aux dents élimées. Le soir, avec Julia, ils me montrent une vidéo du Pujllay, un rituel au cours duquel les Yamparas dansent autour de la Pukara, un hôtel décoré de nourriture pour célébrer le renouveau de la vie et l’abondance amenée par la saison des pluies. Ils commémorent également à cette date la bataille de Jumbate, gagnée contre les Espagnols en mars 1816 pendant la guerre d’Indépendance.

Chez Casto et Julia, les discussions dévient rapidement de la tradition yampara à la foi bahá’íe et je sens que le couple tente de me convaincre que cette religion vaut mieux que les autres. Un week-end, je les accompagne à un rassemblement de croyants où les anciens viennent parler de leur foi. Heureusement, de longs intermèdes musicaux ponctuent les débats en quechua qu’un jeune homme accepte de me traduire. Un soir, alors que nous pelons des kilos de pommes de terre, Julia, qui insiste déjà depuis plusieurs jours pour me marier avec son frère Roberto, me demande :
« Alors tu as appris des choses sur la foi bahá’íe. Té gusta ? » Sans me laisser le temps de répondre, elle m’explique que la conversion est possible même si cela prend du temps. « Si tu deviens bahá’íe, nous serons toujours ensemble, nous ne serons jamais séparées, car les bahá’íes se retrouvent régulièrement dans le monde entier. » Je lui explique que j’ai été élevée dans la foi protestante et que je n’ai pas l’intention de me convertir, car c’est de là que je tire une partie de mes racines, de ma culture et certaines valeurs qui me définissent comme la solidarité, la tolérance et le partage. Je repense à Victoria, une femme âgée que nous avions rencontrée avec Anne-Claire dans les environs de Sucre alors que nous voyagions serrées comme des sardines dans une camionnette bondée. Elle m’avait dit que je devais croire en Dieu. « Il est là pour tout le monde et il t’attend », avait-elle affirmé. Je n’ose pas dire à Julia que je ne crois pas en Dieu et que la cosmovision des Mapuches ou des Ngen résonne davantage dans mon cœur. Par respect, je n’ose pas la contredire et vais rapidement me coucher sur cette tentative de conversion avortée d’avance.

Avant de rentrer à Puka Puka, je fais une halte au marché de Tarabuco pour m’enivrer de cette ambiance colorée que j’aime tant. J’en ai besoin, car je ne me sens pas bien du tout. Est-ce à cause de l’insistance avec laquelle Julia tente de m’influencer ou ses insinuations pour me rappeler régulièrement que je formerais un couple parfait avec son frère ? Est-ce parce que je suis déçue d’en apprendre plus sur la foi bahá’íe que sur la Pachamama ? Ou est-ce à cause de ces longues conversations en quechua dans lesquelles je ne suis pas toujours intégrée, faute de comprendre la langue ? Je trouve évidemment merveilleux que cette langue soit encore vivante et parlée au sein de la communauté, mais je sens bien que parfois elle est préférée à l’espagnol afin que je ne comprenne pas ce qui se dit. Devant mon assiette de soupe, face à la place qui grouille d’agitation, j’ai la gorge nouée et une profonde envie de pleurer. Ma famille et mes amis me manquent soudain énormément et même si je partage le quotidien d’un foyer qui m’a généreusement ouvert ses portes sans me connaître, je me sens terriblement seule. Pour la première fois depuis mon départ, j’ai l’impression de ne pas être à ma place et cela me fait mal au cœur. J’aurais besoin d’appeler une amie, mais avec le décalage horaire et sans wifi autour de moi ce n’est pas possible. De plus, je me sens coupable de me sentir ainsi alors que je suis en train de réaliser mon rêve. Mes proches en France pourraient-ils comprendre ce que je ressens alors qu’ils imaginent que je nage en plein bonheur ? Je vais devoir surmonter ce coup de cafard toute seule. À ce moment-là, je doute d’en être capable. Heureusement, une petite voix tapie tout au fond de moi me souffle qu’il est encore bien trop tôt pour abandonner et que la route promet d’être encore plus belle. Pour l’instant, il faut respirer profondément, relever la tête et continuer d’avancer. 

Je décide donc de parcourir à pied les cinq kilomètres qui me séparent de Puka Puka. Marcher dans la nature me fait toujours du bien dans les moments difficiles. Derrière moi, les montagnes se dressent comme des pyramides et à la sortie du village, des éperons rocheux dessinent des flèches de cathédrale qui transpercent le ciel. Des paysans ramassent des pommes de terre. Les rares voitures qui me dépassent me saluent d’un coup de klaxon tandis que les passagers me dévisagent, interloqués de voir une femme, étrangère de surcroît, marcher seule au bord de la route. Avant d’atteindre la maison de Casto et Julia, je croise un dénommé Victor Hugo Cervantès. Je me demande alors s’il ne blague pas en me dévoilant son identité. Étonné par mon sourire, il m’assure qu’il s’agit bien de son vrai prénom et rit de plus belle quand je lui explique que Victor Hugo est un auteur français des plus renommés et Cervantès, le père du célèbre Don Quichotte. Cette rencontre me rebooste et j’entrevois alors un peu de lumière dans l’obscurité.

Le matin suivant, entre deux grésillements, la radio crache des noms connus prononcés avec un accent sud-américain : « Djan-Louc Melanchóne, Emmanouel Macróne, Mariné Lepén et François Filone. » Perdue au milieu des montagnes boliviennes, je ne réalise pas du tout que nous allons élire un nouveau président dans moins d’une semaine. Heureusement, mon père se chargera de glisser mon bulletin de vote dans l’urne grâce à la procuration que j’ai signée à l’ambassade de France à Santiago du Chili.

J’ai l’impression d’être à des années-lumière de ce qui se joue actuellement dans mon pays et je me revois, cinq ans plus tôt, fêtant avec des amis la victoire de François Hollande place de la République à Paris. Tellement de choses se sont passées depuis… Alors que la France s’emballe, Casto me présente à l’une de ses cousines qui perpétue l’une des plus importantes traditions yamparas : le tissage. Dans une petite pièce obscure, seulement éclairée par la lumière de la porte ouverte, Gregoria est agenouillée devant un immense métier à tisser de plusieurs mètres de haut. Pendant des heures, elle exécute méticuleusement les mêmes gestes afin d’entremêler les fils et les frapper à l’aide d’un petit instrument de bois pour que les points soient bien serrés. Il lui faudra plusieurs mois de travail avant d’achever ce poncho traditionnel qui évoque le Tayta Pujllay, cette entité démoniaque et féconde qui est célébrée lors de la fête éponyme. J’observe, fascinée, ce travail précis et me demande comment Gregoria peut rester assise autant de temps dans la même position. Comme beaucoup de femmes de la communauté, elle ne parle pas espagnol. Heureusement son mari Severino traduit ses pensées. En quechua, elle me confie sa fierté lorsqu’elle parvient à vendre une telle pièce et à ramener un peu d’argent dans son foyer. Aujourd’hui, elle souhaite transmettre son savoir-faire aux jeunes femmes de la communauté. Gregoria et Severino m’invitent à partager leur repas que nous mangeons en cercle, assis sur un petit banc ou à même le sol. L’après-midi, ils entreprennent de m’apprendre à tisser puis me font revêtir leurs vêtements de fête. Nous rions beaucoup et en les quittant à la tombée de la nuit; je promets à Severino de revenir le lendemain avec mon unique jean troué afin qu’il lui donne une seconde vie grâce à ses talents de couturier. C’est rare qu’un homme soit couturier, mais pour Severino, atteint d’une maladie musculaire qui lui rend impossibles les travaux physiques, c’est le seul moyen de subvenir aux besoins de sa famille. Il passe donc ses journées, caché derrière sa machine à coudre, dans la chaleur de sa maison de terre plutôt que dans la fraîcheur de la nouvelle maison de ciment. Alors que je rentre chez Casto dans la nuit noire, je me fais attaquer par des chiens enragés. Prise de panique, je sors mon trépied de mon sac à dos et l’agite frénétiquement pour les faire fuir. Grosse frayeur !

La rencontre avec Julián Chambi finit de me convaincre que la lumière apparaît toujours après une période obscure. Ce Quechua au visage fin et lisse vit dans la communauté voisine de Pisili où il cultive des champignons à l’ombre des pins. Avec d’autres trentenaires de son village, il s’est engagé dans un programme de protection des sources et de reforestation des montagnes. Comme Don Thomas, il me confirme le lien spécial qui unit son peuple à la Pachamama. « Nous sommes les enfants de la Madre-Tierra, cette mère qui nous donne la vie et nous apporte tout ce dont nous avons besoin: la nourriture, l’eau, etc. », m’avait dit le vieil homme emmitouflé dans son poncho rayé. 
« Quatre fois par an, nous remercions la terre, les montagnes et le soleil pour ce qu’ils nous offrent, mais plus que ces rituels, aujourd’hui pour moi, adorer la Pachamama c’est planter des arbres ! Nous avons reforesté 600 hectares dans les environs. C’est essentiel, car ces arbres sont le manteau de la Madre-Tierra », confirme Julián. En triant les champignons qui seront ensuite mis en bocaux, je suis pendue à ces mots que je bois comme une eau qui régénère instantanément. Devant mon regard curieux, Julián poursuit : « Yampara signifie “le chemin de la pluie” et pour nous, l’eau qui provient des sources de la montagne est le sang de la Pachamama, c’est pourquoi nous devons en prendre soin et ne pas la gaspiller. Les pierres que nous utilisons pour construire nos terrasses de cultures sont les os de la Madre-Tierra et l’air et les nuages sont ses respirations. » Je l’écoute patiemment pour ne pas perdre une seule miette de ce qu’il me raconte. Ces mots qui transmettent les traditions d’un peuple sont trop précieux. Ils me parlent et résonnent en moi comme ceux des sages mapuches quelques mois auparavant. Je lève la tête vers les montagnes qui nous entourent comme pour vérifier les dires de Julián et me connecter à cette nature qui respire. Vivante.

Au moment de repartir à pied à travers les montagnes en direction de Puka Puka, Roseta, la maman de Julián, marmonne quelques mots de quechua puis file dans sa maisonnette par une étroite porte. Elle en ressort deux minutes plus tard avec des pommes de terre bouillies. « Pour le trajet », précise Julián. Je souris, émue, et la vieille femme au visage parcheminé de rides m’adresse un merveilleux sourire. Nous nous étreignons et je m’élance au milieu des champs de tarwis, sublimes fleurs violettes agitées par le vent.

Angélique Mangon

par Angélique Mangon

Angélique Mangon est journaliste et aventurière.

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