Somaly Mam: ce nom ne vous dira peut-être pas grand-chose. Mais aux Etats-Unis, Somaly Mam était une star, une icône du charity business. Son histoire avait tout pour émouvoir. Quel destin que celui de cette Cambodgienne qui avait échappé à l’esclavage sexuel dans les cloaques de la capitale du Cambodge Phnom Penh et était reçue jusque dans les salons de la Maison Blanche, à Washington. Depuis plus de quinze ans, cette femme au charisme ravageur était la figure de proue de la lutte contre le tourisme sexuel en Asie. Son autobiographie, Le Silence de l’innocence, avait choqué et touché des lecteurs dans le monde entier. Sa notoriété a apporté des millions de dollars au Cambodge, dont la moitié du budget provient de l’aide internationale. A la fin mai 2014, coup de tonnerre: Somaly Mam abandonne avec effet immédiat la direction de la Somaly Mam Foundation. En cause: ses mensonges sur sa trajectoire de vie.
L’histoire commence au début des années 1970, dans la province du Mondulkiri. Somaly Mam est encore une fillette lorsqu’elle est vendue à un homme appelé «Grandfather» dans son livre et qui fait d’elle son esclave domestique. Il la bat comme plâtre, vend sa virginité au plus offrant et la marie à 14 ans. Elle est ensuite cédée à un bordel de la capitale, où elle est torturée et humiliée pendant des années.
La vie de Somaly Mam bascule en 1991, lorsque son chemin croise celui d’un jeune biologiste français, Pierre Legros. Ils se marient, partent en Europe. En 1994, ils retournent au Cambodge, lui pour Médecins sans Frontières. Elle ramasse dans la rue et héberge chez elle une fille, puis deux, puis trois… C’est décidé, elle se consacrera à lutter contre le trafic humain. Elle veut sauver des réseaux les fillettes et les femmes victimes d’esclavage sexuel, aider à leur réinsertion. En 1996, le couple fonde l’Afesip (Agir pour les femmes en situation précaire). L’ONG a depuis étendu ses ailes dans d’autres pays d’Asie, notamment la Thaïlande, le Vietnam et le Laos, et compte aujourd’hui quatre centres d’accueil et de réinsertion au Cambodge.
Le charisme de la fondatrice et sa beauté l’aident à se faire connaître de par le monde. Elle reçoit une avalanche de prix humanitaires. Les gouvernements eux-mêmes font des dons, comme les autorités espagnoles en 2008, à hauteur de centaines de milliers d’euros. Dotée d’une aura à la Aung San Suu Kyi, dont elle a pris les cheveux relevés en chignon, Somaly Mam éblouit. «Une superstar dans le monde essentiellement rugueux de l’humanitaire», Newsweek dixit. Au point d’aveugler médias comme donateurs? Elle court le monde, de New York à Lausanne, pour raconter son histoire et lever des fonds. En retour, la presse a pour elle les yeux de Chimène.