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L’utopie mobile: une vie en roulotte
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L’utopie mobile: une vie en roulotte

A la fin des années 1980, Marco a fait de la roulotte sa demeure et son art de vivre. Musicien, sculpteur et cofondateur du Théâtre les montreurs d’images, il a transformé le rêve d’une existence nomade en une réalité rythmée par les saisons et les tournées. Mais derrière cette utopie se cache une longue lutte, notamment face aux autorités genevoises qui le surveillent de près…

 30 minutes de lecture

C’est un automne sale qui laisse des traces brunes sur mes chaussures. Autour de moi, un silence froid et humide, le même qui me poursuit depuis ma descente du minibus. Un panneau immaculé des Transports publics genevois (TPG) peine à assumer le nom de la localité en grosses lettres orange. Parvenir jusqu’ici a relevé de l’expédition: un train à ne surtout pas manquer, l’attente de la correspondance dans une gare déserte, puis vingt minutes à suivre la rivière sinueuse. Des routes où ne passe jamais personne, avec «arrêts sur demande»: la course ne s’est interrompue que pour moi. 

Une odeur de mousse terreuse. Du crottin de cheval. Derrière moi s’étend un vaste champ en friche délimité par des clôtures en bois. Forêts et vignes étalent leurs nuances de gris sur l’horizon. Le hameau se visite d’un coup d'œil: deux domaines viticoles, une écurie. De belles maisons massives, solidement ancrées à la colline. Je marche dans les flaques, m’éclabousse des reflets d’un ciel trouble. En passant sous les arbres, je salue la saison qui s’achève; un tas de feuilles mortes déteint encore à leurs pieds. La rue, devenue caillouteuse, longe un autre champ où deux chevaux m’ignorent tranquillement. Au loin, un tintement vient narguer mes oreilles, comme celles de toute personne qui s’est un jour aventurée au-delà des vieilles pierres et des tracteurs alignés, derrière la frange végétale. A ma droite, un vélo végète contre un noyer, auquel est suspendue une lanterne à la bougie éteinte. Je devine la roulotte tapie dans son nid d’herbes mouillées. Il faut encore contourner la vieille Peugeot tachetée de feuilles, écarter les branches élastiques du bambou tressé de lierre pour qu’enfin se dévoile l’entrée de la clairière. Le vent est tombé et le tintement a cessé. Pas un piaillement, les arbustes ploient sous leur solitude. Je prends un temps pour ajuster ma respiration sur celle du lieu. Inspiration, suspension, lente expiration… Alors seulement je commence à percevoir les éléments qui le parsèment. A la manière des champignons qui ne se révèlent qu’à l'œil qui les cherche, de grandes sculptures en bois apparaissent soudain dans le décor. Elles m’observent avec une bienveillance curieuse. Leur matrice en tronc semble sortir de terre comme les vestiges de leur ancienne vitalité. Au pied du bambou, un autel creusé dans une souche arbore sur sa surface polie un soleil aux rayons flamboyants, avec une roue gravée en son centre. J’imagine que si la bougie à sa base avait été allumée, j’aurais pu voir les flammes de la gravure danser et la roue se mettre à tourner.

Le carillon rit avec le vent de me voir patiner dans la boue, les pieds bientôt trempés, encerclée par ces drôles de statues, parfois coiffées d’une hélice ou d’une plume. La plupart ont conservé la silhouette de leur essence forestière, le diamètre solide et l’élancement vertical. Elles ne dépassent que rarement la hauteur de mes yeux qui voyagent de leur socle brut à leur pointe torsadée. L’une d’entre elles, encore relativement figurative, m’interpelle. Plus foncée et trapue, elle doit compter parmi les aînées de cette famille composite. Ses yeux en amande soulignés par des sourcils arqués, sa bouche étirée, son nez droit, sont d’une simplicité primitive, tout en finesse. Le carillon m’arrache à ce face-à-face. Des marches grincent. Une porte vitrée claque.

Marco glisse de sa démarche frêle et balancée. Le visage dissimulé par une barbe de quelques jours, la tête protégée d’un bonnet sous la capuche d’un long gilet, il porte une chemise à carreaux blancs et gris et un large pagne noir drapé autour de sa taille laissant à peine deviner le bleu de ses collants épais. Je m’apprête à le héler, mais il a déjà tourné la tête et me fait signe. Derrière lui, deux wagons qui forment un L de presque cent mètres, dont la peinture turquoise achève de s’écailler. Marco m’invite à entrer pour me réchauffer. Je n’ai qu’à enfiler des pantoufles, il va me rejoindre dans un instant. Je monte un petit escalier en bois et, tandis que je pousse la porte, le carillon s’égaye à nouveau. A l’intérieur, mon regard est attiré par les motifs solaires du drap accroché derrière la porte et les bibelots qui ornent la fenêtre de la cuisine: un nid d’oiseau, des bougies et des statuettes dorées, une lune et des étoiles qui brillent sur les carreaux à côté d’un gribouillage enfantin. Au bout de leurs ficelles, les oiseaux d’un mobile s’envolent vers le plafond. Deux bouquets d’herbes suspendus entortillent leurs couleurs sèches au-dessus d’une longue et imposante sculpture de bois blanc. L’espace, pourtant restreint, me laisse une impression d’insaisissable. Je sens rapidement la chaleur du poêle, à laquelle je tente de faire barrage en me débarrassant au plus vite de mon écharpe et de mon manteau. Je m’assois sur l’une des deux chaises de la petite table dressée contre le mur et, par désoeuvrement plutôt que par professionnalisme, je sors mon cahier bleu dans lequel un stylo a déjà tracé l’intitulé: «Chez Marco». L’horloge minute son absence. Je n’ai pas préparé de questions. J’écris «chaleur du poêle» en guise de première observation et me laisse aller contre le dossier de la chaise.

Quelques instants et nouvelles salutations plus tard, Marco dépose devant moi une tasse de thé vert sencha. Ses mouvements sont mesurés, jamais brusques. Une lenteur et une maîtrise forgées par la pratique de l’aïkido. Avant de s'asseoir à son tour, il s’excuse de m’avoir fait attendre. Il voulait montrer quelque chose à son petit-fils venu passer le week-end avec sa mère et sa grand-mère Momo dans leur propre roulotte de vacances. Par la fenêtre j’aperçois un gamin de six ans courir à la lisière de la forêt. Il slalome autour des sculptures, des meubles de jardin à l’abandon pour l’hiver et de l’érable à clochettes, pour aller se jeter sur le trampoline gorgé de feuilles mortes. Les deux autres roulottes sont plus petites et leur peinture bleu foncé encore immaculée. Marco se tient les jambes croisées, les mains sur les genoux. Il a enlevé son bonnet et révélé le crâne chauve et la boucle d’oreille dorée que je lui connais. Il s’inquiète de savoir si j’ai reçu les livres de Momo récemment publiés, dans lesquels je devrais pouvoir trouver ce que je cherche. D’ailleurs, qu’est-ce que je cherche? Je fuis le regard intrigué qu’il me lance dans ma tasse de thé, puis j’évoque maladroitement des sensations enfantines idéalisées et ce reportage de la RTS (Radio Télévision Suisse) de 1995, Ces maisons qui nous habitent, retrouvé dans les archives. Assis à la même place, mais avec de longs cheveux attachés en arrière, il avait raconté de sa voix rauque et douce sa vie en roulotte. Marco n’est jamais dans la précipitation. Lorsqu’il parle, il laisse les mots se déposer délicatement sur la phrase, marque des pauses par égard pour ceux qui l’écoutent. Son rythme est égal, il sait allonger le verbe. Marco hoche la tête, il s’en souvient vaguement, la journaliste était une amie. Et, juste avant de se relever pour prendre du sucre, il me demande en souriant: «Tu me l’enverras par Facebook.» 

Le court silence qui s’est installé me renvoie aux longs après-midi passés dans cette cuisine avec du thé chaud ou dehors, sous l’arbre japonais, avec du thé glacé. Nous mangions des crêpes à la confiture de prune et parlions de musique, de voyage et d’arts martiaux. Marco surtout. Moi je buvais ses récits avec la sensation privilégiée qu’un secret était en train de m’être révélé. Je suis revenue l’écouter. «Attends, j’ai quelque chose qui pourrait t’intéresser», lâche Marco avant de disparaître derrière le rideau de perles qui dissimule la salle de bain, la véranda et la chambre à coucher en enfilade. Un grincement de tiroirs se fait entendre. Alors que je m’apprête à abréger sa fouille par un «ne-t’embête-pas-on-peut-juste-discuter», il revient avec une pile de feuillets en désordre. «C’est qu’on en a eu beaucoup, des histoires... Comme tu le sais, la roulotte est toujours un peu liée au théâtre.» Les papiers claquent sur la table. Mes yeux suivent la voltige de ses doigts parmi les tas qui se défont. Il en extrait une feuille pliée en deux et me la tend. C’est une photocopie froissée, estampillée du logo du Théâtre des montreurs d’images fondé avec Momo en 1977: deux mains qui assemblent un triangle et un carré, comme un toit sur une maison, avec un rond au-dessus. Leurs veines sinueuses contrastent avec la sobriété des lignes géométriques. Je lis le titre manuscrit, en majuscules à peine penchées: LETTRE A MA ROULOTTE. Je lève les yeux vers Marco qui cligne les siens en guise d'acquiescement. Je poursuis. «Bien des fois je me suis dit, Marco tu es fou avec cette roulotte…» 

Le temps que dure ma lecture, Marco sirote son thé. Son regard s’est envolé par-delà le jardin, à travers le sous-bois, entre les chênes, les tilleuls et les charmes dégarnis, en direction des petites grottes bitumineuses. Suivant le cours du ruisseau qui traverse le vallon, il prend garde à ne pas effrayer la salamandre jaune et noire, à ne pas troubler le sommeil de la chauve-souris, il contourne nids et tanières en attendant que je repose la feuille sur la table et me décide à briser l’intimité silencieuse de ses mots par une première question.

– Tout a donc vraiment commencé par un rêve?

– Oui... J’habitais en ville, dans un appartement situé sous le niveau de la route. Une nuit, j’ai fait ce rêve: une roulotte en bois, avec ses quatre fenêtres comme de grands yeux et, surtout, une porte qui me laisserait voir un nouveau monde. Le lendemain, j’ai enfourché ma Vespa, traversé l’autoroute et là, sous un pont, la roulotte de mes rêves!

Les lèvres de Marco se figent. Il semble étreint par la même émotion qu’il y a quarante ans. Je ne crois pas au destin, mais j’accepte de me laisser surprendre. Je hoche la tête pour qu’il reprenne son récit:

– Il y avait une petite porte. Il fallait se baisser pour rentrer. Un petit écriteau – Marco le mime avec ses doigts – sur lequel était écrit en très petit «A vendre» et un numéro de téléphone. Je l’ai pris et de retour chez moi, j’ai appelé. Une femme m’a répondu. Elle m'a expliqué que son mec était en prison, mais que la vente pouvait se faire. Je crois que j’ai déboursé 1’000 francs.

La roulotte est un ancien wagon des chemins de fer. En témoignent les roues de caoutchouc et de bois solidement arrimées par le lierre et les années d'inertie à la terre du jardin.

– A l’intérieur, il y avait des portes à battants sur la gauche qui menaient à la chambre. A peine la place d’installer une petite cuisine. J’ai mis toute ma vie dedans.

Cette époque à laquelle Marco fait référence précède de peu sa rencontre avec Momo, danseuse classique de formation. Au milieu des années 1970, elle animait des ateliers pour enfants au Théâtre de la Lune Rouge qu’elle avait cofondé, et participait à l’essor de la contre-culture locale en important dans les rues de Genève le modèle des parades militantes de marionnettes géantes du Bread and Puppet Theatre, la compagnie américaine auprès de laquelle elle s’était formée. Sur cette photo en noir et blanc que je tiens à hauteur d’yeux, ses cheveux foncés, retenus par un bandeau, tombent en cascade jusqu'à la taille. Elle agite un foulard blanc pour guider un cortège de femmes dans les rues de Rome, le buste scindé d’un accordéon, sourire et regard enflammés. Un jour, La Lune Rouge invite la troupe itinérante du Théâtre Mobile à se produire sur le vaste terrain agricole qu’elle occupe. Parmi la vingtaine de membres que compte la troupe, un jeune homme à l'œil vif et au saxophone à portée de main se présente. Celui-ci explique à Momo qu’il vit en roulotte depuis peu avec quelques colombes apprivoisées et qu’il souhaiterait s’installer sur le terrain le temps du spectacle. Si elle accepte, le propriétaire de la ferme, lui, refuse. Trop tard, le camion-remorque s’est déjà engagé sur le chemin étroit; la roulotte frôle dangereusement les grilles du portail. Impossible de faire demi-tour. 

Marco et ses colombes resteront finalement plusieurs années. Il rejoint la compagnie de Momo, y insuffle des mélodies cuivrées et le rêve d’une vie en itinérance. En 1977, après avoir lancé la première édition du Festival de la Bâtie, des tensions entraînent la dissolution de La Lune Rouge. Une nouvelle troupe voit le jour sous le nom du Théâtre du Loup, mais le jeune couple que forment alors Momo et Marco veut prendre son indépendance. Le Théâtre des montreurs d’images est né. Momo y enseigne la danse et supervise la mise en scène des pièces et des chorégraphies, tandis que Marco se charge des arrangements musicaux. Ils commencent par se produire dans les parcs et les maisons de quartiers de la ville internationale, promouvant un modèle de théâtre ambulant et populaire. En secret, Marco nourrit le projet de construire un chapiteau pour abriter les représentations et autres activités de la troupe nomade: un cône protecteur de 12 mètres de haut, inspiré du tipi amérindien.

– Tout un symbole!

Marco se saisit du dictionnaire des symboles qui n’est jamais très loin en allongeant un bras souple vers le rayon inférieur de la petite étagère placée sous la fenêtre derrière moi. Mes yeux s’attardent une seconde sur les coquillages blancs, spirales zébrées, pince de crabe et autre branche de corail sec négligemment posés sur le haut du meuble, tel un cimetière marin miniature caressé par les rayons faiblards de cette fin d’après-midi. Il lit: «Image ascensionnelle de l’évolution de la matière vers l’esprit, de la spiritualisation progressive du monde, du retour à l’unité, de la personnalisation.» Puis, se tait. «Esprit, unité, spiritualité» sur mon petit carnet.

– C’était compliqué, mais on l’a fait. En 1988! Grâce à l’aide d’un ami architecte et d’un ingénieur. Un chapiteau pyramidal et dodécagonal de quatorze mètres de diamètre.

Le jargon géométrique me laissant de marbre, il extrait de l’un des dossiers empilés une photographie couleur datée de 1992. Je reconnais aussitôt la plaine de Plainpalais, îlot incongru de terre rouge au centre de Genève bordé d’immeubles, l’allée de marronniers et la tour de la RTS en arrière-plan. Sur la plaine, plusieurs tipis, camions et caravanes sont stationnés en cercle. Au cœur de cet espace délimité par une barrière colorée et des lampions, un chapiteau élève fièrement sa pointe blanche vers le ciel.

– Impossible de faire une structure traditionnelle en bois, ça aurait été trop lourd. Des tonnes à monter, démonter et remonter, à transporter… Pour que ce soit mobile, on a privilégié un métal léger. Le passé et le futur réunis.

Je n’ai pas oublié ce chapiteau. En 2007, Les montreurs d’images y ont proposé une adaptation de Novecento: pianiste de l’écrivain italien Alessandro Baricco, le récit d’un musicien virtuose né sur un bateau qui traverse invariablement l’océan Atlantique, et dont il n’est jamais descendu. Pourtant préadolescente, l’image est encore nette: je me revois sur les gradins de bois, enveloppée dans une couverture de laine comme dans un cocon, tanguer au rythme du spectacle; je sens l’odeur de la terre soulevée par la danse des acteurs, la chaleur rassurante de la scène faiblement illuminée par des chandeliers; j’entends les gouttes de pluie, lourdes et épaisses, qui tambourinent sur la toile et composent avec le piano; la vibration du saxophone soprano. Dans l’ombre de la scène, Marco s’est mis à jouer.

– Le cirque de Plainpalais, le rêve, lance-t-il avec nostalgie.

Marco a gardé la photographie entre ses doigts et continue d’en parcourir les étendues de ciel, d’immeubles, d’arbres et de caravanes qui entourent comme autant de couches protectrices le chapiteau blanc. Quand il reprend la parole, c’est de plus loin encore, depuis son enfance dans le quartier ouvrier de la Jonction.

– Gosse, on attendait impatiemment l’arrivée du cirque, avec ses caravanes, sa tente... c’était la fête! Avec les copains, on allait traîner là-bas, faire quelques tours d’auto-tamponneuses, voir les éléphants… C’est probablement pour cette raison que la vie en roulotte, se déplacer avec son théâtre et sa maison sur le dos, tout cela m'a semblé si familier une fois adulte.

A peine le chapiteau inauguré, Les montreurs d’images entament leur tournée sur les routes de l’Europe de l’Est. Caravanes, camions et familles traversent l’Allemagne encore divisée pour parcourir la Tchécoslovaquie, la Pologne, la Hongrie et l’Ukraine. Le convoi s’arrête au gré des envies ou des amitiés, à la rencontre d’un public qui ne l’attend pas, et qui pourtant le voit repartir à regret. 

– A mon âge, je ne cours plus le monde, mais cela ne me manque pas. La sculpture et l’improvisation sont aussi des explorations... Le voyage est synonyme d’ouverture aux autres, à des cultures, des habitudes alimentaires et des façons de penser. Une véritable source d’enrichissement.

– Et comment c’était de vivre avec son théâtre sur le dos?

– Un combat. Cela aurait été sans doute moins compliqué si on s’était allié aux Yéniches qui fabriquent les carrousels pour les fêtes foraines. Si je n’avais pas connu Momo, peut-être que je les aurais rejoints… Un beau manège avec des chevaux qui montent et qui descendent, de la musique… un truc sympa. Mais ce n’était pas vraiment nous. Nous, on faisait du théâtre.

J’attrape le reflet fugace de sa boucle d’oreille en or. Marco, forain, trônant parmi les explosions bariolées du Luna Park, les trains fantômes dévorant les éclats de rire des enfants et le sucre dégoulinant des baraques métalliques. Marco, serein, au milieu du chaos, des tubes kitsch des années 2000… Une mésange se pose sur le rebord de la fenêtre et se met à grignoter les graines de tournesol qui lui sont destinées.

– Au début, elles sont très craintives. Ensuite, tu peux rester là, elles viennent tout près. Elles savent que tu ne leur feras rien. Je suis assez isolé ici, alors c’est sympa d’avoir un peu de compagnie.

Nous observons un instant le manège du passereau. Sur la table, une enveloppe blanche, un dossier bleu et une fourre violette. Le tout saturé de feuillets qui dépassent. L’en-tête de la couverture bleue indique: «Marco, dossier roulotte, 1989». Cette année marque le début de «son combat». Plus tard, lorsque je me retrouverai seule à me frayer un chemin dans cette jungle de papiers, je prendrai conscience de la signification de ce mot qu’utilise souvent Marco. Un combat aux allures de guerre froide mené à coups d’armes administratives, de surveillance et de menaces à l’encontre d’un mode de vie «non conformiste».

Marie Lucas Scarpa

par Marie Lucas Scarpa

Marie Lucas Scarpa est née en 1998 à Genève et vit à Paris. Diplômée en littérature comparée, en histoire de l’art et en commissariat d’exposition à la Sorbonne, elle travaille dans une galerie d’art contemporain. Parallèlement, elle mène une activité d’écriture, récompensée à plusieurs reprises lors de concours pour jeunes auteur.e.s. En 2024, elle reçoit le premier Prix du Jeune Écrivain pour sa nouvelle Vola Vola, publiée dans un recueil collectif aux Éditions Buchet-Chastel. Elle se consacre depuis à l’écriture de son premier roman.

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