Depuis plusieurs mois, des journalistes sont jetés en pâture sur les réseaux sociaux, insultés, harcelés, menacés de mort.
Cette violence n’est pas spontanée. Elle est réfléchie. Elle s’organise, elle se diffuse et se nourrit de rumeurs, d’amalgames, de mensonges et de haine. Elle vise à bâillonner.
Pourtant, l’Histoire nous apprend que l’ultra violence verbale ne reste jamais longtemps sans conséquence. Elle prépare à la violence physique. Elle la légitime en habituant l’opinion que certains « mériteraient » d’être corrigés, réduits au silence ou pire encore, pour avoir fait leur métier de journaliste. La rhétorique qui attise la haine et déshumanise prépare inévitablement les coups qui blessent, ou qui tuent.
Nous devons refuser cela absolument. Quelles que soient nos opinions politiques, nous condamnons fermement les menaces faites aux journalistes. Sans journalistes libres de travailler, au risque de déplaire, il n’y a ni information fiable, ni débat public sain, ni possibilité pour chacun de se faire une opinion éclairée.
S’attaquer aux journalistes, c’est affaiblir nos droits. C’est fragiliser ce qui nous protège tous en tant que citoyens : le droit de savoir, le droit d’interroger, le droit de comprendre. Défendre ces droits, défendre la sécurité et l’indépendance de ceux qui les exercent, est de l’intérêt de tous, sans exception, au-delà des opinions et des croyances, de droite à gauche. Menacer les journalistes, c’est affaiblir la démocratie. Les défendre, c’est défendre notre droit à une information libre, pluraliste et non intimidée.
Les campagnes de cyber harcèlement et d’intimidation numérique dont sont victimes, entre autres, Nora Bussigny, Emmanuel Razavi (l’une et l’autre journalistes indépendants), Charlotte Belaïch (journaliste à Libération), Olivier Pérou (journaliste au Monde), Omar Youssef Souleimane (journaliste franco-syrien indépendant) sont inacceptables et dangereuses. Ils sont devenus des cibles.
Ces campagnes cherchent à les isoler, à les discréditer, à les épuiser et à les « tuer » professionnellement et socialement. Il s’agit tout simplement de les censurer.
Une démocratie où les journalistes travaillent la peur au ventre ou doivent être protégés pour le faire n’est déjà plus une démocratie. Il n’y a pas et il ne peut pas y avoir de sujets tabous, de personnalités intouchables.
La campagne de haine menée par LFI contre les journalistes doit cesser, comme devrait cesser immédiatement toute agression, d’où qu’elle vienne, contre la liberté d’informer. Aucune société libre ne peut tolérer ce régime de terreur imposé à une corporation, sauf à prendre le risque qu’il se répande partout ailleurs, dans les écoles, les universités, dans les arts, la culture, et jusque dans nos institutions.
Nous appelons donc :
- Les autorités à prendre leurs responsabilités et à protéger sans relâche la liberté d’informer. Le silence et l’indifférence des pouvoirs publics ne sont pas des options acceptables.
- Les citoyens à refuser de se laisser entraîner dans les mécanismes de la meute et aspirer dans une spirale de haine et de violence
- Les médias eux-mêmes à témoigner leur solidarité, publiquement et sans ambiguïté, envers les journalistes menacés, quels que soient les journaux pour lesquels ils travaillent.
Parce qu’on ne négocie pas avec la peur. On ne compose pas avec la violence, ni avec la censure. Parce qu’il n’y a pas des journalistes qu’on pourrait faire taire.