Il fut un temps, pas si lointain que cela, où l’Amérique a pensé remplacer la viande de ses vaches par celle des hippopotames. Vers 1910, les Etats-Unis grandissent - très - rapidement et ont du mal à nourrir leur population, écrit Jon Mooallem dans L’hippo d’Amérique (Sous-sol, 2016). Pire, ils manquent de viande fraîche. Frederick Russell Burnham et Robert Broussard ont alors une idée étonnante: importer d’Afrique des hippopotames et les implanter dans les marais de Louisiane afin de débarrasser ces derniers des jacinthes d’eau qui avaient envahi la zone et, surtout, d’alimenter le marché américain en viande fraîche. Loin de passer pour saugrenu, le projet a droit à sa loi au Congrès. Il décroche des budgets conséquents. Il est appuyé par l’ancien président Theodore Roosevelt. Broussard et Burnham montent même une équipe dirigée par deux ennemis rescapés de la seconde guerre des Boers. Toute cette petite troupe est prête à fondre sur l’Afrique, à rassembler des troupeaux d’hippopotames et les ramener manu militari en Amérique. Las, leurs desseins se perdent dans les méandres de l’histoire. D’immenses fermes d’élevage font leur apparition aux Etats-Unis et permettent d’augmenter massivement la production de viande bovine, notamment. Les hippopotames ont eu chaud...
C’est une étrange impression qu’a le lecteur en refermant Octroi de mer (L'Aire et Sept.ch SA, 2020), ce récit diablement slow d’un tour du monde de trois mois en bateau de croisière que nous offre Gérard A. Jaeger. Son ouvrage de 300 pages n’est-il pas une sorte de testament littéraire? La dernière touche à une riche carrière? L’auteur, bien connu des abonnés de Sept, puisqu’il publie régulièrement ses excellents reportages sur notre site sept.info et dans Sept mook, n’en dit mot. En revanche, il ne cache pas que son projet est né d’une promesse. Celle qu’il s’était faite, enfant, sur les bancs de son école primaire de Fribourg, alors que son institutrice déroulait sur le tableau noir la carte de notre planète bleue. Ce jour-là, il avait décidé d’aller découvrir le monde sur le pont d’un navire, de partir à l’ouest pour revenir à son port d’attache en suivant le route du soleil. Octroi de mer est le fruit de cette promesse. Au passage du Cap Horn ou de la ligne de l’Equateur, il raconte aussi le cheminement intellectuel d’un écrivain venu d’un pays sans mer qui n’a cessé de chercher sa voie dans l’infini des océans. Une manière de boucler la boucle. Celle d’une œuvre, d’une passion, d’une vie...