Partir loin de tout. Éteindre son téléphone. Refuser le diktat du temps. Il y a un peu de tout cela dans Au Royaume de la lumière, voyage himalayen d’Olivier Weber. Ancien correspondant de guerre, l’écrivain a longtemps bourlingué dans des régions hostiles, dangereuses, où la mort rôde. Cette fois, accompagné de deux amis — Gérard, devenu aveugle, et Pierrot, alpiniste chevronné —, il s’embarque pour une aventure d’un autre ordre : plus intérieure, plus essentielle.
La destination ? Le royaume du Mustang, « contrée mythique et oubliée », rattachée au Népal et restée fermée aux visiteurs jusqu’en 1992. Un territoire suspendu au cœur de l’Himalaya, à quelques pas du Tibet. Trois Mustangais les guident, dont Tsewang, prince conscient de la fragilité géopolitique de son pays.
Le voyage, écrit encore Bouvier, « se suffit à lui-même ». Et, en effet, les mots d’Olivier Weber disent les grottes vertigineuses, les à-pics au-dessus du vide, les rencontres de hasard, la fatigue de la marche — et sa poésie. Sur le Toit du monde, l’itinéraire tient à la fois du périple et du pèlerinage, presque de la méditation. Car ce que Weber cherche dans cette entreprise un peu folle, c’est un retour à soi que ne permet plus l’hyperconnexion contemporaine. Candide désir ? Lâcher-prise à la mode ? Rien n’est moins sûr.
Pour nourrir sa réflexion, il emporte ses lectures. Sa prose, organisée en courts chapitres aux titres évocateurs (« Une lamaserie sans lamas »), s’illumine des noms qu’il choisit comme viatique : Rimbaud côtoie Pessoa, Gustave Roud, Flaubert, Cervantès ou Confucius. Leur patronage donne à l’écriture une profondeur littéraire revendiquée, servie par un style exigeant, aux phrases amples et précises.
Mais Weber demeure attentif à l’ombre du contemporain. Jusqu’à quand le Mustang, « petit Tibet » presque inviolé, restera-t-il protégé de la fureur du monde ? Face au réchauffement climatique, à la globalisation et à l’appétit dévorant du voisin chinois, cette enclave fragile apparaît soudain terriblement menacée.