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Zanskar, à pas de glace
© Marie-Laure Vareilles

Zanskar, à pas de glace

Avant que la route ne désenclave le Zanskar, je choisis l’hiver pour m’éloigner du monde. Pour atteindre ces hautes vallées himalayennes, je remonte le chadar, le fleuve gelé, je dors dans des grottes, je compose avec –35°, la peur et la beauté brute. Au bout de la glace, Phuktal: un monastère accroché à la falaise, et le gustor, fête religieuse comme une braise dans la neige.

 28 minutes de lecture
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Retrouvez ce récit dans Sept mook #53, Voyages

Le Zanskar, dont j’avais entendu parler lors d’un voyage au Ladakh en Inde du Nord hante ma tête depuis une douzaine d’années. Au cœur de l’Himalaya, cette petite vallée est entourée de montagnes aux cols infranchissables durant l’hiver. Quelque 10 000 habitants sont isolés du monde durant six à huit mois de l’année. Cet isolement les préserve de l’évolution de notre monde. Les conditions de vie, sous bien des aspects, n’ont pas beaucoup changé depuis des décennies. 

Il faut aller à la pêche à l’information. Les guides mentionnent à peine la possibilité d’accéder dans la vallée du Zanskar à la saison froide. Au cœur de l’hiver, lorsque les températures sont les plus basses, le fleuve qui traverse la vallée avant de se jeter dans l’Indus une centaine de kilomètres plus loin au Ladakh, est l’unique possibilité pour ces habitants de sortir de leur vallée. C’est un photographe (le Suisse Olivier Föllmi, ndlr) qui m’a suggéré la façon d’y pénétrer avec ses clichés du fleuve gelé : je vais pénétrer au Zanskar en marchant sur la glace, en remontant son cours gelé, qu’on appelle alors le chadar. La température, la nuit, peut descendre jusqu’à –35°C. Sachant que je bivouaquerai dans des grottes durant la remontée de ce fleuve gelé, le choix du matériel à emporter prend une importance vitale. Les conseils de mes amis alpinistes sont les bienvenus.

L’hiver au Zanskar se précise. Les fêtes de Noël et surtout les excès alimentaires qui les accompagnent sont vécues cette année avec un peu plus d’indulgence car l’essentiel de la nourriture durant les deux prochains mois sera constitué de céréales : tsampa (farine d’orge grillée), chapatis ou pâtes de blé et riz. Les quelques légumes à disposition seront consommés avec parcimonie. Le mois de janvier s’accélère. La date du 26 décembre 2020, fixée pour le départ, finit par arriver.

En partant au Zanskar, nous choisissons délibérément de nous couper du monde, de nos amis et de nos certitudes. C’est avec un regard neuf que nous survolons les montagnes enneigées le lendemain à l’aube : nos yeux se perdent dans les vallées, suivant pendant un moment la rivière qui y coule. L’apparition du soleil sur l’horizon nous arrache à nos réflexions et peut-être aux derniers doutes que ce voyage, entrepris en plein hiver, pouvait encore nous inspirer.

Nous amorçons déjà la descente sur Leh, capitale du Ladakh, il fait –10°C. La ville en cette saison présente un visage différent de celui que ma mémoire avait conservé. Car si elle s’est largement développée depuis douze ans, la plupart des échoppes sont fermées. C’est un endroit qui ne vit qu’au travers de son bazar où défilent des soldats de l’armée indienne, des Kampas privés de leurs pâturages, des Zanskarpas échappés de leur vallée grâce au chadar ; toute une population contrainte d’être ici l’hiver. La famille qui tient une guest house nous accueille chez elle. C’est en partageant les repas avec eux que nous apprenons nos premiers mots de vocabulaire laddhaki. Première expérience avec le manque de confort : ni eau courante ni chauffage, de l’électricité de 19 heures à 22 heures trois jours sur quatre...

La route qui nous conduit au monastère de Lamayuru longe l’Indus qui prend sa source au Tibet, non loin du mont Kailash. Il se déroule en un ruban bleu monochrome au creux des reliefs grandioses que nous traversons. Sa surface est souvent glacée : quelques bouleaux, les troncs emprisonnés dans l’eau figée, s’en souviendront tout l’hiver. L’arrivée sur Lamayuru est saisissante. Aussi loin que je puisse voir, ce sont des montagnes, pointes acérées bien noires, ou tendres et arrondies aux veines de couleurs rouges, vertes et ocres. Au milieu de ce désert minéral se dessine le plus ancien monastère tibétain du Ladakh : le gompa est blanc, flanqué de fenêtres en bois sculpté. Tel un repaire d’aigles, il domine le village d’où n’apparaissent que des toits plats. Au fil des générations, ces maisons se sont serrées contre le promontoire. Les plus anciennes, en ruine, forment un labyrinthe de murs de pierre au travers desquels on se fraye un passage pour rejoindre le sommet.

L’acclimatation à l’altitude s’étant faite doucement – Lamaruyu se situe à 3550 m d’altitude –, il est temps de rentrer sur Leh et de partir, enfin, pour le Zanskar. Il a été facile de rencontrer trois hommes du coin qui acceptent de nous accompagner dans la remontée du fleuve et en profitent pour rentrer chez eux : Rabguez est un père de famille tranquille et efficace, Tendzing le benjamin de 20 ans pour qui ce sera son premier chadar, et Mémé Lama, un robuste quinquagénaire ayant préféré devenir commerçant plutôt que de se conformer aux subir lois du monastère.

Nous voyagerons dans les mêmes conditions qu’eux en nous adaptant à leur nourriture composée de tsampa, thé au beurre salé, pâtes et riz. Le jour du départ, nous rejoignons en jeep le village de Chilling, à 80 kilomètres de Leh. Nous voici au pied du mur, sans autre alternative que d’empoigner nos sacs à dos, et de remonter le fleuve sur une centaine de kilomètres.

Les premiers pas sur la glace sont hésitants, comme s’il était inconcevable de marcher sur l’eau. Le bâton dans une main, attentif à rattraper le moindre faux pas. Au premier bivouac dans une grotte, l’eau et le feu sont les premières préoccupations avant que la nuit tombe. Mémé Lama tranche la glace à l’aide de ses mains, en rapporte quelques blocs enfouis dans les plis de sa goncha (manteau de laine de mouton tissé et teint que portent tous les Zanskarpas en hiver et que nous avons aussi adopté), tandis que Rabguez et Tendzing partent chercher du bois. Celui-ci étant rare, il faut s’éloigner de plus en plus pour en trouver. Du thé suivi de nouilles agrémentées avec de la viande de yack, sont rapidement mis à cuire sur le feu. La nuit étoilée captive notre regard tandis que la pleine lune fait son apparition au-dessus des rochers.

Devant nous, de la glace à perte de vue. La paroi rocheuse qui nous entoure finit par être oppressante. Cela fait des heures que nous marchons, le regard accroché à la glace qui précède le prochain pas, attentives au moindre changement de surface. Pas moyen de profiter du paysage sans risquer une belle chute. Il fait froid, le vent se lève et nous mord le visage, notre haleine se cristallise en givre sur nos écharpes et nos bonnets ; nos doigts sont en mouvement permanent pour éviter de se refroidir. La glace soudain se rompt sous nos pieds. C’est alors un sauve-qui-peut vers les rochers les plus proches. La résonance sourde du courant opprimé sous les amas de glace nous rappelle que nous sommes les hôtes d’un fleuve tumultueux, providentiellement dompté par la rigueur de l’hiver.

Des lézardes, des boursouflures, des lignes de rupture strient le cristal blanc que nous foulons, brisons, écaillons, sans trêve jusqu’au coucher du soleil. Dans l’univers minéral des gorges, l’ombre et la lumière prennent possession de l’espace. Une force invisible semble vouloir propulser les montagnes vers le ciel. Nous autres, si frêles, petits points noirs, titubons maladroits à leurs pieds.

Obstacle inattendu dans notre progression, un monticule de glace d’un peu moins de deux mètres de haut. Cette ridicule excroissance nous arrête net ! Impossible de la contourner sans finir dans les eaux glacées de la Zanskar. Partir à l’assaut de la glace demande beaucoup de stratégie, les tentatives pour grimper la pente échouent lamentablement. C’est alors que Mémé Lama retrousse ses manches, plonge ses mains dans l’eau pour en ressortir une grosse pierre et, de toutes ses forces tape contre la glace pour l’ébranler abîmer. Après chaque coup, la pierre glisse sur la pente verglacée. A force de persévérance, un trou est esquissé pour la pointe du pied. Rabguez, parvenu au sommet du monticule, se colle contre la paroi pour mieux attraper les sacs que nous lui passons. La technique consiste à immobiliser les pieds de Mémé Lama afin qu’il puisse de toute sa hauteur et surtout de tout son poids, hisser les sacs.

De grotte en grotte, les nuits se ressemblent. Bien au chaud dans notre duvet, enveloppées dans notre drap polaire, nous frissonnons à l’idée de nous lever, retardant l’instant fatidique jusqu’au moment où l’échéance du thé chaud ne permet plus de reculer. Commence alors le savant démontage : plier, dégonfler, rouler. A peine le temps de tout emballer, le curry de nouilles est prêt, avalé en toute hâte par nos guides qui auront besoin d’énergie. Le froid déchargeant les batteries, je suis obligée de dormir avec des dizaines de piles et le sabot de mon appareil photo. Cela me demande beaucoup de rigueur, car la tentation de ne pas le faire le soir est grande : engoncée dans un sarcophage, je n’ai alors plus le loisir de bouger durant la nuit.

Chaque jour, lechadar nous réserve de nouvelles surprises. Ce matin-là, c’est un passage de glace étroit qui par magie a survécu entre la paroi et la rivière. Je m’empresse de sortir mon appareil photo pour immortaliser à contre-jour Rabguez avançant pas à pas, le corps plaqué contre la roche. Les montagnes qui nous environnent en cette cinquième journée se font moins hautes ; nous sortons du canyon. Une dernière traversée sur la glace avant d’emprunter définitivement les chemins rocailleux : deux jours de marche nous séparent encore de Pipiting. Interminable chemin, les lignes d’horizon se succèdent inlassablement. Les villages de Zangla et de Tongde sont les premières maisons du Zanskar. Mais comme si l’essentiel était ailleurs, comme si ce voyage ne commencera réellement que le jour où nous partirons toutes les deux à la découverte des différents villages, nous avons hâte d’arriver à Pipiting, dernière étape du chadar.

Voici justement Pipiting, et sa colline chapeautée d’un monastère facilement reconnaissable au sein de cette vallée plate entourée de pics enneigés. C’est chez Dolma Lamo, infirmière à l’hôpital de Padum, que nous avons souhaité nous installer. Nullement surprise, elle met à notre disposition une chambre pour la durée de notre séjour au Zanskar. Son accueil chaleureux sera une perspective réconfortante pour chacun de nos retours à Pipiting. Le col de Pensi La à 4400 mètres d’altitude contribue à isoler ses habitants du reste du monde. Nous en prenons conscience à Padum où la plupart des échoppes sont fermées, l’hôpital transféré dans une petite annexe en raison du froid, l’école désertée par les enfants en vacances jusqu’en mars. La vie est réduite à sa plus simple expression.

La fête annuelle du gompa de Phuktal, au fond de la vallée, dont on nous avait déjà parlé à Leh, se confirme ; il est temps de se mettre en route. Ayant décidé de partir toutes les deux, nous étalons devant nous la carte, et rêvons des villages que nous allons traverser.

Plus loin dans la vallée, lorsque le chemin carrossable devient sentier, il nous semble plus que jamais voyager hors du temps. Le fin saupoudrage de neige qui tapisse les vallées se densifie jusqu’au blanc absolu sur les plus hautes cimes ; le ciel lui-même en est baigné. On ne distingue que la roche et sa calligraphie minérale dont la neige souligne la moindre iridescence. Nous marchons dans ce défilé que la modestie du sentier rend encore plus grandiose. Les rencontres providentielles sont notre seule chance de ne pas nous égarer sur les sentiers empruntés par les troupeaux de chèvres. Le chadar après le village de Raru est de nouveau praticable. Un épais carcan de glace masque les eaux tumultueuses qui apparaissent parfois au détour d’une vallée plus ensoleillée. Nous calquons consciencieusement nos pas sur les empreintes de ceux qui nous ont précédées. Des chapelets d’hommes et de femmes y acheminent des troncs d’arbre vers les villages en amont du fleuve. Ces poutres, destinées à la construction des charpentes des maisons, auront attendu l’opportunité de l’hiver et son pouvoir de métamorphoser les fleuves fougueux en paisibles voies piétonnes pour rejoindre leur destination définitive. Tirés à dos d’hommes à l’aide d’un savant laçage, ces troncs qui proviennent du Jammu-Cachemire, le grenier à grains de l’Inde, ont été transportés au Zanskar par les camions qui relient les Zanskarpas au monde extérieur durant l’été.

Nous progressons dans la vallée, cheminant de village en village. Ils prennent parfois la forme de grappes de maisons serrées les unes contre les autres et dominées par le gompa dont elles dépendent, ou se résument à une ou deux maisons isolées, entourées de champs d’orge qui attendent le dégel de la terre pour être de nouveau travaillés. Chaque soir, une petite appréhension nous étreint lorsque vient le moment de se coucher, car les foyers disposant d’une pièce où nous loger ne sont pas nombreux et, bien souvent, nous dormons avec les femmes dans la cuisine, les enfants dans une pièce vide ou un grand-père psalmodiant des prières toute la nuit. C’est toujours sous des yeux ébahis que nous installons notre matériel de couchage. La notion de vie privée, d’intimité, chez eux, qui dorment tous dans le même espace, n’existe pas.

Bientôt une semaine depuis notre départ de Pipiting. Nous avons hâte d’arriver à Phuktal. L’ effervescence règne autour des préparatifs du gustor, une fête religieuse qui se déroule une fois par an. Le village de Surle prépare cette année le spectacle qui se tient traditionnellement le soir, en marge du monastère. Autour des répétitions, le chang, une boisson à base de céréales fermentées, coule à flots. Les femmes se coiffent de leur peyrak, parure ornée de turquoises et de cornaline qu’elles ont réalisées pour leur mariage. Sous les effets de l’alcool, elles se bousculent les unes les autres afin que je les prenne en photo dans un joyeux brouhaha.

Un peu lassées par l’environnement de gorges encaissées que nous traversons depuis des jours, nos yeux n’en sont que plus éblouis lorsque dans un évasement, Phuktal apparaît, baigné de lumière. Une enfilade de chörtens blancs meringués, monuments funéraires bouddhistes ponctue notre progression jusqu’à des falaises modelées aux formes étranges où se niche le monastère. Autour de la sombre cavité qui abrite le gompa s’agglutinent d’innombrables petites cellules de moines toutes blanches. De loin, cela ressemble à une myriade de petits sucres superposés les uns aux autres, agrippés comme ils peuvent au hasard des aspérités de la roche. Tout en haut, comme s’il puisait sa force de l’énergie du monastère, veille un vieux cèdre solitaire.

La verticalité du site se ressent dans nos jambes. Où que nous allions, les chemins sont pavés de marches de géant, irrégulières et éreintantes. Sur une vaste terrasse abritée du vent, assis en tailleur et côte à côte, une trentaine de moines prient, un bol en bois posé devant chacun. Nous arrivons à point. À peine le temps de sortir nos gamelles qu’elles sont déjà remplies d’énormes louches de riz pâteux à la viande et aux abricots. La nourriture coule à flots. Nous sommes très surprises par cette abondance trouvée au fin fond du Zanskar. D’où viennent ces énormes blocs de beurre que l’on manipule en cuisine ? Ces prodigieuses quantités de riz baignées et tous les morceaux de fromages, de tsampa, que les moines s’amusent à lancer aux corbeaux ? De fait, ils sont nombreux durant le gustor, à faire des dons, en argent ou en nature. La fête à laquelle nous allons assister nous le confirme, les Zanskarpas sont très religieux.

Les pèlerins arrivent. Lourdement chargés, en file indienne, ils marchent parfois depuis plusieurs jours. Le monastère se remplit, l’escalier principal est l’objet de cavalcades des plus jeunes. Chacun musarde, seul ou par petits groupes, les nouveaux arrivés serrant la main de ceux qu’ils connaissent.

Rassemblement de femmes le long du grand escalier, bientôt suivies par les pèlerins. Chacun se place où il peut, y compris sur les toits, jusqu’à l’arrivée d’une chèvre et d’un yack : la cérémonie du gustor vient de commencer, elle sera marquée durant ces deux jours par les prières des moines pour la prospérité des récoltes. Le moment le plus important a lieu le deuxième jour lorsqu’une torma, un gâteau sacrificiel en forme de cône allongé fait avec de la tsampa, est fracassée sur le chemin. C’est en grande procession, accompagnée de cymbales et d’instruments à vent, qu’elle est portée par les moines, et escortée par les pèlerins, jusqu’à l’extérieur du monastère. Cette statue, ornée d’une tête de mort, symbolise la face négative, la part démoniaque de chacun d’entre nous qu’il faut détruire. Sa destruction marque la fin des cérémonies.

Bravant le froid et l’inconfort, les Zanskarpas s’empressent d’assister au spectacle organisé par le village de Surle pendant deux soirées de fête. Assis dans la pente, au pied du monastère, ils rient aux éclats en découvrant la parodie de la vie d’un célèbre moine. Isolés dans leurs villages, préoccupés principalement par leurs récoltes, ils ont rarement l’occasion de se distraire.

Empruntant le même chemin, les pèlerins quittent le monastère. Nous les suivons, nous enfonçant toujours plus loin dans la vallée. Le faible enneigement nous encourage à aller jusqu’à Kargyak, dernier village recensé sur la carte, l’un des plus éloignés de Padum. Le vent glacial nous fait face. L’atmosphère peu à peu chavire de l’insouciance frivole à une profonde austérité hivernale. Les derniers pèlerins que nous rencontrons s’éloignent dans leurs habits de fête. Nous marchons désormais en noir et blanc. Tout n’est que pierres et neige qui ralentissent notre progression. Le blizzard siffle dans le crépuscule et nous renvoie l’écho des jappements de quelques chiens errants. Dans ce paysage de désolation poignant, comme en apesanteur et à la charnière des temps, nous nous laissons imprégner par cette ambiance de Moyen-âge.

La fumée bleue qui danse au-dessus des maisons nous rassure et nous attire. Sur le point de nous arrêter à Testa, nous nous étonnons lorsqu’un homme nous assure que nous sommes attendues dans le prochain village. Il s’agit de Yangeorg, qui nous avait repérées à Leh lors de notre arrivée au Ladakh. Lui et sa famille nous réservent un accueil convivial. Leur pièce de vie, la cuisine, est grande. La fenêtre, unique source de lumière, est calfeutrée avec du plastique pour conserver la chaleur l’hiver. Deux brebis et leurs petits partagent cet espace et s’aventurent parfois jusqu’à nous pour la plus grande joie des enfants. Comme dans de nombreuses familles, le peyrak est accroché au mur avec d’autres colliers. L’unique meuble est un vaisselier, des planches de bois superposées, espacées par des bidons sur lesquelles la vaisselle et les ustensiles de cuisine sont soigneusement alignés : une cocotte-minute, quelques casseroles et un plat en pierre pour la confection du baba. Le fourneau, seule source de chaleur de la maison, est au centre de la pièce. C’est face à lui que nous sommes assises, la place d’honneur réservée aux invités.

Marie-Laure Vareilles

par Marie-Laure Vareilles

Architecte d’intérieur de formation, Marie-Laure Vareilles a parcouru tous les continents, un appareil de photo à la main afin de témoigner de la diversité des pays qui composent la planète. Les cultures du monde entier ne cessent d’évoluer. Elle met son travail au service de la mémoire des peuples et des lieux qui constituent notre planète.

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