L’ouvrage de Nathalie Perrin tente de répondre à une question : comment expliquer la préservation de certains lieux qui ont compté pour la littérature — les maisons d’écrivains, par exemple ? Comment penser la fascination presque sacrée qu’ils suscitent, entre désir de pèlerinage et obsessions hypnotiques ? Pour éclairer ces interrogations, elle nous entraîne dans un voyage : L’étrange destin de quelques maisons d’écrivains. Tout part de son expérience personnelle : une rencontre à Harar avec la supposée maison d’Arthur Rimbaud… et les recherches menées sur La Muette, la demeure de Charles-Ferdinand Ramuz, lors d’un stage au Musée de Pully. Sous sa plume, mots et dessins dialoguent : le texte répond à de petites vignettes en noir et blanc, esquissées avec humour dans un ton proche de la bande dessinée.
S’y dévoilent — non sans malice — les forces qui façonnent ces maisons d’écrivains : capital symbolique, argument touristique, valeur économique, dimension patrimoniale. Et tout un petit théâtre d’acteurs : autorités, associations de protection, scientifiques, héritiers, éditeurs… Alors, on pousse la porte ?
À la fin des années 1940, Ella Maillart pose son sac en Valais, dans le Val d’Anniviers, à Chandolin plus précisément. Dans ce village perché à près de 2’000 mètres d’altitude, elle se fait construire un chalet modeste. Celle qui a roulé sa bosse à travers l’Asie s’installe sans rien perdre de son regard d’éternelle curieuse. Ethnologue, journaliste, photographe, elle observe des bribes de vie et leur donne une nouvelle résonance à travers ses textes et ses images. Regards sur Chandolin retranscrit cette expérience.
La plume d’Ella Maillart y saisit les métamorphoses du village — la construction d’une route, l’arrivée des touristes — ainsi que le rapport à la nature, de la flore à la faune, avec les fameuses vaches d’Hérens. Sa sobriété visuelle fait écho à la limpidité de ses mots : on se prend à rêver devant une croix qui surplombe la vallée, un pin solitaire, une vieille femme au rouet. À rêver et à voyager. N’est-ce pas l’essentiel ?